SOMMAIRE DES CHAPITRES

Chapitre 1.--_Préliminaires et exposé du plan_.--Dans quelles conditions

ces contes ont été recueillis. Leur utilité pour l'étude de la

psychologie indigène. Nécessité de les transcrire avant qu'ils aient

perdu leur caractère pré-islamique. De quelle façon la forme a été

respectée. Justification d'un titre, en apparence, un peu général.

Sources diverses des contes. Contes personnels et contes, tirés d'autres

folkloristes, étudiés dans cet essai.

Bibliographie.

Plan de cette étude. Classification des contes d'après leurs caractères

prédominants: légendes cosmogoniques, ethniques, héroïques, sociales,

pseudo-scientifiques. Récits d'imagination pure: anecdotes,

hallucinations individuelles, merveilleux simplement surnaturel et

merveilleux macabre. Contes didactiques de morale théorique et de morale

pratique. Fables. Légende burlesque de l'hyène et du lièvre. Contes

égrillards. Contes à combles. Contes charades. Cette classification est

toute relative.

Chapitre II.--_Le fond et la forme dans la littérature indigène_.--1°

Fond: Thèmes favoris des noirs, 2° Forme: Leurs procédés de

prédilection. Comparaison à ce point de vue avec les Indo-Européens:

Mythologie.--Allemands (Grimm et Bechstein).--Bretons (Barsaz-Breiz,

Luzel, Le Braz).--Russes (Sneegoroutchka).--Français (Perrault, Mme

d'Aulnoy, Mme Leprince de Beaumont).--Histoire de France.--Scandinaves

(Andersen, Légende de Sire Olaf dans le bal des Elves)--Sémites (1001

nuits et légendes bibliques).

Procédés qui semblent exclusivement indigènes.

Thèmes indo-européens qui ne paraissent pas avoir été traités dans la

littérature merveilleuse des noirs.

Le chevaleresque dans les légendes indigènes. Les Torodo.

Le symbolisme indigène: les apologues.

L'onomatopée.

La forme du conte. Les parties rythmées et chantées. Un jugement

prématuré rectifié par l'expérience.

Chapitre III.--_Personnages merveilleux des contes indigènes_.--1°

Personnages merveilleux. La divinité: Allah, Outênou, Ouinndé, NGouala.

Potentats débonnaires Les «guinné». Pourquoi on a diversifié leurs

appellations génériques. Différence avec les djinns arabes. Mélange du

génie africain et du démon sémite. Répugnance des noirs à les

désigner sans périphrase. Leurs diverses appellations. Géants et

nains.--Personnification des 4 éléments:

Les démons et les hafritt. Les animaux-génies. Conceptions différentes

des animaux, personnages des contes et des animaux jouant un rôle dans

les fables.

Aspect physique des guinné. Effet produit par leur vue. Moyen d'en

éviter ou d'en réparer les effets.--Ouokolo, tyityirga, konkoma,

gottéré.

Moeurs des guinné. Leur caractère. Moyens de se soustraire à leur

malfaisance. Intervention éventuelle.

Leurs unions avec la race humaine. Leurs métis. Enlèvements et

substitutions d'enfants. Les batitâdo.

Durée de la vie des guinné. Goules et vampires. Sorciers et

anti-sorciers. Jettatori.

Végétaux, minéraux, objets, abstractions jouant un rôle dans les contes.

Talismans. Remèdes merveilleux. Armes magiques.

Chapitre IV.--_Les fables et leurs acteurs_.--Personnages

non-merveilleux des fables et des contes. Les professions mises en

scène.

But des fables indigènes. Sont-ce des satires sociales?

Les deux grands premiers rôles. Le lièvre roublard et sceptique, mais

serviable; l'hyène stupide et crédule, féroce, vorace et infatuée.

Divers sobriquets de l'hyène. Son rôle dans les contes.

Rôle de l'homme dans les fables. Portrait peu flatté.

Animaux divers jouant un rôle fréquent dans les fables.

