[Note 7: Voici la lettre dont il parle ici:

Produced by Keith J. Adams, Mireille Harmelin, Rénald

Lévesque and the Online Distributed Proofreaders Europe

at http://dp.rastko.net. This file was produced from images

generously made available by the Bibliothèque nationale

de France (BnF/Gallica)

OEUVRES COMPLÈTES

DE

LORD BYRON.

IMPRIMERIE DE DONDEY-DUPRÉ,

Rue Saint-Louis, n° 46, au Marais.

OEUVRES COMPLÈTES

DE

LORD BYRON,

AVEC NOTES ET COMMENTAIRES,

COMPRENANT

SES MÉMOIRES PUBLIÉS PAR THOMAS MOORE,

ET ORNÉES D'UN BEAU PORTRAIT DE L'AUTEUR.

_Traduction Nouvelle_

PAR M. PAULIN PARIS,

DE LA BIBLIOTHÈQUE DU ROI.

TOME ONZIÈME.

_Paris_.

DONDEY-DUPRÉ PÈRE ET FILS, IMPR.-LIBR.

RUE SAINT-LOUIS, N° 46,

ET RUE RICHELIEU, N° 47 _bis._

1831.

LETTRES

DE LORD BYRON,

ET

MÉMOIRES SUR SA VIE,

PAR THOMAS MOORE.

MÉMOIRES

SUR LA VIE

DE LORD BYRON.

C'est pendant le printems de cette année que Lord Byron et sir

Walter-Scott eurent, pour la première fois, occasion de se connaître

personnellement. M. Murray, ayant fait une visite au dernier, en reçut

un superbe poignard turc, pour l'offrir en présent à Lord Byron; et le

noble poète, à son retour à Londres, la seule fois qu'il eut jamais

occasion de se trouver dans la société de sir Walter, lui offrit en

retour un vase rempli d'ossemens humains, trouvé sous les ruines des

anciens murs d'Athènes. Le lecteur aimera mieux sans doute avoir tous

ces détails de la plume de sir Walter-Scott lui-même, qui, avec cette

bonté qui le rend aussi aimable qu'il est admirable pour son talent, a

trouvé, au milieu de ses immortels travaux, le loisir de me communiquer

ce qui suit[1].

[Note 1: On a omis, au commencement de ces souvenirs, quelques

passages contenant des détails relatifs à la mère de lord Byron, et qui

ont déjà été donnés dans la première partie de cet ouvrage. Parmi ces

derniers, cependant, se trouve une anecdote dont on pardonnera

facilement la répétition en faveur de l'accroissement d'intérêt et de

l'authenticité qui s'attachent à ses détails, racontés par un témoin

oculaire tel que sir Walter-Scott: «Je me rappelle, dit-il, avoir vu la

mère de lord Byron avant son mariage, et un incident survenu dans cette

occasion rendit cette circonstance assez remarquable. C'était la

première ou la seconde fois que Mrs. Siddons venait jouer à Édimbourg,

et lorsque cette admirable actrice, par l'harmonie de sa voix, de son

regard, de son geste et de sa personne, produisait l'effet le plus

puissant qu'une créature humaine puisse jamais exercer sur ses

semblables. Je n'ai jamais rien vu dans ce genre qui puisse en approcher

de cent lieues. Le désir qu'on avait de la voir était encore irrité par

la difficulté d'obtenir des places, et par le tems énorme que les

spectateurs se résignaient à attendre avant que la pièce commençât.

Lorsque la toile tombait, la plus grande partie des dames avaient des

attaques de nerfs.

»Je me rappelle surtout que miss Gordon de Ghight jeta l'effroi dans la

salle par les cris terribles qu'elle poussa en répétant l'exclamation de

Mrs. Siddons dans le rôle d'Isabelle: _Oh! mon Byron Oh! mon Byron_! Un

médecin très-connu, le bon docteur Alexander Wood, s'empressa d'offrir

ses soins, mais la foule empêcha long-tems le docteur et la malade de se

rapprocher. Le plus remarquable de l'affaire, c'est que la demoiselle

n'avait pas encore vu alors le capitaine Byron, qui, ainsi que sir Toby,

la fit finir par un _Oh!_ comme elle avait commencé.»

(_Note de Moore_.)]

...........................................................

«Mes rapports avec Lord Byron commencèrent d'une manière assez peu

agréable. Loin d'être pour rien dans l'acerbe critique de la _Revue

d'Édimbourg_, j'avais fait quelques observations à l'éditeur, mon ami,

pour l'empêcher de la publier, parce qu'il me semblait que les _Heures

de Loisir_ y étaient jugées avec trop de sévérité. Elles me

paraissaient, écrites comme presque toutes les premières productions des

jeunes gens, plutôt d'après le souvenir de ce qui leur a plu dans les

autres, que sous l'inspiration de leur propre génie. Toutefois, je crus

distinguer dans les _Heures de Loisir_ quelques passages de la plus

noble espérance; et j'étais tellement frappé de cette idée que je

pensai à écrire à l'auteur: ce que je ne fis pas cependant, par suite de

rapports exagérés sur l'originalité de son caractère, et de ma

répugnance naturelle à donner mon avis quand on ne me le demandait pas.

»Quand Byron composa sa fameuse satire, j'y reçus des étrivières en

compagnie de gens qui valent mieux que moi. Mon crime était d'avoir

écrit un poème (_Marmion_, je crois) pour mille livres sterling, ce qui

n'était vrai qu'en ce sens que je l'avais vendu cette somme. Sans dire

ici que je ne vois pas trop comment un auteur peut être blâmé de tirer

de ses ouvrages la somme que l'éditeur consent à lui donner, surtout si

celui-ci ne se plaint pas ensuite de son marché, j'avouerai qu'en

s'occupant ainsi de mes affaires particulières, il me paraissait être

sorti tout-à-fait du domaine de la critique littéraire. D'un autre côté,

Lord Byron, dans différens passages, me donnait des éloges si fort

au-dessus de ce que je pouvais mériter, qu'il aurait fallu que je fusse

d'un caractère plus irascible sur ces matières que je ne l'ai jamais

été, pour ne pas me trouver content en somme et ne plus songer à cette

affaire.

