_Discours de Ferdinand Berthier sur la tombe de Paulmier._
Le 10 mars 1817.
«Mes frères, mes amis, mes enfants,
«Vous le voyez tous, la reconnaissance m'appelle à remplir un devoir
sacré sur la tombe qui va recevoir les dépouilles mortelles d'un de mes
anciens maîtres, Paulmier. Comment puis-je mieux acquitter cette dette
du coeur qu'en adressant devant vous quelques expressions de regret à
sa mémoire, dans une langue qui lui fut chère?
«L'enseignement des sourds-muets perd en Paulmier un de ses vétérans,
_une tradition vivante de la doctrine de l'abbé de l'Épée_, comme on l'a
si judicieusement observé; l'École de Paris pleure en lui un instituteur
d'un dévoûment inépuisable, un homme capable d'apprécier ce qu'il y a de
respectable, d'imposant, de religieux, dans ce grand sacerdoce.
«Savez-vous, mes frères, mes vieux et jeunes amis, quel heureux hasard
avait fixé le vénérable Paulmier auprès de ceux qu'il se plaisait à
appeler ses chers enfants?
«Fils d'un ancien militaire, il fut chargé encore bien jeune de conduire
à l'armée du Nord quarante voitures attelées chacune de quatre chevaux
normands, et il devint successivement chef du parc d'artillerie au siége
de l'île de Cadsan (Hollande), fourrier dans l'artillerie de marine et
greffier du terrible tribunal de guerre maritime, lui qui avait l'âme
si douce et le coeur si bienveillant. Après environ quatre ans de
séjour à Toulon en cette dernière qualité, libéré du service, il revint
à Paris et suivit les cours publics de la capitale, avec cette soif
d'instruction qui n'a jamais cessé de brûler son âme.
«Assistant un jour aux démonstrations de l'abbé Sicard, il sentit,
a-t-il dit lui-même, naître sa vocation, une révolution s'opéra
subitement en lui, et il se trouva comme illuminé. Dès lors, il se voua
tout entier à la réhabilitation de mes frères, et les divers ouvrages
qu'il publia dans ce but ne décèlent pas seulement, à chaque page, à
chaque ligne, toute la ferveur de son culte pour ses maîtres, les abbés
de l'Épée et Sicard, mais encore toute la sincérité de son affection
pour ses élèves.
«Après vingt-cinq ans de travaux actifs et pénibles, il accepta une
retraite peu convenable, peu en rapport (tous ceux qui environnent cette
tombe partagent sans doute mes regrets) avec les services de toute
espèce qu'il avait rendus, avec les sacrifices incessants qu'il s'était
imposés, et ne cessa, jusqu'à son dernier jour, de donner de nouvelles
preuves de son dévouement à notre sainte cause.
«O Paulmier! Reçois nos derniers adieux! Jouis du repos éternel,
récompense de tes vertus. Tu vivras éternellement dans la _mémoire du
coeur_ de tes anciens élèves.»