NOTE =K.=

«Dans la soirée de samedi dernier, 25 juillet 1817, vers neuf heures et

demie, les élèves étant profondément endormis, nous fûmes avertis par

des cris d'alarme que le feu était à l'Institution. Je sortis et

j'aperçus l'église Saint-Magloire, qui forme l'aile gauche des

bâtiments, toute en feu; l'intérieur ressemblait à une fournaise.

J'ordonnai de faire lever les enfants, de les conduire au jardin, et je

m'occupai de mettre en sûreté les objets les plus précieux de

l'établissement: la comptabilité, la caisse, etc. Je me réunis ensuite

aux autres personnes de la maison pour tâcher d'arrêter les progrès de

l'incendie.

«Une chaîne, uniquement composée des sourds-muets et des employés de la

maison, fut établie depuis le bassin du jardin jusqu'à l'endroit où vint

se placer la première pompe. Mais cette chaîne était trop courte, nous

manquions de seaux. Le courage supplée à tout. La pompe est alimentée et

joue, mais elle est insuffisante. L'incendie fait des progrès. M.

Bébian, répétiteur, s'occupe de nous procurer des secours à l'extérieur.

On avertit la mairie, les postes voisins, on dépêche des messagers de

toutes parts. De faibles détachements arrivent, ils ne suffisent pas à

arrêter les indifférents qui continuent tranquillement leur chemin.

«Mais ils sont suivis par d'autres détachements qui nous envoient des

travailleurs. Les chaînes se renforcent, les pompes sont bien servies.

Pourtant l'eau va manquer. Le bassin, le réservoir, tout est épuisé. On

essaie alors d'établir différentes chaînes à l'extérieur, dans les

maisons voisines. Néanmoins, les passages étroits, le peu d'eau que

fournissent les personnes qui en tirent ou qui pompent, tous ces

obstacles font languir le service, et empêchent de se rendre maître du

feu qui est devenu très-violent, surtout à l'endroit le plus dangereux,

contre le pignon du grand bâtiment, dont le haut se termine par une

cloison en charpente qui ferme l'horloge, laquelle communique avec les

combles de ce corps de logis. Les craintes redoublent à la vue d'un

danger aussi imminent.....

«On crie de tous côtés: De l'eau! de l'eau! Enfin, de gros tonneaux à

incendie arrivent et nous rendent l'espérance. Plus de huit pompes ne

chôment pas, trois sont dirigées par de courageux sapeurs-pompiers, qui

manoeuvrent avec le plus grand sang-froid vers les ouvertures du

pignon d'où sortent une fumée si épaisse, une chaleur si étouffante,

qu'en y arrivant j'ai failli être suffoqué. Après un long et opiniâtre

travail, on a maîtrisé le feu et l'on déclare passé le péril qui avait

été imminent pendant plus de trois heures.

«Les secours inutiles évacuèrent la cour, une seule compagnie resta et

continua le service de deux pompes, qui ne cessèrent d'arroser le

bâtiment jusqu'à huit heures du matin.

«Nos sourds-muets ont travaillé pendant tout le temps qu'a duré le feu,

avec une ardeur à faire envie aux plus braves.

«Une malheureuse expérience de physique avait été la cause de cet

incendie; l'ancienne église, dont il a été question, était louée à la

Chambre des pairs pour servir, pendant l'hiver, de serre aux orangers du

jardin du Luxembourg. A notre insu, on l'avait prêtée à M. Biot pour y

faire des démonstrations. Deux fourneaux se trouvaient aux extrémités de

l'emplacement, et communiquaient par de longs et gros tubes. Le 25

juillet, de neuf heures à neuf heures et demie du soir, la matière

inflammable échauffée, en se dilatant, brisa les tubes, fit sauter les

fourneaux, s'élança au plancher qui, en quelques minutes, devint la

proie des flammes.»

L'abbé Sicard célèbre instituteur des sourds-muets, successeur immédiat de l'abbé de l'Épée · 第 68 / 115 题