»Je fus frappé, comme tout le monde, de la force et de la vigueur

d'imagination déployées dans les premiers chants de _Childe Harold_ et

les autres productions brillantes que Lord Byron lança dans le public

avec une rapidité qui tenait de la profusion. Ma propre popularité

comme poète commençait alors à décliner, et sincèrement je fus charmé de

voir entrer un autre dans la carrière avec tant d'imagination et

d'énergie. M. John Murray vint en Écosse à cette époque. Je lui parlai

du plaisir que j'aurais à faire connaissance avec Lord Byron; il eut

l'obligeance de faire connaître ce désir à sa seigneurie, ce qui amena

entre nous un commerce de quelques lettres.

»Me trouvant à Londres pendant le printems de 1815, j'eus l'honneur

d'être présenté à Lord Byron. Je m'étais, d'après les rapports d'autrui

préparé à trouver un homme d'étranges habitudes, d'un caractère violent;

et je doutais que notre société pût nous convenir réciproquement. Je fus

agréablement détrompé; je trouvai dans Lord Byron un homme extrêmement

affable et même extrêmement bon. Nous nous réunîmes une heure ou deux

presque tous les jours dans le cabinet de M. Murray, et la conversation

ne languissait pas. Nous nous vîmes aussi fréquemment le soir dans

diverses assemblées; en sorte que, pendant deux mois, j'eus l'avantage

de vivre très-intimement avec ce grand homme. Nous étions généralement

d'accord, excepté sur la religion et la politique, sujets sur lesquels

je suis porté à croire qu'il n'eut jamais des idées bien fixes. Je me

rappelle lui avoir dit un jour, que, s'il vivait quelques années de

plus, je croyais qu'il changerait de sentimens. Il me répondit assez

brusquement: Ainsi, vous êtes un de ces prophètes qui annoncent que je

me ferai méthodiste?--Non, répliquai-je; je ne pense pas que votre

conversion soit d'un genre si commun. Je serais plutôt porté à croire

que vous chercherez un asile dans le sein de l'église catholique, et que

vous vous distinguerez par l'austérité de votre pénitence. Il faut que

la religion à laquelle vous vous attacherez infailliblement un jour ou

un autre, soit de nature à exercer beaucoup d'empire sur

l'imagination.--Il sourit gravement, et sembla reconnaître que je

pourrais avoir raison.

»En politique, il débitait beaucoup de ces sentimens qu'on appelle

maintenant _libéraux_; mais je crus remarquer qu'il le faisait moins par

conviction des principes qu'il professait, que par l'occasion qu'il y

trouvait d'exercer son esprit satirique contre certains individus à la

tête des affaires. Il était certainement fier de son rang et de

l'ancienneté de sa famille, et, sous ce rapport, aussi aristocrate que

pouvaient le lui permettre son bon sens et sa bonne éducation. Il me

parut que quelques dégoûts reçus, je ne sais comment, lui avaient donné

cette singulière manière de penser, et avaient mis ces contradictions

dans son esprit; mais au fond du coeur, je n'hésite pas à le dire, Lord

Byron était essentiellement patricien.

»Lord Byron n'avait pas beaucoup lu, soit en poésie, soit en histoire.

J'avais l'avantage sur lui à cet égard, particulièrement d'avoir lu ce

que peu de gens s'avisent de lire, ce qui me mettait souvent à même

d'attirer son attention sur des ouvrages et des choses qui avaient pour

lui l'intérêt de la nouveauté. Je me rappelle particulièrement lui avoir

un jour récité le beau poème de _Hardyknute_, imitation d'une vieille

ballade écossaise, dont il fut si fort affecté, que quelqu'un qui se

trouvait dans le même appartement me demanda ce que je pouvais avoir dit

à Lord Byron pour le mettre dans une telle agitation.

»Je vis Byron pour la première fois en 1815, à mon retour en Angleterre.

Nous déjeunâmes ou dînâmes ensemble chez Long dans Bond-Street. Jamais

je ne l'ai revu, depuis, si gai et de si bonne humeur; il est vrai que

la présence de M. Matthews, le comédien, y contribuait beaucoup. Le

pauvre Terry y était aussi. Après l'une des parties les plus gaies où je

me sois jamais trouvé, mon compagnon de voyage, M. Scott de Gala, et

moi, partîmes pour l'Écosse, et depuis je n'ai plus revu Lord Byron.

Nous continuâmes à nous écrire de tems en tems, peut-être une fois tous

les six mois. Nous nous fîmes des présens réciproques comme les héros

d'Homère; je donnai à Byron un magnifique poignard monté en or, qui

avait appartenu au terrible Elfi-Bey. Mais je devais jouer le rôle de

Diomède dans l'_Iliade_, car Byron m'envoya quelque tems après un grand

vase sépulcral en argent. Il était plein d'ossemens humains, et il y

avait des inscriptions sur deux des côtés de sa base. L'une portait:

»Les ossemens contenus dans cette urne ont été trouvés dans de vieux

tombeaux au pied des murs d'Athènes, dans le mois de février 1811.

»L'autre portait les deux vers de Juvénal:

_Expende...... quot libras in duce summo

Invenies?

Mors sola fatetur

Quantula..... hominum corpuscula_.

(JUV. X.)

»A ces deux inscriptions, j'en ai ajouté une troisième:

Donné par Lord Byron à Walter-Scott[2].

[Note 2: Au moment où Byron faisait ce présent, M. Murray lui avait

dit qu'une inscription de cette nature ajouterait beaucoup de valeur à

ce vase; mais Byron s'y refusa avec une admirable modestie, disant que

cela aurait un air d'ostentation de sa part, et qu'il valait mieux

l'envoyer tel qu'il était, sans y rien graver davantage.

(_Note de Moore_.)]

»L'envoi de cette urne était accompagné d'une lettre que je regardais

comme bien plus précieuse encore, à cause des sentimens que ce grand

homme y exprimait pour moi. Je crus naturellement ne pouvoir mieux faire

que de laisser la lettre dans l'urne; mais elle a disparu. La nature de

ce vol ne permettant pas de soupçonner qu'il ait été commis par quelque

domestique, je me vois forcé d'en accuser l'indélicatesse de quelque

visiteur d'un rang plus élevé, indélicatesse bien gratuite; car je ne

suppose pas que, d'après ce que je viens de dire, personne s'avise de se

vanter d'avoir en sa possession cette curiosité littéraire.

