et du favori, le favori n'aimant plus, n'étant plus aimé, eut
l'imprudence de se croire encore nécessaire. Un jour, il exigeait de
Jeanne une grâce nouvelle, et la demandait avec fierté. Surpris d'un
refus, le premier qu'il eût reçu d'elle, il se livra à toute la
violence de son emportement; et la reine porta les marques d'un
outrage impardonnable à l'amour même. Les courtisans obtinrent de la
reine l'ordre d'arrêter son ancien favori.
La haine publique alla plus loin que son ordre; et Caraccioli fut
massacré. La reine ne lui survécut pas long-temps. Avant de mourir,
elle avait vu descendre au tombeau Louis III d'Anjou, dont elle
s'était fait un appui par adoption, contre Alphonse également adopté
par elle. Son testament substitua à Louis III d'Anjou, René son frère.
C'est ce même René qui, depuis chassé du royaume de Naples par
Alphonse, et passant dans sa fuite par Florence, eut la faiblesse de
recevoir du pape l'investiture d'une couronne qu'on venait de lui
ravir.
CHAPITRE QUATRIÈME.
Les deux royaumes de Naples et de Sicile sont réunis.--Alphonse
d'Aragon est reconnu roi par le pape Eugène.--Nicolas V, pape
vertueux.--Mort d'Alphonse en 1458.--Calixte III, nouveau
pontife, renouvelle les troubles en appelant encore la maison
d'Anjou au trône de Naples.--Scanderberg vient au secours de
Ferdinand, roi de Naples.--Nouvelle guerre civile.--En 1489, le
comte de Sarno et Petruccio sont décapités.--Charles VIII,
héritier des droits de la maison d'Anjou au trône de Naples,
entre en Italie à la tête d'une armée.--En 1494, Charles VIII
s'empare de Naples.--Louis XII veut faire revivre ses droits et
sa qualité de roi de Naples.--Partage du royaume de Naples avec
le roi d'Espagne.--Frédéric, fils de Ferdinand, et prince
vertueux, est enfin reconnu roi, mais est obligé de céder aux
forces de la France et de l'Espagne réunies.--Discussions
nouvelles entre les Espagnols et les Français.--Les Français
sont battus et obligés de quitter l'Italie.--Louis XII renonce
à la couronne de Naples.--En 1506, le royaume de Naples et de
Sicile passe pour toujours sous la domination espagnole.--Le
royaume de Naples est opprimé par les vice-rois
d'Espagne.--Sédition de Mazaniello en 1647.
Après la mort de Jeanne II, et la retraite de René d'Anjou, Alphonse,
déjà roi d'Aragon et de Sicile, devenait encore possesseur de Naples:
deux fois il avait été adopté par Jeanne; mais le fruit de cette
double adoption lui était ravi par les droits que le pape et le
testament de la reine avaient donnés à René d'Anjou. Les armes à la
main, il veut annuler le choix de la reine, son testament et
l'investiture du pontife en faveur de la maison d'Anjou; et en
souverain habile, il légitima les droits de la force par le sceau de
l'autorité pontificale, toujours imposante en Italie. Il fit demander
en même temps l'investiture de Naples à Eugène de Rome et à Félix
d'Avignon, promettant de reconnaître pour pape le premier qui le
reconnaîtrait pour roi. Félix se trouvait lié aux intérêts d'Anjou, et
attendait tout de la France; ce fut donc Eugène qui, profitant des
offres d'Alphonse, ratifia par une bulle les premières adoptions et sa
dernière conquête.
La Sicile gouvernée par des vice-rois, sous un prince assez puissant
pour maintenir la paix, assez éclairé pour protéger les arts,
jouissait depuis quelques années d'une heureuse tranquillité et d'une
situation florissante. Naples partagea bientôt la même félicité, et
dut aux soins du monarque, qui préférait le séjour de cette ville,
plusieurs de ses embellissemens. Naples et la Sicile respirèrent donc
sous un prince ami de ses peuples, des lois et des lettres, refuge et
protecteur des savans qui s'exilaient en foule de Constantinople, et
dont il sauva même quelques-uns des bûchers de l'Inquisition.
