_Lettre de l'abbé Sicard, directeur des Sourds-Muets, du 3 novembre
1791.... signée aussi de Haüy, directeur des Jeunes Aveugles, les
deux institutions étant alors réunies dans le même local._
«Citoyen, d'après la manière dont j'ai été reçu lundi dernier au
Directoire, je crois que je ne pourrais que nuire aux infortunés dont
l'éducation m'est confiée en y reparaissant. Vous avez entendu qu'on m'a
dit qu'il ne fallait pas parler au Directoire, qu'on devait lui écrire,
et on a ajouté qu'_on n'y mettait de côté aucune affaire_. La pétition
que j'ai rédigée y a été mise néanmoins tellement de côté, que les
objets que l'instituteur des Aveugles et moi demandions ont été enlevés
de l'église des Célestins. Ces objets étaient des ornements, des linges
d'autel, etc. Car pour les monuments, tout le monde sait qu'il n'est pas
possible de les emporter.
«Mais, citoyen, pouvons-nous être témoins froids et indifférents de la
dévastation du sanctuaire de notre église, et serons-nous encore des
importuns, des fâcheux, quand nous réclamerons l'autorité du Directoire
pour arrêter la rapacité de ceux qui viennent nous arracher jusqu'au
pied des autels des objets de peu de valeur, dont l'enlèvement ne peut
profiter à personne? A qui faut-il donc, citoyen, que nous nous
adressions pour empêcher le pillage d'un temple que l'on confond mal à
propos avec les églises supprimées? L'Assemblée nationale a mis, sous la
surveillance du département, l'établissement des Sourds-Muets et des
Aveugles-nés réunis. N'est-ce pas vous dire que le département est notre
tuteur, que c'est lui qui doit protéger notre propriété, et nous venir
en aide quand on nous dépouille, et qu'on nous vole?»
SICARD, instituteur des sourds-muets.
HAUY, instituteur des aveugles-nés.