»Nous rîmes beaucoup, je me le rappelle, de ce que le public pourrait

penser et dire sur la nature triste et sombre de nos présens

réciproques.

»Je ne crois pas qu'il me reste rien à ajouter à mes souvenirs de Byron.

Il était souvent mélancolique, presque chagrin. Quand je le voyais dans

cette disposition d'esprit, j'avais coutume ou d'attendre qu'il revînt

de lui-même, ou qu'il se présentât quelqu'occasion naturelle de le faire

causer: alors les nuages qui avaient obscurci son visage se dissipaient,

comme ceux que le soleil dissipe le matin; car dans la conversation il

était toujours très-animé.

»Je profitai de toutes les occasions de me trouver avec lui en société,

sa manière d'être à mon égard me donnant l'orgueil de croire que mon

commerce ne lui était pas désagréable. Je me rappelle bien des parties

délicieuses que nous avons faites ensemble, une entre autres chez sir

George Beaumont, où cet homme, si aimable lui-même, avait pris soin de

réunir des hommes du talent le plus distingué. Il me suffira, parmi les

convives, de citer feu sir Humphry Davy, dont le goût en littérature

n'était pas moins remarquable que l'empire qu'il a exercé si long-tems

dans les sciences exactes. MM. Richard Sharpe et Rogers étaient aussi

présens.

»Je crois aussi avoir remarqué dans le caractère de Lord Byron quelque

chose de soupçonneux, quand il semblait s'arrêter et réfléchir un moment

pour voir s'il n'y avait pas un sens caché et peut-être offensant dans

quelque chose qu'on lui disait par hasard. Dans ces occasions, je

jugeais que ce qu'il y avait de mieux à faire était de laisser son

esprit, comme un ruisseau troublé, s'éclaircir de lui-même: ce qu'il ne

manquait pas de faire en une minute ou deux. J'étais, comme vous vous le

rappelez, beaucoup plus âgé que notre noble ami: je n'avais aucune

raison de craindre qu'il se méprît sur mes sentimens à son égard, et je

n'ai jamais douté non plus qu'il ne me les rendît avec la plus grande

franchise. Si, d'un côté, j'eusse pu être mortifié de voir son génie

s'obscurcir si complètement, toute espèce de prétentions que j'eusse pu

alors avoir à cet égard, j'aurais pu me consoler en réfléchissant que la

nature m'avait, en compensation, accordé en plus grand nombre les

élémens du bonheur.

»Je me tourmente en vain pour rappeler en ce moment des souvenirs qui,

en d'autres tems, se présentent d'eux-mêmes à ma mémoire; de ces petits

traits, de ces mots qui rappellent son regard, sa manière, son ton et

ses gestes; et je persiste à croire qu'il était arrivé à une crise qui

devait lui ouvrir un nouveau chemin à la renommée, et que, s'il avait pu

y survivre, il aurait effacé le souvenir de certaines parties de sa vie

que ses amis souhaiteraient oublier.»

LETTRE CCXX.

A M. MOORE.

23 avril 1815.

«Lord Wentworth est mort la semaine dernière. La masse de sa fortune,

qui consiste en 7 ou 8,000 livres sterling de rente, est substituée à

lady Milbanke et à lady Byron. La première est partie pour le comté de

Leicester, afin d'en prendre possession, et d'assister aux funérailles

aujourd'hui.......................................................

»J'ai parlé de la manière dont lord W. avait disposé de ses biens, parce

que les journaux, avec leur exactitude ordinaire, ont commis toutes

sortes de méprises dans le rapport qu'ils en ont fait. Son testament est

tel qu'on s'y attendait. La plus grande partie de ses propriétés revient

à lady Milbanke (aujourd'hui Noël) et à Bell. Il laisse, de plus, une

terre qui doit être mise en vente pour le paiement de ses dettes (qui ne

sont pas considérables), et des legs qu'il fait à son fils et à sa fille

naturels.

»La tragédie de madame *** est tombée hier au soir. On peut essayer

de la jouer une seconde fois, et on le fera probablement; mais elle n'en

est pas moins tombée. Il a été impossible d'entendre un seul mot du

dernier acte; j'y allai, quoique j'eusse dû rester chez moi sous le sac

et la cendre, à cause de mon oncle; mais je ne sais pas résister à une

première représentation vue d'un coin retiré et paisible de ma loge:

ainsi donc j'ai été témoin de toute l'affaire. Les trois premiers actes,

accompagnés de quelques applaudissemens passagers, se sont traînés

pesamment, et ont été écoutés avec patience. Je dois dire que la pièce

était mal jouée, surtout par ***, qui fut hué dans le troisième acte,

pour quelque chose qu'il dit à propos d'_horreur_, et cette horreur fut

la cause qu'on le siffla: Eh bien! le quatrième acte s'embourba d'une

manière terrible; mais le cinquième, que Garrick appelait assez

sottement la _concoction_ d'une pièce, le cinquième, dis-je, s'arrêta

tout court à la prière du roi. Vous savez qu'il dit que «jamais il ne se

couche sans la faire, et qu'il ne veut pas y manquer en ce moment;» mais

il ne fut pas plus tôt à genoux, que les spectateurs se levèrent. Le

maudit parterre se mit à hurler, à huer, à siffler de toute sa force.

Cela, pourtant, s'apaisa un peu; mais la scène des brigands, les paysans

faisant pénitence, et le meurtre de l'évêque et de la princesse lui

donnèrent le coup de grâce. La toile tomba sur les acteurs qu'on

n'écoutait plus, et ce fut tout aussi infructueusement que Kean essaya

d'annoncer le spectacle pour lundi. Mrs. Bartley avait si peur, que,

quoique le public fût passablement tranquille, l'épilogue fut

inintelligible pour la moitié de la salle. Enfin--vous savez tout. Quant

à moi, j'ai applaudi jusqu'à m'écorcher les mains, et sir James

Mackintosh, qui était avec moi dans ma loge, en a fait autant. Tout

l'univers était dans la salle, à commencer par les Jersey et les Grey.

Mais cela n'y a rien fait. Après tout, ce n'est pas une pièce jouable;

elle est bien écrite, mais elle manque d'énergie.

»Les femmes, à l'exception de Joanna Baillie, ne peuvent pas faire de

tragédies. Elles n'ont pas assez vu, assez connu la vie pour cela. Je

crois que Sémiramis, ou Catherine II (si elles eussent pu cesser d'être

reines) auraient été capables de composer une fameuse tragédie.

