[31] L'abbé André Morellet, né à Lyon, le 7 mars 1727, d'un père
commerçant, fut destiné, de bonne heure, à l'état ecclésiastique. Après
avoir fait ses études à Paris, au séminaire des Trente-Trois, et pris
ses grades à la Sorbonne, en 1752, il fut chargé d'une éducation
particulière, et voyagea en Italie avec son élève. A son retour, il
étudia les matières de droit public et d'économie politique, et, se
consacrant tout entier à soutenir les opinions nouvelles, écrivit de
nombreux ouvrages sur tous les sujets d'administration, de politique et
de philosophie à l'ordre du jour.
Il partit pour l'Angleterre en 1772, et se lia avec Franklin, Garrick,
l'évêque Warburton et le marquis de Lansdown, qui lui fit obtenir, en
1783, une pension de 4,000 livres de Louis XVI. En 1785, l'Académie
française ouvrit ses portes à l'abbé Morellet, qui succéda à l'historien
abbé Millot. A cette époque aussi, il obtint le prieuré de Thimers, d'un
revenu de 16,000 livres.
La Révolution changea cette heureuse position de fortune; et le décret
qui ordonna la vente des biens du clergé, refroidit le patriotisme de
l'abbé Morellet; mais la destruction de l'Académie française fut pour
lui le coup le plus cruel. Échappé au proscriptions, il chercha dans des
travaux de traduction des ressources contre la misère. Il se mit à
traduire des romans, entre autres ceux d'Anne Radcliffe.
En 1799, il fut nommé professeur d'économie politique aux écoles
centrales, et la révolution du 18 Brumaire lui rendit son fauteuil à
l'Académie. Joseph Bonaparte, qui estimait son talent et son caractère,
le combla de bienfaits. Appelé au Corps législatif en 1808, à l'âge de
quatre-vingt-trois ans, il y siégea jusqu'en 1815, et mourut en 1817 des
suites d'une chute qu'il avait faite en 1814 à la sortie du spectacle.
Un de ses plus importants ouvrages est sa traduction du _Traité des
délits et des peines de Beccaria_.
[32] Sa fille sourde-muette, peintre de mérite.