Lorsqu'un agent de change voit tous ses clients à la hausse, lorsque le
plus léger mouvement de panique peut les ruiner tous, et lui aussi, le
sens commun, la prudence et cet instinct de conservation qui n'abandonne
pas même les animaux lui commandent de prendre une prime d'assurance
contre la baisse: il opère pour son compte, et se place sous le coup de
l'article 85.
Qui pourrait blâmer le délit quotidien, permanent, régulier, qui se
commet obstinément contre l'article 86? Oui, les agents de change
garantissent l'exécution des marchés où ils s'entremettent. Si, par
malheur pour eux, le perdant refuse de payer ses différences, ils
payent. Outre les ressources personnelles de chaque agent, on a fait en
commun, pour les cas imprévus, un fonds de réserve de sept millions cinq
cent mille francs affecté à cet objet. Ce n'est pas tout: ils se
frappent eux-mêmes d'un impôt d'environ dix millions par an au profit de
la caisse commune, afin que toutes les opérations soient garanties et
que personne ne puisse être volé, excepté eux. Que deviendrait la
sécurité des clients, le jour où les agents de change reprendraient leur
fonds de réserve et liquideraient la caisse commune, par respect pour
l'article 86?