»Quoi qu'il en soit, c'est une bonne leçon pour ne pas risquer de

tragédies. Je n'y ai jamais été très-porté; mais je l'aurais été, que

ceci m'en eût guéri.

»A jamais, _carissime_ Thom.,

»Tout à toi,»

BYRON.

LETTRE CCXXI.

A M. MURRAY.

21 mai 1815.

«Vous avez dû trouver très-étrange, sinon très-ingrat de ma part, de ne

pas vous avoir parlé des dessins[3], lorsque j'ai eu le plaisir de vous

voir ce matin. Le fait est que je ne les avais pas encore vus, et ne

savais pas qu'ils fussent arrivés. Ils avaient été portés dans la

bibliothèque où je ne fais que d'entrer en ce moment, et on n'en avait

pas parlé. Ce présent est si magnifique, que..... bref, que je laisse à

lady Byron le soin de vous en remercier, et ne vous écris ce billet que

pour m'excuser de la négligence, bien involontaire, dont j'ai dû vous

paraître coupable ce matin.

»Votre, etc.»

BYRON.

[Note 3: M. Murray avait fait présent à lady Byron de douze dessins

de Stothard, dont les sujets étaient pris dans les poèmes de lord Byron.

(_Note de Moore_.)]

LETTRE CCXXII[4].

A M. MOORE.

«Je n'ai aucune excuse à vous offrir en faveur de mon silence, si ce

n'est la paresse invétérée qui me tient. Je suis trop apathique pour

inventer un mensonge, sans quoi j'y aurais certainement recours, étant

honteux de la vérité. K***, j'espère, est parvenu à apaiser la sublime

indignation qu'avaient excitée en vous ses sottises. Je vous ai désiré

et vous désire encore de tout mon coeur, dans le comité[5].

[Note 4: Cette lettre et celle qui suit me furent adressées en

Irlande, où j'étais depuis le milieu du mois précèdent.

(_Note de Moore_.)]

[Note 5: Il était devenu depuis peu membre du comité composé,

indépendamment de lui, des personnes citées dans cette lettre qui

s'étaient chargées de la direction du théâtre de Drury-Lane; son désir

avait été, depuis la première formation du comité, de m'avoir pour

collègue: c'est à une méprise qui fut faite dans la manière dont on me

communiqua cette proposition, qu'il fait allusion dans la phrase

précédente.

(_Note de Moore_.)]

C'est une affaire qui paraît si désespérée, que la compagnie d'un ami

serait du moins une consolation.--Mais nous en parlerons plus au long à

notre première rencontre. En attendant, vous êtes instamment prié de

décider Mrs. Esterre à s'engager. Je crois qu'on lui a déjà écrit à ce

sujet; mais il est probable que votre influence, soit que vous la voyiez

en personne, ou que vous en chargiez un intermédiaire, aura plus de

poids que nos propositions. Je ne vous dirai pas en quoi consistent

celles-ci; mes nouvelles fonctions se bornant à écouter le désespoir de

Cavendish Bradshaw, les espérances de Kinnaird, les désirs de lord

Essex, les plaintes de Whitbread, et les calculs de Peter Moore, qui me

semblent tous en parfaite contradiction les uns avec les autres.

»C. Bradshaw voudrait éclairer le théâtre au gaz, ce qui (si l'on en

croit le vulgaire) empoisonnerait la moitié des spectateurs et tous les

personnages en scène. Essex a cherché à persuader à K***[6] de ne plus

s'enivrer, et depuis ce moment il n'a pas cessé d'être ivre une minute.

Kinnaird, avec autant de succès, a voulu faire entendre à Raymond qu'il

avait de trop forts appointemens. Whitbread veut que nous augmentions

encore le parterre de six sous, proposition insidieuse qui finira par

tout mettre en combustion. Pour couronner le tout, l'huissier priseur

R***, n'a-t-il pas l'impudence d'être mécontent de ne pas recevoir de

dividende! Le coquin est propriétaire d'actions, et de plus il est

orateur de longue haleine dans nos assemblées. On m'a dit qu'il avait

prédit notre incapacité; conclusion qui n'est pas neuve, et dont

j'espère bien lui donner des preuves signalées avant que nous ayons

fini.

[Note 6: Il est sans doute question ici du célèbre acteur Kean,

alors à Drury-Lane, et qui buvait beaucoup.

(_Note du Trad._)]

»Nous donnerez-vous un opéra? Je jurerais que non, et cependant je le

voudrais............. .............................................

.............................................

»Pour en finir avec le monde poétique, je vous dirai que Walter-Scott

est retourné en Écosse. Je vous dirai que Murray le libraire a été

cruellement maltraité, par de mauvais coquins, à Newington Butts,

pendant qu'il s'en retournait chez lui, après avoir dîné dans le

voisinage. Imaginez-vous qu'on lui a volé trois ou quatre bons de

quarante livres sterling chacun, et une bague à cachet de son

grand-père, qui vaut un million; voilà du moins sa version. Mais il y a

des gens qui prétendent que c'est D'Israeli, avec lequel il avait dîné,

qui l'a terrassé en lui jetant à la tête sa nouvelle publication «_Des

querelles des Auteurs_,» à la suite d'une dispute sur le prix du

manuscrit. Quoi qu'il en soit, les journaux ont retenti de son _injuria

formoe_, et depuis il est dans les fomentations, et ne voit personne que

son apothicaire.

»Lady B. est sur le chemin de la maternité, depuis un peu plus de trois

mois, et nous espérons qu'elle arrivera heureusement au terme. Nous

sommes allés très-rarement dans le monde cet hiver, à cause de sa

position qui demande de la tranquillité. Son père et sa mère ont changé

leur nom contre celui de Noel, pour se conformer au testament de lord

Wentworth, et par reconnaissance pour le bien qu'il leur a laissé.

»J'ai appris que vous aviez été reçu en triomphe par les Irlandais, et

cela vous était bien dû. Mais ne souffrez pas qu'ils vous tuent à force

de claret et d'attentions, dans le dîner national qui, à ce que j'ai

entendu dire, se prépare en votre honneur. Si vous voulez m'en désigner

le jour, je m'enivrerai moi-même de ce côté de l'eau, et vous enverrai

un hoquet approbateur par-delà le canal.