Aragonais, Siciliens, Napolitains, tous se crurent compatriotes sous
un monarque qui partageait entre eux ses soins et sa présence, et qui
suffisait au bonheur de tant de peuples. Il s'en occupa d'autant plus
constamment qu'une fois établi sur le trône, il eut moins que ses
prédécesseurs à lutter contre l'ambition des papes, et qu'il put être
bienfaisant avec sécurité. C'est de son temps que monta sur la chaire
de Saint-Pierre le vertueux Nicolas V, élu malgré lui-même, homme à
jamais respectable, qui, après le schisme d'Occident, nomma doyen du
sacré collége son concurrent détrôné, l'anti-pape Félix. Ce pontife
dédaignant le faux honneur de briller dans les fastes de la cour de
Rome parmi les papes, soutiens de l'ambition pontificale, lui préféra
l'honneur véritable de laisser un nom cher à l'humanité. Il partagea
avec Alphonse la gloire de faire oublier à l'Italie les calamités qui
l'affligeaient depuis long-temps; mais comme si le royaume de Naples
eût été destiné à expier, par un des fléaux de la nature, la
tranquillité dont il jouissait sous Alphonse, un affreux tremblement
de terre engloutit cent mille de ses sujets[29].
[29] Le roi assistait à la messe; aux premières secousses du
tremblement de terre, tout le monde sortait avec effroi; le
prêtre même quittait l'autel: Alphonse le retient et lui ordonne
d'achever le sacrifice.
Ce désastre fut bientôt suivi de la mort d'Alphonse, monarque vraiment
digne de l'être, à la mémoire duquel on ne peut reprocher que quelques
faiblesses, entre autres celle qu'il eut pour Ferdinand, son fils
naturel. Il l'avait nommé son successeur, et avait obtenu pour lui une
bulle d'investiture, peu de temps avant sa mort, laissant à son frère
don Juan, déjà roi de Navarre, l'Aragon et la Sicile. Ce fut une faute
qui fit après lui le malheur du royaume de Naples, que don Juan aurait
pu protéger de toute la puissance aragonaise et sicilienne; c'était le
seul moyen d'en imposer à l'ambition des papes. En effet, Calixte III,
qui, après la mort de Nicolas V, avait repris l'ancien système
pontifical, et qui avait déjà inquiété les dernières années
d'Alphonse, préparait de nouvelles traverses à Ferdinand, possesseur
d'un seul royaume abandonné à lui-même. Dès-lors, la branche
napolitaine d'Aragon devint l'objet de la jalousie des pontifes,
encouragés par l'espérance d'en consommer la ruine. Calixte rappelle
en Italie René et Jean d'Anjou; il fomente, il irrite les troubles
intérieurs du royaume, et pousse l'emportement jusqu'à soulever contre
Ferdinand la puissance ottomane.
Le roi de Naples allait succomber sous tant d'ennemis, lorsque le
fameux Scanderberg, se rappellant les grands services qu'il avait
reçus du père de ce prince, vola à son secours, et le délivra de tant
de puissances liguées pour la ruine de ses états. Après cette espèce
de triomphe, le monarque eut la faiblesse d'abandonner le gouvernement
au naturel féroce et indomptable d'Alphonse son fils, ce qui attira
sur lui la haine et le courroux des barons napolitains. Une
conspiration se forma sur-le-champ; le comte de Sarno et Petruccio,
secrétaire du monarque, sont à la tête; et le pontife, pour profiter
de ces temps orageux, appelle de nouveau en Italie un petit-fils de
René d'Anjou.
Ferdinand découvrit le complot, et montra aux conjurés une fermeté qui
ne leur laissait aucun espoir d'échapper aux supplices. Les barons
audacieux osèrent lui faire des propositions qui étaient
très-avantageuses aux rebelles. Le roi dissimula son ressentiment, et
crut ne pas devoir les rejeter, en attendant qu'il pût faire repentir
des sujets d'avoir traité avec leur souverain. Le pape, le roi
d'Aragon et le vertueux Frédéric frère d'Alphonse furent garans du
traité, qui par-là devenait respectable à Ferdinand; mais un cœur
accoutumé au crime ne connaît rien de sacré.