Le roi des animaux dans la littérature indigène: Lion, éléphant et

hyène, le riz, l'araignée.

Chapitre V.--_Déductions pour la compréhension de la psychologie

indigène_.--_Conclusion_.--Révélation, par les contes et fables, non de

ce que sont les noirs, mais de ce qu'ils rêvent d'être tant au point de

vue idéal qu'au point de vue pratique. Quelques aphorismes de morale des

apologues. Psychologie succincte des indigènes.

A) Sentiments: 1° Sentiments affectifs. Sentiments de famille.

Conception de la beauté. Instinct sexuel.

2° Sentiments religieux préislamiques. Solidarité raciale. Esprit

d'association. Dévouement au maître. Magnanimité. Reconnaissance.

Charité. Humeur hospitalière. Respect de la vieillesse.

Sentiments envers les animaux--envers les captifs. Vanité. Sens de

Tordre et de la discipline.

B) Idées: Indifférence pour la vie. Admiration du courage, de la ruse.

Considération pour la complaisance, la courtoisie. Indulgence pour

la paresse ingénieuse. Mépris de l'envie, de l'avarice, de l'humeur

fanfaronne, de la prétention, de l'ivrognerie, de l'intempérance verbale

et de l'indiscrétion.

Goût pour les paris risqués.

Les hypothèses cosmogoniques, ethniques et zoologiques des noirs.

Conclusion.--But de l'auteur: planter des jalons pour faciliter le

travail de ceux qui voudront approfondir une matière, digne d'une étude

plus poussée que celle-ci.

ESSAI SUR LA LITTÉRATURE

MERVEILLEUSE DES NOIRS

Chapitre I.--Préliminaires et exposé du plan.--Dans quelles conditions

ces contes ont été recueillis.--Leur utilité pour l'étude de la

psychologie indigène.--Nécessité de les transcrire avant qu'ils aient

perdu leur caractère pré-islamique.--De quelle façon la forme a été

respectée.--Justification d'un titre, en apparence, un peu trop

général.--Sources diverses des contes.--Contes personnels et contes,

tirés d'autres folkoristes, étudiés dans cet essai.

Bibliographie.

Plan de cette étude.--Classification des contes d'après leur caractère

prédominant: légendes cosmogoniques, ethniques, héroïques, sociales,

pseudo-scientifiques.--Récits d'imagination pure: anecdotes,

hallucinations individuelles, merveilleux simplement surnaturel,

merveilleux macabre, contes de morale théorique et de morale

pratique.--Fables. Légende burlesque de l'hyène et du lièvre.--Contes

égrillards.--Contes à combles.--Contes charades.

Cette classification est toute relative.

Depuis dix ans bientôt l'auteur de ce recueil a successivement servi,

au Sénégal, en Guinée et au Soudan, dans l'Administration des Affaires

Indigènes. Pendant ce temps il a mis à profit les loisirs que lui

laissait son travail pour transcrire les contes populaires du pays

que lui racontaient des indigènes de toutes classes et de toutes

professions: griots[1], gardes, interprètes, dioulas[2], laptots[3],

simples cultivateurs.

[Note 1: Musiciens ou bouffons indigènes.]

[Note 2: Colporteurs.]

[Note 3: Matelots ou piroguiers au service de l'Administration.]

Ce travail ne lui a pas été corvée et il ne dissimule pas que le plaisir

d'entendre narrer des histoires que beaucoup tiennent pour uniquement

puériles a tout d'abord sensiblement stimulé sa vocation naissante de

folkloriste. Mais il n'a pas tardé à se rendre compte du parti qui

peut être tiré de ces récits pour la compréhension de la psychologie

indigène. Le noir, qui se déroberait à un interrogatoire précis, dont

le but, pressenti, éveille en lui une défiance confuse, se révèle au

contraire en toute ingénuité dans ses contes où se traduisent les

tendances--tout au moins idéales--de la race. Il n'éprouve aucune fausse

honte à exposer, sous l'apparence d'un récit fantaisiste, la conception

qu'il a de l'univers et de sa formation, des lois, morales et naturelles

qui le régissent et, en général, de la vie.

