Et la tête répond: «C'est ma bouche qui m'a fait mourir!»

L'étranger poursuit son chemin. Il dit au chef de village. «J'ai vu

la tête d'un homme mort depuis sept ans. Et maintenant encore elle

parle.--Ce n'est pas vrai! réplique le chef.--Eh bien si tu constates

qu'elle ne parle pas, tu pourras me tuer!»

Le chef envoie des hommes pour se rendre compte de la chose. L'étranger

va avec eux et leur montre la tête: «La voilà, leur dit-il.--Tête,

demandent les envoyés, est-il vrai que tu aies parlé?»

La tête ne répond rien. Deux fois, trois fois on répète la question. Pas

de réponse.

Les envoyés s'en retournent vers le chef: «Nous avons interrogé la tête,

lui rapportent-ils et elle ne nous a rien répondu.--«En ce cas, dit le

chef, ramenez l'étranger près de la tête et tuez-le à cet endroit».

On emmène l'homme. Les uns disent: «On va le tuer à coups de fusil».

D'autres disent: «Non ce sera par le bâton!»

On se dispose à le faire périr. «Arrêtez! s'écrie la tête». Et à

l'homme: «Quand tu m'as questionnée en passant, que t'ai-je répondu?

--«Que c'est ta bouche qui t'a fait mourir».

--«Un peu plus, reprend la tête et la bouche allait te faire mourir toi

aussi. J'avais insulté un chef par de mauvaises paroles. J'aurais dû me

taire car c'est à cause de cela que l'on m'a tranchée ici. Si tu étais

entré dans le village sans me poser de questions, si tu n'avais parlé à

personne, on ne t'aurait pas amené ici pour te donner la mort!».

Les gens ont rapporté cette conversation au chef qui a dit: «Il faut

laisser libre le nouveau venu».

Il est sage de réfléchir avant de parler, sinon il en résulte des

ennuis. La bouche est dangereuse.

Dubréka 1910.

Conté par OUSMANN GUISSÉ.

Interprété par GAYE BA.

[Illustration: (une frise)]

Essai sur la littérature merveilleuse des noirs, suivi de Contes indigènes de l'Ouest africain français - Tome premier · 第 53 / 69 题