Le nom même de ces coquins d'agents de change est un non-sens
aujourd'hui. Je ne parle pas du mot coquin, puisque nous l'avons
justifié, mais du mot agent de change. Ils ont fait le change autrefois;
ils ne le font plus, ils le dédaignent; ils l'abandonnent généreusement
à l'industrie spéciale des courtiers de papier. Non que ce commerce soit
plus ingrat qu'un autre. Je pourrais citer des maisons qui gagnent
jusqu'à cent cinquante mille francs par an _à faire le papier_; mais les
soixante habitants de la corbeille ont si bien perdu de vue le point de
départ de leur institution et le sens primitif de leur nom, qu'ils n'ont
jamais songé à poursuivre les seuls agents qui fassent le change.
Ils ont fait un procès aux coulissiers, qui braconnaient réellement sur
leurs terres, et les coulissiers leur ont répondu par l'organe de M.
Berryer: «De quoi vous plaignez-vous? Nous ne faisons que les marchés à
terme, qui vous sont interdits, et nous nous portons garants de nos
opérations, ce qui vous est défendu.»
Le raisonnement est si juste et si frappant, que je me demande encore
comment les agents de change ont pu gagner leur procès, dans l'état
actuel de nos lois.