Au point de vue pratique, l'utilité de ces récits n'est pas moindre pour

le fonctionnaire qui entend diriger les populations assujetties au mieux

des intérêts du pays qui l'a commis à cette tâche. Il faut connaître

celui que l'on veut dominer, de façon à tirer parti tant de ses défauts

que de ses qualités en vue du but que l'on se propose. Ce n'est qu'ainsi

qu'on parvient à s'assurer sur lui ce prestige moral qui fait les

suprématies effectives et durables.

Les conclusions que l'on peut tirer de la lecture des contes sous ce

rapport ont, au moins, une valeur confirmative de ce que l'observation

directe du noir nous aura déjà appris.

D'autre part, à cette heure où l'Islam envahit de plus en plus la terre

d'Afrique, il est bon d'enregistrer sans retard des traditions qui ne

sont pas encore tout à fait dénaturées dans les pays déjà islamisés

et qui, dans les régions encore intactes, ont conservé--ou peu s'en

faut--leur pureté. Ces traditions sont les suprêmes vestiges des

croyances primitives de la race noire et, à ce titre, méritent d'être

sauvées de l'oubli.

Elles le méritent encore au point de vue littéraire. Le fond des récits

et la façon dont ils sont traités les maintiennent au niveau des contes

populaires indo-européens ou sémites, avec lesquels ces récits offrent

d'ailleurs de manifestes ressemblances.

Quant à la forme qu'on a respectée, autant qu'il était possible de le

faire pour être compris des lecteurs français, elle est, espérons-nous,

celle même que comporte la narration de contes populaires[4]. Les contes

recueillis de 1904 à 1910 ont été sténographiés sous la lente dictée des

narrateurs indigènes: Ahmadou Diop, Boubakar Mamadou, Amadou Kouloubaly,

Ousmann Guissé, Gaye Bâ, etc. Ceux transcrits au cours des années 1911

et 1912 ont été traduits par Samako Niembélé, un interprète intelligent,

parlant assez correctement le français et je pourrais dire qu'ils sont

plutôt son ouvre que la mienne, si je n'avais essayé, par quelques mots

changés çà et là, de donner à son style la vivacité et l'expression

qu'il ne pouvait, malgré une connaissance assez avancée de notre langue,

lui communiquer autant qu'il l'aurait souhaité.

[Note 4: Nombre de personnes, qui ne s'attendaient guère à trouver

chez le noir une imagination aussi variée, m'ont demandé si j'étais bien

certain que ces contes fussent vraiment populaires ou si l'on ne pouvait

les supposer, au contraire, l'oeuvre et l'apanage exclusif de relatifs

lettrés. J'ai répondu, je réponds encore ceci que ceux qui me les ont

racontés appartenaient tous aux classes les plus modestes de la société;

que d'ailleurs, au cours de déplacements qui m'amenaient parmi des

peuplades très diverses; j'avais entendu raconter avec quelques

variantes insignifiantes, les mêmes récits. Ainsi Le fils du sérigne

(ouolof), Le plus terrible des êtres animés (bambara) Kahué l'omniscient

(peuhl). Trois frères en voyage (gourmantié), exposent mêmes symboles et

les deux premiers reproduisent à peu près le même récit. Il en est de

même d'un conte môssi recueilli par Froger qui est conçu sur le même

plan. Je pourrais multiplier les exemples, mais je préfère indiquer ces

rapports en note à la fin du conte qui en occasionne la constatation.]

J'insiste sur ce point que ni le fond ni les détails n'ont eu à souffrir

de ce souci d'amélioration de la forme.