»En fait de politique, on n'entend autre chose que le cri de guerre, et

C...h prépare sa tête pour la pique sur laquelle nous la verrons porter

avant que tout ceci ne soit fini. L'emprunt a mis tout le monde de

mauvaise humeur. Je reçois souvent des nouvelles de Paris, mais elles

sont en contradiction directe avec les rapports que nous font dans

l'intérieur nos journalistes gagés.

»Quant aux affaires de la société, nous n'avons rien de neuf depuis lady

D***. Il n'est pas question d'un seul divorce, quoiqu'il s'en prépare

un bon nombre, à en juger par les mariages qui se font.

»Je vous envoie ci-jointe[7] une épître que j'ai reçue ce matin, de je

ne sais pas qui, mais je pense qu'elle vous amusera. Celui qui l'a

écrite doit être un drôle d'original.

»_P. S._ Un monsieur d'Alton (non pas le Dalton que vous connaissez) m'a

envoyé un poème national intitulé: _Dermid_. La même cause qui m'a

empêché de vous écrire a étendu son influence sur le désir que j'aurais

eu de lui adresser une lettre de remerciemens. Si vous le voyez,

dites-lui toutes sortes de belles choses pour moi, et assurez-le que je

suis le plus paresseux et le plus ingrat des mortels.

[Note 7: Voici la lettre dont il parle ici:

Darlington, 3 juin 1815.

«MILORD,

»Je viens d'acheter un exemplaire de vos oeuvres, et je suis très-fâché

que vous n'en ayez pas retranché l'_Ode à Bonaparte_; elle a

certainement été écrite avec trop de précipitation, et sans y avoir

sérieusement réfléchi. La Providence vient de le ramener pour régner de

nouveau sur des millions d'hommes, tandis que cette même Providence

tient, en quelque sorte, en garnison un autre souverain, que, suivant

l'expression de M. Burke, il précipita du trône. Voyez si vous ne pouvez

trouver un moyen de réparer votre manque de jugement. Songez que,

presque sur tous les points, la nature humaine est la même, dans tous

les climats, à toutes les époques, et n'agissez pas ici en _jeune

écervelé_. Est-ce aux Anglais à parler du despotisme des tyrans, pendant

que des torrens de sang répandus dans les Indes Orientales appellent à

grands cris la vengeance du ciel? Apprenez, mon bon Monsieur, à ne pas

jeter la première pierre. Je suis le serviteur de votre seigneurie.

»J. R***»

(_Note de Moore_.)]

»Encore un mot. Ayez soin que sir John Stevenson ne parle pas du prix

de votre premier poème; autrement on viendrait vous demander votre part

de l'impôt sur les propriétés. Je parle très-sérieusement, car je viens

d'entendre une longue histoire sur ces coquins de collecteurs, qui ont

forcé Scott à payer sa taxe sur le sien. Ainsi, prenez-y garde; 300

livres sterling sont une diable de déduction à faire sur 3,000.»

LETTRE CCXXIII.

A M. MOORE.

7 juillet 1815.

«_Grata superveniet_, etc. Je vous avais encore écrit, mais commençant à

vous croire sérieusement fâché de ma paresse, et ne sachant pas trop

comment vous prendriez les bouffonneries que contenait ma lettre, je

l'avais brûlée. Depuis, j'ai reçu la vôtre, et tout est au mieux.

»J'avais abandonné tout espoir d'en recevoir de vous. A propos, mon

_grata superveniet_ aurait dû être au présent, car je m'aperçois

maintenant qu'il a l'air de faire allusion au présent griffonnage,

tandis que c'est à la réception de votre lettre de Kilkenny, que j'ai

fait l'application de ce respectable sentiment.

»Le pauvre Whitbread est mort hier matin. C'est une perte aussi grande

que soudaine. Sa santé était chancelante, mais ne donnait pas lieu de

craindre une attaque aussi fatale. Il est tombé, et n'a plus parlé

depuis, je crois. Je vois que Perry attribue sa mort à Drury-Lane,

opinion très-encourageante, et d'une grande consolation pour le nouveau

comité. Je n'ai pas de doute que ***, qui est d'un tempérament

apoplectique, ne se fasse saigner de suite, et comme j'ai moi-même,

depuis mon mariage, perdu en grande partie ma pâleur, et, _horresco

referens_ (car je hais jusqu'à un _modeste_ embonpoint) cette heureuse

maigreur à laquelle j'étais parvenu lorsque je fis votre connaissance,

cet arrêt du _Morning-Chronicle_ ne me laisse pas sans inquiétude. Tout

le monde doit regretter Whitbread. C'était assurément un homme

supérieur, et un excellent homme.

»Paris est pris pour la seconde fois. Je présume qu'à l'avenir cela lui

arrivera tous les ans. J'ai, ainsi que tout le monde, perdu un parent

dans les derniers combats. C'est le pauvre Frédéric Howard, le meilleur

de sa race. Je n'avais, depuis quelques années, que fort peu de

relations avec sa famille; mais je n'ai jamais vu ou entendu dire que du

bien de lui. Le frère d'Hobhouse a été tué;--bref la mort n'a pas

épargné une seule famille.

»Tout espoir d'une république est évanoui, et nous continuerons de vivre

sous le vieux système; mais je suis profondément las de la politique et

du carnage, et le bonheur dont la Providence s'est plue à combler lord

*** ne fait que prouver le peu de valeur que les dieux attachent à la

prospérité, puisqu'ils ont permis à un..... tel que lui, et à ce vieil

ivrogne de Blucher, de battre des hommes qui valent mieux qu'eux.

Wellington, cependant, mérite une exception: celui-là est un homme et

le Scipion de notre Annibal; ce qui n'empêche pas qu'il doit rendre

grâce aux glaces de la Russie, qui ont détruit la véritable élite de

l'armée française pour le faire vaincre à Waterloo.

»Bon Dieu, Moore, comme vous blasphémez «le Parnasse et Moïse!» en

vérité, vous me faites honte. Ne ferez-vous rien pour l'art

dramatique?--Nous vous demandons en grâce un opéra. La méprise de

Kinnaird a été en partie la mienne. Je voulais à toute force que vous

fussiez du comité et lui aussi; mais nous sommes bien aises maintenant

que vous ayez été plus sage que nous, car je commence à soupçonner que

c'est une fâcheuse affaire.