Lorsque les esprits furent calmes, et que la haine ou la crainte
eurent cédé à la sécurité, Ferdinand fit éclater une vengeance odieuse
et terrible. Le comte de Sarno, entièrement rassuré par les bontés
qu'il recevait chaque jour du monarque, mariait sa fille au duc
d'Amalfi, et les noces se célébraient à la cour dans le palais même
qu'habitait le roi. On se livrait à l'allégresse; la scène change: la
fête devient une désolation. Le roi, sans respect pour sa parole, pour
les droits de l'hospitalité, pour le nom du pape et du roi d'Espagne
garant du traité d'amnistie, fait arrêter le comte de Sarno et tous
ceux qu'il croit ses complices. Le comte, Petruccio et ses enfans sont
décapités dans la cour du château. Une foule de noblesse est
proscrite, leurs biens confisqués et envahis. Le roi devient l'horreur
du peuple et des nations étrangères. Mais par une fatalité odieuse, et
qui révolterait encore davantage si le crime n'était pas lui-même sa
punition, Ferdinand, après cet attentat, ne laissa pas de régner six
ans, dans une paix et une tranquillité dont il n'avait pas joui
jusqu'alors. Ce fut son fils, bientôt son successeur, qui sembla
porter la peine tardive des forfaits arrachés à la faiblesse de son
père.
Charles VIII, roi de France, venait, en montant sur le trône,
d'acquérir des prétentions au royaume de Naples. Le comte du Maine,
héritier de René, avait, à l'exclusion de son neveu, légué par
testament les droits de la maison d'Anjou à Louis XI, son cousin
germain. La vieillesse de ce monarque, livrée toute entière dans le
sein de son royaume à l'exercice pénible de la tyrannie, et consommant
chez lui l'ouvrage de la servitude publique, avait négligé ces droits
que réclama bientôt l'ambition mal conseillée du jeune Charles. Le
nouveau roi de France apprend que le pape Alexandre VI vient de donner
à Alphonse l'investiture de Naples, que Charles demandait pour
lui-même. Il lève une armée, descend en Italie; et une terreur panique
avait déjà saisi Alphonse, qui, déposant la couronne entre les mains
de son fils Ferdinand II, va cacher dans un cloître la honte de son
règne et les remords de sa vie. Il y mourut dans les convulsions d'un
désespoir féroce; et sa mort désirée si long-temps, parut encore trop
tardive à ses peuples.
Charles marche droit à Rome, s'en rend maître, demande au pape
l'investiture de Naples. Le pontife lui répond naïvement qu'il faut
attendre que sa conquête soit plus avancée. Charles sort de Rome, va
s'emparer de Naples déjà abandonnée par son souverain. Il confie les
places conquises à des gouverneurs, qui, par une conduite téméraire et
violente, aliènent les peuples et indisposent tous les souverains
d'Italie. Le vainqueur va se trouver réduit à repasser en France; mais
il fallait s'en ouvrir le passage à travers des armées ennemies; il
fallait protéger sa retraite par une victoire, et triompher pour fuir.
C'est l'avantage que procura la brillante journée de Fornoue.
Alexandre VI, intimidé par Charles qui le menaçait d'un concile où
devait être déposé un pontife qui déshonorait la tiare, avait enfin
accordé au roi de France l'investiture de sa conquête; mais cette
investiture lui devenait inutile, ainsi que son couronnement, célébré
avec tant de faste à Capoue. A peine est-il repassé en France que
Ferdinand II est rentré dans Naples; il y meurt, et sa mort est
bientôt suivie de celle de Charles VIII.
Louis XII, son successeur, qui avait de son chef des droits sur le
duché de Milan, se porte pour héritier des droits de Charles VIII sur
Naples, et s'en était déjà qualifié roi. L'inutile campagne de Charles
en Italie avait coûté à la France le Roussillon et la Cerdagne, qu'il
avait fallu céder à Ferdinand-le-Catholique, pour acheter son
inaction. Louis XII, destiné à être encore plus trompé par ce prince
que ne l'avait été Charles VIII, craignant d'être traversé, dans sa
conquête par les prétentions du roi d'Espagne, conclut avec lui un
traité par lequel ces deux monarques se partageaient le royaume de
Naples, qu'ils devaient tous deux attaquer en même temps.