On trouvera ici beaucoup d'expressions locales, familières sans doute

aux coloniaux, mais médiocrement intelligibles, sauf explication, pour

le lecteur européen. J'ai cru pourtant devoir les conserver pour laisser

au récit sa couleur locale encore qu'il y ait une incohérence apparente

à mélanger dans un même conte des expressions ouoloves comme «tiéré»[5]

et soussou comme «kélé»[6]. En fait, notre occupation, en amenant des

rapports plus fréquents entre populations qui s'ignoraient à peu près

auparavant, favorise la création d'une sorte de sabir ouest-africain

au sein duquel des vocables du Ouadaï voisineront bientôt avec des

expressions du Cayor ou du Baoulé. Ce sabir contient en puissance le

patois futur de l'A.O.F. dont le français restera--nous y comptons--la

langue officielle et littéraire.

[Note 5: Couscous.]

[Note 6: Amant.]

Les contes enregistrés dans ce recueil émanent de sources assez diverses

pour justifier plus qu'à demi le sous-titre, guère trop général, qui

leur a été donné. Pour que ce sous-titre fût absolument légitime, il

faudrait qu'au nombre des contes rassemblés ici figurent ceux de la

Côte d'Ivoire et du Dahomey. Néanmoins, étant données les grandes

ressemblances des contes de ces deux dernières colonies[7] avec ceux des

trois autres pays composant le Gouvernement Général, on peut dire qu'il

existe une littérature ouest-africaine, homogène dans ses grandes

lignes et provenant d'une mentalité générale commune. C'est pourquoi

le sous-titre «Contes indigènes de l'Ouest-Africain, français» semble

pouvoir être maintenu.

[Note 7: Voir pour la Côte d'Ivoire, les contes de Delafosse et

notamment: Le ciel, l'araignée et la mort. La conquête du Baoulé. Le

crapaud et le caméléon, etc.]

Quant au titre principal: _Aux lueurs des feux de veillée_, il

s'explique par les conditions dans lesquelles se racontent généralement

ces récits. C'est le soir, aux lueurs vacillantes du feu près duquel les

noirs attardent leurs veillées, sinon dans le flou laiteux d'une nuit

lunaire, qu'on les entend narrer le plus volontiers. La pénombre

ajoute son charme de mystère au merveilleux pittoresque des contes. Si

l'impression devient trop angoissante, un conte égrillard, une fable

satirique dissipent la terreur qui commence à peser sur l'auditoire.

Il semble même que ce décor de demi-obscurité soit devenu indispensable

pour le conteur. A l'exception, en effet, des noirs qui ont longuement

vécu en contact avec nous et qui ont acquis à ce contact un certain

scepticisme, il n'est guère de narrateur qui raconte volontiers ses

légendes à la lumière du soleil. J'en ai acquis la certitude par ma

propre expérience.

L'indigène éprouve une sorte de défiance instinctive qui le fait

répugner tout d'abord à livrer ses traditions à la curiosité des Blancs.

Il ne peut saisir pour quelle raison l'Européen, qui affiche souvent

l'incrédulité, peut s'intéresser à des récits de vieillards ou

d'enfants. Aussi cherche-t-il une arrière-pensée à cette curiosité.

Il faut le convaincre peu à peu, feindre soi-même de croire aux êtres

mystérieux de la nuit et surtout lui prouver, par des citations

d'histoires de même nature, que déjà l'on a mis d'autres conteurs en

confiance. Alors il ne se défend plus et loin d'être hésitants à votre

appelles contes affluent bientôt... d'autant mieux que la perspective

d'un «bounia» (cadeau) détermine les bons vouloirs, d'abord indécis.

Il résulte de ce qui vient d'être dit que la récolte des contes, assez

maigre au début des recherches, se fait de plus en plus fructueuse au

bout d'un certain temps: 41 des contes de ce recueil ont été enregistrés

de 1904 à 1907; 47, de 1909 à 1910, en moins de 6 mois et 187 de juillet

1911 à octobre 1912. On voit la progression!

Essai sur la littérature merveilleuse des noirs, suivi de Contes indigènes de l'Ouest africain français - Tome premier · 第 5 / 69 题