»Quand vous verra-t-on en Angleterre? Sir Ralph Noël (ci-devant Milbank,

et il ne paraît pas disposé à ensevelir de sitôt le nom de Noël avec

lui) s'étant aperçu qu'un homme ne pouvait pas habiter deux maisons, m'a

donné sa terre, située dans le nord, pour en faire ma résidence, et

c'est là que lady B. menace d'accoucher en novembre. Sir R. et madame ma

belle-mère établiront leurs quartiers à Kirby, qui appartenait jadis à

lord Wentworth. Peut-être viendrez-vous avec Mrs. Moore nous rendre une

visite cet automne. Dans ce cas, vous et moi (sans nos femmes),

prendrons notre vol vers Édimbourg, pour aller embrasser Jeffrey. Ce

n'est pas à beaucoup plus de cent milles de chez nous. Mais nous

causerons de ceci, et d'autres affaires importantes, à notre première

entrevue, qui aura lieu, je l'espère, sitôt votre retour. Nous ne

quittons Londres qu'au mois d'août.

»Tout à vous.»

LETTRE CCXXIV.

A M. SOTHEBY.

15 septembre 1815, Piccadilly Terrace.

CHER MONSIEUR,

«_Ivan_ est accepté, et sera mis à l'étude aussitôt l'arrivée de Kean.

»Les acteurs sont pleins de confiance dans le succès de la pièce. Je ne

sache pas qu'il soit nécessaire d'y faire des changemens pour la

représentation; mais, dans le cas où il en faudrait, cela se réduirait à

peu de chose, et vous en seriez averti à tems. Je vous conseillerais de

n'assister qu'aux dernières répétitions, les directeurs, du moins, m'ont

chargé de vous donner cet avis. Vous pouvez les voir, c'est-à-dire

Dibdin et Rae, quand bon vous semblera, et en attendant je ferai tout ce

que vous jugerez convenable de suggérer.

»Mrs Mardyn n'a pas encore paru, et l'on ne peut rien décider avant son

premier début, c'est-à-dire, quant à sa capacité pour le rôle dont vous

parlez, et qui, sans aucun doute, n'est pas dans _Ivan_, _Ivan_ me

paraissant pouvoir être très-bien joué sans elle. Mais nous en

reparlerons plus tard.

»Votre très-sincèrement dévoué.»

BYRON.

»_P.S._ Vous serez sans doute bien aise d'apprendre que la saison a

commencé d'une manière brillante.--La salle est constamment pleine; les

recettes excellentes,--les acteurs en très-bonne harmonie avec le

comité, ainsi qu'entre eux.--Enfin, il y règne autant d'intelligence

qu'il est possible d'en entretenir dans une administration aussi

compliquée et aussi étendue que celle de Drury-Lane.

A M. SOTHEBY.

25 septembre 1815.

CHER MONSIEUR,

«Je crois qu'il vous sera utile de voir les acteurs et directeurs

aussitôt que vous le pourrez, car il y a des points sur lesquels vous

devez avoir besoin de conférer avec eux. L'observation que je vous ai

rapportée vient du côté des acteurs; elle est générale et non

particulière à cette circonstance. J'ai cru bien faire en vous la

communiquant de suite; cela ne vous empêchera pas sans doute de voir

quelques-unes des répétitions.

»Je serais tenté de croire que Rae a jeté son dévolu sur le rôle de

Naritzin. C'est un acteur plus en faveur que Bartley, et certainement il

donnera plus de force au caractère. D'ailleurs, c'est un des

directeurs, et il portera plus d'intérêt à la pièce, s'il peut y jouer

doublement un rôle. Mrs. Bartley représentera Petrowna; quant à

l'impératrice, je ne sais qu'en penser et qu'en dire. La vérité est que

nous ne sommes pas très-bien pourvus d'actrices tragiques, mais

choisissez ce que nous avons de mieux, et tirez-en le meilleur parti

possible. Nous avons tous beaucoup d'espoir que la pièce réussira, et

mettant à part toute autre considération, nous le désirons ardemment,

cette tragédie étant la première qu'on aura représentée à Drury-Lane,

depuis l'ancien comité.

»A propos, j'ai un procès à vous faire, et comme le grand M. Dennis, qui

s'écria dans une semblable occasion: «De par Dieu, vous m'avez pris mon

tonnerre,» je m'écrierai, moi: «Voici mon éclair!» dans la scène entre

Petrowna et l'impératrice, où se trouve une pensée semblable à celle de

Conrad dans le troisième chant du _Corsaire_, et exprimée presque de la

même manière. Ce que j'en dis, cependant, n'est pas pour vous accuser,

mais pour me justifier moi-même de tout soupçon de plagiat, mon poème

ayant été publié six mois avant que vos tragédies n'eussent paru[8].

[Note 8: Malgré cette précaution du poète, l'analogie qui existe

entre ces deux passages fut citée quelques années après d'une manière

triomphante, à l'appui d'une accusation de plagiat portée contre lui par

quelques écrivailleurs; voici les vers de M. Sotheby.

«Je me suis élancé avec transport de la pierre qui me sert de couche,

pour saluer le tonnerre éclatant au-dessus de ma tête, et accueillir

l'éclair dont la lueur jaillissante faisait étinceler mes fers.»

(_Note de Moore_.)]

»Georges Lambe avait l'intention de vous écrire. Si vous ne voulez

pas avoir maintenant de conférence avec les directeurs, indiquez-moi ce

que vous désirez qu'on fasse, et j'aurai soin que cela soit exécuté.

»Votre très-sincèrement dévoué.»

BYRON.

LETTRE CCXXV.

A M. TAYLOR.

13 Piccadilly Terrace, 25 sept. 1815.

CHER MONSIEUR,

«Je suis très-fâché que vous vous affectiez d'une circonstance[9] dont

je ne me tourmente nullement. Il m'est fort indifférent, si cela amuse

votre journaliste, ses correspondans et ses lecteurs, d'être le sujet de

toutes les chansons qu'il peut insérer dans sa feuille, pourvu,

toutefois, que, dans les produits de ses veilles, il ne soit question

que de moi.