On vit donc deux rois, l'un nommé _très-chrétien_, l'autre le
_catholique_, unis pour dépouiller un souverain légitime, demander au
pape Alexandre VI, opprobre du saint-siége, la permission de partager
sa dépouille, et dans l'instant où ce pontife est en liaison publique
avec le Turc, lui représenter ce pacte unique et révoltant comme un
traité religieux qui bientôt va réunir et armer les chrétiens contre
les infidèles. Quelle fut la victime de cette union perfide? c'est le
vertueux Frédéric, second fils de Ferdinand Ier, qui, lors de la
conjuration des barons napolitains, était déjà tellement estimé qu'on
le força de servir de garant à son père, et qui toujours plus cher à
la nation, venait de parvenir au trône par droit d'hérédité; c'est lui
que l'on vit chassé de ses états par les armes de deux rois ligués,
venir recevoir une pension du roi de France et mourir bientôt après,
en Touraine, laissant une veuve et des enfans que Louis s'engage par
un traité solennel à laisser manquer de tout[30].
[30] Louis fut fidèle à cet odieux article de son traité avec
Ferdinand. La veuve de Frédéric ayant refusé de se remettre avec
ses enfans au pouvoir du roi catholique, se retira à Ferrare; ils
y moururent tous dans la misère, Louis XII et le roi catholique,
leur parent, ne leur faisant passer aucun secours.
Fatalité étrange qui choisit le vertueux Louis XII pour être
l'instrument d'une iniquité si cruelle et dont il ne retira aucun
avantage! Les Français et les Espagnols furent unis, tant qu'il fallut
conquérir; mais ils se brouillèrent bientôt, lorsqu'ils n'eurent plus
qu'à jouir de leurs conquêtes; il s'éleva, pour le partage de la
dépouille de Frédéric, une discussion entre le général espagnol et le
vice-roi français.
Nemours, il faut l'avouer, fut l'agresseur; il remporta une victoire
sur les Espagnols; mais Gonsalve, mieux secondé par sa cour, reprit
bientôt l'avantage et chassa les Français battus de tous côtés. Louis
souhaite la paix. Ferdinand consent à traiter. Mais tandis qu'il
envoie en France des ambassadeurs à la tête desquels est l'archiduc
Philippe son gendre, il ordonne à Gonsalve de poursuivre la conquête
de Naples. Qu'arriva-t-il? Il reçoit à la fois la nouvelle d'une
victoire de son général et la nouvelle du traité conclu par Philippe
avec le roi de France. Il fait à l'archiduc l'outrage de le désavouer
à la face de l'Europe. C'est alors que son gendre put répéter ces mots
d'un prince contemporain sur le roi catholique: «Je voudrais, quand il
fait un serment, qu'il jurât du moins par un dieu auquel il crût.»
Louis XII, étonné de la perfidie du roi d'Espagne, s'indigne et veut
armer; mais l'épuisement de la France l'oblige à sacrifier son juste
ressentiment. De nouvelles circonstances amènent enfin un traité par
lequel il renonce entièrement au royaume de Naples, en donnant pour
épouse à Ferdinand, Germaine de Foix sa nièce.
Ainsi, ces longues et ruineuses prétentions de la maison de France sur
le royaume de Naples n'eurent d'autre effet que d'assurer à cette
princesse un mariage illustre et malheureux.
La cour de France vit, dans ce traité, la cession d'un droit litigieux
sur un royaume qu'elle venait de perdre. Celle d'Espagne y vit la
possession tranquille d'un royaume usurpé, dont elle jouirait
désormais, sans craindre pour l'avenir les réclamations d'une maison
rivale et puissante, et se hâta de faire un voyage dans ses nouveaux
états. Mais ce voyage, que sa politique crut nécessaire, montrant de
près aux Napolitains leur nouveau maître, diminua leur admiration, et
prouva qu'un prince peut remplir l'Europe de sa renommée, sans que sa
personne mérite aux yeux de ses sujets les respects prodigués à son
nom.
