La fondation de leur Compagnie remonte à Philippe le Bel. C'est ce roi,
dur au pape, qui, le premier, s'occupa des agents de change. Après lui,
Charles IX et Henri IV publièrent quelques règlements sur la matière, et
il faut que ces princes aient trouvé la perfection du premier coup; car
l'arrêté de prairial an X et le code de commerce, dans les treize
articles qu'il consacre aux agents de change, n'ont trouvé rien de mieux
que de reproduire les anciens édits. Le seul changement qui se soit fait
dans nos lois depuis l'an 1304, c'est qu'au lieu de se tenir sur le
grand Pont, du côté de la Grève, entre la grande arche et l'église de
Saint-Leufroy, les agents se réunissent sur la place de la Bourse,
autour d'une corbeille, dans un temple corinthien où l'on entre pour
vingt sous.
Peut-être cependant, avec un peu de réflexion, aurait-on trouvé à faire
quelque chose de plus actuel; car enfin, sous Philippe le Bel, sous
Charles IX et même sous Henri IV, on ne connaissait ni le 3, ni le 4-1/2
pour 100, ni la Banque de France, ni les chemins de fer, ni le Crédit
mobilier, ni les télégraphes électriques, ni l'emprunt ottoman, ni rien
de ce qui se fait aujourd'hui dans le temple corinthien qui paye tribut
à M. Haussmann. La ville de Paris possédait huit agents de change et non
soixante. On les appelait courtiers de change et de deniers.
Puisqu'ils ne faisaient pas de primes de deux sous, et que M. Mirès
n'était pas à Mazas, ils avaient dû chercher des occupations conformes
aux moeurs de l'époque. Ils étaient chargés d'abord du change et des
deniers, ensuite de la vente «des draps de soye, laines, toiles, cuirs,
vins, bleds, chevaux et tout autre bestial.» On voit qu'entre les agents
de change de 1304 et les agents de change de 1861 il y a une nuance. On
pourrait donc, sans trop d'absurdité, modifier les lois qui pèsent sur
eux.
Depuis Philippe le Bel jusqu'à la révolution de 89, si les rois
s'occupèrent des agents de change, ce fut surtout pour leur imposer de
plus gros cautionnements. Les charges, qui s'élevèrent graduellement
jusqu'au nombre de soixante, étaient héréditaires. Pour les remplir, il
suffisait de n'être pas juif[11] et d'avoir _la finance_. Le ministère
des agents consistait à certifier le change d'une ville à une autre, le
cours des matières métalliques, la signature des souscripteurs de
lettres de change, etc. La négociation des effets publics et des effets
royaux, qui est aujourd'hui leur unique affaire, n'était alors qu'un
accident.
[11] Les agents de change en ont appelé.
Law est le premier qui ait fait fleurir cette branche de leur industrie.
Encore voyons-nous, par les édits sur la rue Quincampoix, qu'on n'allait
pas chercher un agent de change lorsqu'on voulait vendre ou acheter dix
actions de la Compagnie des Indes.