[Note 9: M. Taylor ayant inséré dans _le Soleil_ (dont il était

alors principal propriétaire) un sonnet adressé à lord Byron, en retour

du présent que le noble lord lui avait fait d'un exemplaire de ses

oeuvres richement relié, il parut le lendemain dans le même journal (de

la plume d'une personne qui avait acquis quelqu'autorité sur cette

feuille), une parodie de ce sonnet, où il était fait allusion à lady

Byron d'une manière fort peu respectueuse. C'est à cette circonstance,

dont M. Taylor avait donné l'explication en écrivant à lord Byron, que

se rapporte la lettre ci-dessus, qui fait tant d'honneur aux sentimens

du noble époux.

(_Note de Moore_.)]

»Il y a long-tems que ces choses-là ne

m'effrayent plus, et je ne sache pas qu'une attaque de ce genre pût

m'exciter à me défendre, à moins qu'elle ne s'étendît à ceux qui me

touchent de près, et dont les qualités sont de nature, j'espère, à les

mettre à l'abri d'un pareil outrage, aux yeux même des gens qui ne me

veulent aucun bien. En supposant qu'un tel cas se présentât, je dirai,

renversant le sens des paroles du docteur Johnson, que si les lois ne

peuvent me rendre justice, je me la rendrai moi-même, quelles qu'en

soient les conséquences.

»Je vous renvoie, avec tous mes remerciemens, Colman et les

lettres.--Quant aux poèmes, je me flatte que votre intention est que je

les garde, c'est du moins ce que je ferai jusqu'à ce que vous me disiez

le contraire.

»Très-sincèrement à vous.»

A M. MURRAY.

25 septembre 1815.

«Voulez-vous publier _la Pie voleuse_ de Drury-Lane, ou, ce qui serait

mieux encore, voulez-vous donner cinquante ou même quarante guinées du

manuscrit? Je me suis chargé de vous faire cette question dans l'intérêt

du traducteur, et je désire que vous y consentiez. On nous en offre

partout ailleurs dix livres sterling de moins, et connaissant votre

libéralité, je me suis adressé à vous, et serai bien aise d'avoir votre

réponse.

»Tout à vous.»

LETTRE CCXXVI.

A M. MURRAY.

27 septembre 1815.

«Voilà qui est beau et généreux, digne enfin d'un éditeur dans le grand

genre. M. Concanen, le traducteur, va être enchanté, et il paiera sa

blanchisseuse, tandis que moi, en récompense de votre libéralité dans

cette circonstance, je ne vous demanderai plus de rien publier pour

Drury-Lane, ni pour aucun autre[10] Lane. Vous n'aurez de moi ni

tragédie ni autre chose, je vous en réponds, et vous devez vous trouver

heureux d'être débarrassé de moi pour tout de bon, sans plus de dommage.

En attendant, je vais vous dire ce que nous pouvons faire pour

vous;--nous allons jouer l'_Ivan_ de Sotheby, qui réussira, et alors vos

publications présentes et futures des drames de cet auteur se débiteront

tant que vous voudrez, et si nous avons quelque chose de très-bon, vous

aurez la préférence, mais on ne vous présentera plus de pétition.

[Note 10: _Lane_ signifie petite rue, ruelle.

(_Note du Trad._)]

»Sotheby a dans sa pièce une pensée, et presque les mêmes paroles qui se

trouvent dans le troisième chant du _Corsaire_, qui, comme vous le

savez, fut publié six mois avant sa tragédie. C'est à l'occasion de

l'orage qui éclate dans la cellule de Conrad. J'ai écrit à M. Sotheby

pour la réclamer, et comme Dennis qui criait dans le parterre: «De par

Dieu, voilà mon tonnerre!» ainsi ferai-je et m'écrierai-je: «De par

Dieu, voilà mon éclair!»--Car c'est de ce fluide électrique qu'il est

question dans ledit passage.

»Vous aurez, pour mettre en tête de la pièce, un portrait de Fanny

Kelly, dans la _Pie voleuse_, qui vaut bien; en conscience, deux fois

l'argent que vous a coûté le manuscrit. Dites-moi, je vous prie, ce que

vous avez fait de la note que je vous ai donnée sur Mungo-Park.

»Toujours tout à vous.»

LETTRE CCXXVII.

A M. MOORE.

13 Piccadilly Terrace, 28 octobre 1815.

«Il paraît que vous voilà revenu en Angleterre, à ce que j'apprends de

tout le monde, excepté de vous. Je présume que vous vous tenez sur la

réserve, parce que je n'ai pas répondu à votre dernière lettre

d'Irlande. Quand avez-vous quitté le «cher pays?» C'est égal, allez, je

vous pardonne, ce qui est une grande preuve de--de je ne sais pas quoi,

mais c'est pour donner le démenti à ce vers:

»Celui qui a tort ne pardonne jamais.»

»Vous avez écrit à ***. Vous avez aussi écrit à Perry, qui laisse

entrevoir l'espérance que vous nous donnerez un opéra. Coleridge nous a

promis une tragédie. Or, si vous tenez la parole que nous a donnée

Perry, et que Coleridge remplisse la sienne, en voilà assez pour mettre

Drury-Lane sur pied, et il faut dire qu'il a terriblement besoin qu'on

vienne à son aide: nous avons commencé au grand galop, et nous voilà

déjà rendus.--Quand je dis _nous_, c'est-à-dire Kinnaird, qui est ici

l'homme capable, et sait compter ce qui est plus que n'en peut faire le

reste du comité.

»C'est réellement fort amusant, quant à ce qui est du mouvement que se

donnent matin et soir ces gens-ci, les uns se carrant, les autres

pestant. Et si l'on parvient jamais à payer cinq pour cent, cela fera

honneur à l'administration. M. *** a fait recevoir une tragédie, dont la

première scène commence par le sommeil, non pas de l'auteur, mais du

héros. Elle nous a été présentée comme étant prodigieusement admirée par

Kean; mais le susdit Kean étant interrogé, nie cet éloge, et proteste

contre son rôle.--Je ne sais pas comment cela finira.