Où l'intérêt et l'action cessent, l'histoire devrait s'arrêter. Mais
nous devons un coup-d'œil aux principaux événemens dont Naples ou la
Sicile furent les théâtres sous les vice-rois espagnols, ou dans les
révolutions qui leur donnèrent de nouveaux souverains. Devenues
provinces d'Espagne, malheureuses obscurément, l'ambition fastueuse de
Charles-Quint les traita comme un pays de conquête.
La tyrannie sombre et tranquille de Philippe II pesa sur elles plus
encore que sur le reste de ses sujets. Sous ses successeurs, Philippe
III et Philippe IV, l'Espagne, accoutumée à se croire puissante, et
cherchant à prolonger sa méprise, sans cesse affamée d'hommes et
d'argent, leur demanda ce que lui refusaient tant d'autres provinces
épuisées. Un vice-roi osait-il, dans les temps de calamités, faire des
représentations à la cour de Madrid? c'était demander son rappel. De
cette oppression naquirent des tumultes populaires ou des
conspirations réfléchies.
Le joug espagnol devint si odieux, qu'on vit à cette époque Naples
sans cesse déchirée par des factions, n'offrir, pendant un long
espace, que des scènes d'horreur.
Les trois frères Imperatori appellent François Ier en Italie, et
s'engagent à lui en ouvrir les barrières. Campanella, moine calabrois,
conçoit la folle idée d'ériger Naples en république, et porte partout
l'étendard de la révolte. Alessi brave la puissance législative, et
oblige les souverains à révoquer un impôt sur les grains. En vain un
insensé gouverneur de Palerme, forcé de diminuer le prix du bled, crut
y suppléer en diminuant le poids du pain.
Mais l'histoire ne nous présente pas de calamités aussi effrayantes
que celle où Mazaniello plongea ce royaume; cet homme de la plus basse
extraction, alliant à un caractère féroce une âme téméraire et hardie,
entreprit de faire abolir les impositions que le duc d'Arcos, alors
vice-roi de Naples, venait de mettre sur les fruits et les légumes,
nourriture ordinaire du peuple. Le 7 juillet 1647, s'étant mis à la
tête d'une troupe de mécontens, tous gens de son état, et aussi
déterminés que lui, le nombre des séditieux augmenta bientôt à tel
point que le duc d'Arcos fut obligé de se réfugier dans une des
principales forteresses de la ville.
Encouragés par cette faiblesse du vice-roi, les révoltés, au nombre de
plus de cinquante mille, ayant mis Mazaniello à leur tête, se
portèrent à tous les excès et tous les désordres dont est capable une
multitude effrénée; les prisons furent ouvertes, les maisons des
principaux nobles livrées aux flammes, et toute la ville pendant six
jours, entièrement abandonnée au pillage.
Ce souvenir funeste remplit encore d'effroi les habitans de Naples,
dont les pères furent témoins de cette horrible catastrophe; il n'y
eut peut-être jamais d'exemple plus frappant de la fureur d'un peuple
révolté, mais en même temps de son inconstance et de sa légèreté.
Mazaniello ne pouvant soutenir le poids de la puissance et de
l'autorité sans bornes à laquelle il avait été élevé, et se croyant
tout permis, se porta à des actions si extravagantes et si cruelles,
qu'il devint en horreur à ce même peuple qui la veille venait de le
regarder comme son dieu tutélaire. Il fut lui-même massacré; on porta
sa tête en triomphe au bout d'une pique, et son corps fut traîné avec
ignominie.
A peine la tranquillité commençait-elle à renaître dans Naples, que le
duc de Guise vint encore la troubler; mais sa tentative sur cette
ville est l'exploit d'un aventurier magnanime qui, cherchant à
rappeler les souvenirs des prétentions de ses ancêtres sur une
souveraineté, court à la gloire plutôt qu'au succès dans une
entreprise audacieuse, et entend presqu'au moment de sa retraite, les
instigateurs de son projet, heureux d'échapper au châtiment, remercier
le ciel par des _Te Deum_ de la fuite du prince qu'ils avaient nommé
le protecteur de la liberté.
