TRÈS SAINT-PÈRE,

«Lorsque vous daignez visiter l'imprimerie de Paris, qui a le bonheur de

servir Votre Sainteté pendant son séjour en France, les caractères se

mettent en mouvement pour figurer quelque chose en votre honneur; les

presses s'échauffent pour le représenter par des signes durables, et le

transmettre ainsi à la postérité la plus reculée. L'imprimeur, tant en

son nom qu'en celui de ses ouvriers, s'empresse d'offrir ce subit

ouvrage de leur commune industrie à un hôte si digne de leur vénération.

Ces lignes d'impression, qui attestent une sincère soumission au

Souverain Pontife, et qui marquent une pieuse affection pour le Vicaire

de Jésus-Christ, ont été composées par des jeunes gens qui n'ont ni

l'usage de l'ouïe ni celui de la parole. Mais les facultés physiques que

la nature trop économe leur avait refusées, un homme célèbre les leur a

données par la suite et a suppléé aux défauts de la naissance par la

puissance de son art. Dans notre atelier, toujours fécond en prodiges,

ce que les ouvriers ne peuvent comprendre par les oreilles, ils le

saisissent par les yeux; et ce qu'ils sont incapables de dire par la

bouche, ils l'expriment par les doigts.

«C'est pour cela qu'ils se servent du ministère des lettres et de leur

attitude respectueuse pour vous supplier de leur accorder votre

bénédiction apostolique.»

Ce qui étonne beaucoup le Saint-Père est de voir, au bas de cette

feuille, ces mots-ci: _Imprimé par Sa Sainteté elle-même_.

Le Souverain Pontife est conduit à une autre presse par M. de Noel,

prote de l'imprimerie.

Un sourd-muet y prépare le quatrain suivant, imprimé également par Sa

Sainteté, qui lui est présenté par un autre sourd-muet (Romain).

Sa bonté, dans le rang où chacun le contemple,

Rend au faible l'espoir, donne au juste la paix,

Fait chérir le pouvoir par ses nombreux bienfaits,

Et la vertu par son exemple.

En se retirant de l'imprimerie, le Saint-Père donne sa bénédiction et

son anneau à baiser à tous les membres de la famille de son typographe

et à toutes les personnes qui ont été admises dans l'imprimerie.

Sa Sainteté veut bien visiter aussi les autres ateliers. Elle y va en

passant par le grand dortoir qui règne dans toute l'étendue du corps de

logis et où des croisées habilement ménagées en face les unes des autres

favorisent, pour la santé des élèves, une libre et continuelle

circulation de l'air. On fait remarquer à Sa Sainteté que tous les lits

sont l'oeuvre des élèves menuisiers. Il admire l'habileté de

l'architecte de l'institution (M. de Beaumont) qui, remplaçant les murs

de refond de l'édifice par de légères colonnes, a su réunir l'agrément à

la solidité. C'est à lui, à son activité, au tendre intérêt qu'il porte

à l'institution qu'est due la propreté, l'ordre de la maison qui, en

très-peu de temps, a été réparée et rendue digne de recevoir Sa

Sainteté.

Le Saint-Père visite l'atelier de tourneurs où a été tournée la boîte

qu'il vient de recevoir, et il voit occupés au travail plusieurs élèves

sous la direction de M. Chabert, chef de cette spécialité. L'atelier de

dessin lui offre son portrait, dessiné par M. Tulout, qui en est le

maître. Il voit avec le même intérêt l'atelier de gravure sur pierres

fines, dirigé par M. Jouffroy, membre de l'Institut national.

M. Belloni, chef de l'atelier de mosaïque, obtient également les

encouragements de Sa Sainteté.

Dans l'atelier des tailleurs, dans celui des cordonniers, le Saint-Père

ne contemple pas sans émotion de jeunes élèves dont le travail manuel

dispense de recourir à des bras étrangers pour la confection des

souliers et des habits de toute l'Institution.

Le Souverain Pontife trouve, à son passage, sur les marches de

l'escalier et dans les allées de la maison, les sourds-muets qui ne

sont pas alors occupés aux ateliers et les sourdes-muettes, tous à

genoux et attendant sa bénédiction. Il la donne à tous, et témoigne à

chacun de ces enfants la plus touchante bonté.

Enfin le Saint-Père laisse dans cette institution les souvenirs que sa

bienveillance sème partout, et qui y ont rendu sa mission bien chère aux

administrateurs, aux élèves et à toutes les personnes chargées alors de

leur instruction.

Ce n'est que deux ans après qu'une médaille commémorative de cette

auguste visite, gravée par M. Duvivier, si justement célèbre, et frappée

à la Monnaie, est présentée tant au Souverain Pontife qu'aux cardinaux

et autres personnages qui l'ont accompagné.

Puisque nous avons nommé Mlle Fanny Robert, nous ajouterons que le

Saint-Père, l'ayant remarquée entre toutes ses soeurs d'infortune,

prit la tête de l'enfant dans ses mains et chiffonna sa blonde

chevelure. Pour dernière preuve de son intérêt, il lui fit cadeau d'une

magnifique boîte de bonbons, d'un chapelet et d'un reliquaire.

Une autre fois, Mlle Robert fut présentée, ainsi que son amie Hélène de

Saint-Céran, au Souverain Pontife par l'abbé Sicard, qui avait reçu de

Sa Sainteté la permission spéciale de les amener dans son salon, aux

Tuileries.

Le Pape, avec cette affabilité qui lui gagnait tous les coeurs, fit

asseoir Mlle Robert près de lui. Lorsque le directeur la vit dans cette

position, il fronça le sourcil, mais le Saint-Père s'empressa de lui

dire: «Ne la grondez pas, c'est moi qui lui ai assigné cette place.»

Mlle Robert n'était alors, nous l'avons dit, qu'une enfant. Que

voulez-vous? Un élan de tendresse intime débordait du coeur du

vénérable père des fidèles.

L'abbé Sicard célèbre instituteur des sourds-muets, successeur immédiat de l'abbé de l'Épée · 第 38 / 115 题