SOMMAIRE: Révélation par les contes et fables, non de ce que sont les
noirs, mais de ce qu'ils rêvent d'être, tant au point, de vue idéal
qu'au point de vue pratique.--Quelques aphorismes de morale des
apologues.--Psychologie succincte des indigènes.--A) Sentiments: 1°
Sentiments affectifs. Sentiments de famille. Conception de la beauté.
Instinct sexuel.--2° Sentiments religieux préislamiques. Sociabilité.
Solidarité raciale. Esprit d'association. Dévouement au maître.
Magnanimité. Reconnaissance. Charité. Humeur hospitalière. Respect de la
vieillesse. Sentiments envers les animaux, envers les captifs. Vanité.
Sens de l'ordre et de la discipline.--B) Idées; Indifférence pour
la vie. Admiration du courage, de la ruse. Considération pour la
complaisance, la courtoisie. Indulgence pour la paresse ingénieuse.
Mépris de l'envie, de l'avarice, de l'humeur fanfaronne, de la
prétention, de l'ivrognerie, de l'intempérance verbale et de
l'indiscrétion. Goût pour les paris risqués.--Les hypothèses
cosmogoniques, ethniques et zoologiques des noirs.--Conclusion.--But
de l'auteur: planter des jalons pour faciliter le travail de ceux qui
voudront approfondir une matière digne d'une étude plus poussée que
celle-ci.
Il me reste, pour en finir, à relever quelques indications de
psychologie, découlant des récits du présent recueil. Assurément on ne
peut conclure de façon ferme que le noir présente les défauts ou possède
les qualités qu'il attribue aux héros de ses récits. Cela équivaudrait à
juger des Français d'après les oeuvres de Ponson du Terrail ou de Xavier
de Montépin et des déductions ainsi basées n'aboutiraient qu'à de
grossières erreurs. Ce que l'on peut dire simplement c'est que nous
retrouverons dans les contes et fables les tendances idéales et
théoriques de la race dont ils émanent.
La geste de S.-G. Diêgui, notamment, nous révèle l'esprit chevaleresque
des Torodo et, si l'on peut parfois comparer une période de notre
évolution à l'état présent de la civilisation chez telle ou telle race
indigène, il n'y aurait aucune audace à admettre des rapports marqués
entre la mentalité des Torodo et celle de nos belliqueux ancêtres des
premiers temps du Moyen-Age.
De même, les contes gaillards nous confirmeront dans cette idée que la
paillardise existe toujours--avouée ou non avouée--au fond du coeur de
toutes les races.
Les apologues et les fables sont intéressants en ce que leurs
conclusions nous montrent sans équivoque de quelle façon l'indigène
comprend l'existence au point de vue pratique.
J'en extrais dès à présent quelques maximes. «Le besoin seul nous
apprend la juste valeur de ce qui sert à le satisfaire» (Le choix d'un
lanmdo).--«Les chefs s'entendent entre eux comme larrons en foire et
toujours les petits seront par eux tenus à l'écart» (Kahué--Le fils du
sérigne--Les trois frères en voyage).--«Mieux vaut peu de nourriture
et point de soucis que de la nourriture à satiété et des ennuis à
l'avenant» (Les trois frères en voyage--Kahué).--«Il ne faut pas se
confier aux femmes» (Guéhuel et damel,--Mariage ou célibat?--Le riche et
son fils).--«Il n'est personne au monde qui ne trouve plus fort que soi»
(Hâbleurs bambara et divers analogues signalés plus haut).--«Chassez
le naturel, il revient au galop». (L'hyène et le lièvre aux
cabinets,--Chassez le naturel).--«Pour garder son pouvoir, un talisman
doit rester caché»[113] (Le koutôrou porte-veine, etc.).--«Il faut se
méfier de la bouche, c'est elle qui nous trahit». (V. La tête de
mort).--«Un fils adoptif n'a pas pour son père les sentiments d'un
fils»--(Guéhuel et damel). «La vérité doit parfois être atténuée ou même
cachée» (Hammat et Maudiaye[114]).
[Note 113: Ce qui peut se traduire symboliquement par ceci: l'homme le
mieux armé contre les autres sera le moins expansif.]
[Note 114: V. aussi, L'ami indiscret, Bérenger-Féraud.]
On pourrait citer bon nombre d'aphorismes de ce genre, mais je ne
prétends pas épuiser le sujet et je m'en tiendrai là.