La protection donnée par Louis XIV aux Messinois qui venaient
d'arborer l'étendard de la révolte, est une de ces diversions qui
n'ont pour objet que d'inquiéter une puissance ennemie. Louis XIV,
vainement reconnu à Messine, abandonne les révoltés au ressentiment de
la cour de Madrid, et sacrifie les Messinois au besoin de la paix, par
le traité de Nimégue.
Depuis cette époque, nulle révolution à Naples ni en Sicile, jusqu'au
moment où, pendant la guerre de la succession, les armes impériales,
heureuses entre les mains du prince Eugène, mettent Naples sous le
pouvoir de l'empereur, en dépit de la fidélité qu'elle venait de jurer
à Philippe V.
Le traité d'Utrecht donne la Sicile à Victor Amédée, duc de Savoie,
celui de tous les princes qui était le plus éloigné d'y prétendre.
L'empereur traite avec le duc de Savoie, qui reçoit la Sardaigne en
échange. La Sicile reconquise par les Espagnols, reprise de nouveau
par l'empereur, passe enfin dans les mains de don Carlos, à qui le
cardinal de Fleury fait assurer le prix de ses exploits et la couronne
des Deux-Siciles par le traité de Vienne du 15 mai 1734.
Les deux états, heureux sous la domination de don Carlos, comptent
parmi ses plus grands bienfaits, celui d'avoir été préservés de
l'Inquisition.
Ferdinand VI, roi d'Espagne, son frère, étant mort, don Carlos lui
succéda sur le trône d'Espagne, et remit la couronne de Naples à son
troisième fils, Ferdinand IV, en 1759, époque d'un gouvernement enfin
tranquille et heureux, sous le règne de la branche espagnole de la
maison de Bourbon.
FIN DU SECOND VOLUME.
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS LE SECOND VOLUME.
pages
AVANT-PROPOS. 1
CARACTÈRES ET ANECDOTES. 5
TABLEAUX HISTORIQUES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.
Introduction. 159
Ier TABLEAU. Serment du Jeu de Paume. 171
IIe -- Délivrance des Gardes-Françaises. 180
IIIe -- Première Motion du Palais-Royal. 187
IVe -- Sortie de l'Opéra. 195
Ve -- Triomphe de MM. d'Orléans et Necker. 201
VIe -- M. le colonel du Châtelet sauvé par les
Gardes-Françaises. 206
VIIe -- Le prince de Lambesc aux Tuileries. 215
VIIIe -- Action des Gardes-Françaises contre
Royal-Allemand. 224
IXe -- Départ des troupes du Champ-de-Mars
pour la Place Louis XV. 232
Xe -- Incendie de la barrière de la Conférence. 240
XIe -- Le peuple gardant Paris. 246
XIIe -- Pillage de St-Lazare. 256
XIIIe -- Enlèvement d'armes au Garde-Meuble. 267
XIVe -- Prise des armes aux Invalides. 274
XVe -- Assassinat de M. de Flesselles. 284
XVIe -- Prise de la Bastille. 293
XVIIe -- Assassinat de M. de Launay. 303
XVIIIe -- Nuit du 14 au 15 juillet 1789. 321
XIXe -- Transport des canons de Paris à Montmartre. 322
XXe -- Le Roi à l'hôtel-de-ville de Paris. 332
XXIe -- Assassinat de Foulon. 341
XXIIe -- Service à St-Jacques-de-l'Hôpital en
l'honneur de ceux qui sont morts à la
Bastille. Sermon de l'abbé Fauchet. 351
XXIIIe -- Émeute populaire. Danger du marquis
de la Salle. 361
XXIVe -- Enlèvement de canons de différens châteaux
et leur transport à Paris.--Effets de
l'abolition subite des droits féodaux. 367
XXVe -- M. de Besenval escorté par la Basoche. 376
XXVIe -- Députation des femmes artistes, présentant
leurs pierreries et bijoux à l'Assemblée
nationale. 381
PRÉCIS HISTORIQUE DES RÉVOLUTIONS DE NAPLES ET DE
SICILE.
CHAP. Ier. 390
IIe. 404
IIIe. 428
IVe. 448
FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES DU SECOND VOLUME.