»Je ne vous parle autant du théâtre, que parce que Londres est mort dans

cette saison. Tout le monde en est parti excepté nous, qui y restons

pour accoucher en décembre, ou peut-être plus tôt. Lady B. est énorme et

en état de prospérité, du moins en apparence, je voudrais que le moment

fût passé et bien passé.--

»J'ai devant les yeux une pièce d'un personnage qui se signe

_Hibernicus_.--Le héros est Malachi, le roi Irlandais, et le traître

usurpateur c'est Turgesius le Danois. Le dénouement est beau. Turgesius

est enchaîné par la jambe à un pilier sur le théâtre, et le roi Malachi

lui adresse un discours qui ne ressemble pas mal à ceux de lord

Castlereagh sur l'équilibre du pouvoir et le droit de légitimité,

discours qui jette Turgesius dans un accès de rage, comme le feraient

ceux de Castlereagh, si son auditoire était enchaîné par les jambes.--Il

tire un poignard et s'élance sur l'orateur; mais, se voyant au bout de

sa corde, il le plonge dans sa propre carcasse, et meurt en disant qu'il

a accompli une prophétie.

»Or, voilà des faits exacts et sérieux, et la partie la plus grave d'une

tragédie qui n'a pas été faite dans l'intention de la rendre burlesque.

L'auteur a l'espoir qu'elle sera jouée.--Mais, qu'est-ce que l'espoir?

rien que le fard dont nous parons la face de la vie, le moindre souffle

de vérité le détruit, et nous voyons alors, sans déguisement, comme elle

a les joues creuses. Je ne suis pas bien sûr de ne pas avoir déjà fait

cette belle réflexion-là; mais n'importe, elle ira encore cette fois à

la tragédie de Turgesius, à laquelle je puis l'appliquer.

»Eh bien! comment va la santé, ô toi, poète, non des mille, mais des

trois mille! J'aurais bien voulu que votre ami, sir John Forté-Piano,

eût gardé cela pour lui, et ne l'eût pas publié au jugement du marchand

de chansons de Dublin, et je vais vous dire pourquoi: il y a de la

libéralité à Longman de vous avoir donné ce prix, et il est honorable

pour vous de l'avoir obtenu, mais ceci va déchaîner, contre l'heureux

auteur, tous les juges faméliques et décharnés. Après tout, qu'ils

aillent au diable!--Jeffrey et Moore, réunis, peuvent défier le monde

avec leur plume.--À propos, le pauvre C...e, qui est un homme d'un

talent admirable, et de plus dans le malheur, est sur le point de

publier deux volumes de poésie et de biographie.--Il a été plus

maltraité par les critiques que nous ne l'avons été nous-mêmes.

Voulez-vous me promettre, si son ouvrage paraît, de faire un article en

sa faveur, dans la _Revue d'Édimbourg_? Je pense bien que vous ne

pourrez faire autrement que de lui donner des louanges; mais il faut

aussi le bien louer, ce qui, de toutes les choses, est la plus

difficile.--Cela fera sa réputation.

»Ceci doit rester secret entre nous, car il serait possible que ce

projet ne plût pas à Jeffrey, ni probablement à C...e lui-même. Mais mon

avis est qu'il n'a besoin que de quelqu'un qui lui prépare les voies, et

d'une étincelle ou deux de courage pour fournir glorieusement sa

carrière.

»Votre très-affectionné,

B.

»_P. S._ Voici un ennuyeux griffonnage, mais ma première sera «plus de

ce monde.»

Comme, après cette lettre, on ne trouve plus, dans sa correspondance,

que des allusions très-rares à la part qu'il eut dans l'administration

de Drury-Lane, je profiterai de cette occasion pour donner quelques

extraits de ses _Pensées détachées_ où l'on trouve ses souvenirs sur

ses relations de courte durée avec l'intérieur du théâtre.

«Lorsque j'appartenais au comité de Drury-Lane, et faisais partie de la

direction, il y avait environ cinq cents pièces dans les cartons.

Imaginant que, dans le nombre, il devait y en avoir de bonnes, j'en fis

l'examen en personne, et avec l'aide de mes collègues. Je ne sache pas

que, de toutes celles qui me passèrent par les mains, il y en eût une

seule qu'on pût décemment supporter.--On n'a jamais rien vu de semblable

à quelques-unes d'elles! Mathurin m'avait été très-pressamment

recommandé par sir Walter Scott à qui j'eus recours, d'abord dans

l'espoir qu'il ferait lui-même quelque chose pour nous, et puis me

flattant, dans mon désespoir, qu'il pourrait nous indiquer

quelqu'auteur, jeune ou vieux, qui nous promettrait du succès. Mathurin

m'envoya son _Bertram_ avec une lettre, mais sans son adresse, ce qui

m'empêcha d'abord de lui répondre. Lorsque je découvris enfin son

adresse, je lui envoyai une réponse favorable, avec quelque chose de

plus substantiel. Sa pièce réussit; mais j'étais à cette époque hors

d'Angleterre.

»Je m'adressai aussi à Coleridge;--mais il n'avait rien de convenable

sur le métier pour le moment. M. Sotheby nous offrit obligeamment

toutes ses tragédies, et je m'engageai et réussis, en dépit de quelques

discussions avec mes confrères du comité, à faire accepter _Ivan_. On

en fit lecture, et les rôles furent distribués. Mais voilà que, lorsque

tout était en train, un peu de tiédeur de la part de Kean, ou de chaleur

du côté de l'auteur, porte ce dernier à retirer sa pièce Sir J.-B.

Burgess nous avait aussi présenté quatre tragédies et une petite pièce,

et j'avais mis tout en mouvement dans le comité et les coulisses, pour

les faire recevoir, mais ce fut inutilement.

»Bon Dieu, par quelles scènes il m'a fallu passer!--Les auteurs, mâles

et femelles, les modistes et les sauvages irlandais, les gens de

Brighton, de Blackwall, de Chatham, de Cheltenham, de Dublin, de Dundee,

qui venaient me tomber sur le dos, et qu'il était convenable de recevoir

poliment, d'écouter, et dont même quelquefois il fallait supporter une

lecture. Le père de Mrs. ***, maître de danse irlandais, à l'âge de

soixante ans, vint me trouver pour me prier de lui faire jouer Archer en

bas de soie blancs, par une journée de gelée, afin de montrer ses jambes

qui, certainement, étaient belles et bien irlandaises pour son âge, et

qui avaient encore été mieux;--miss Emma une telle, se présentant avec

une pièce intitulée: _le Brigand de Bohême_, ou quelque titre de ce

genre;--M. O'Higgins, alors résidant à Richmond, avec une tragédie

irlandaise, où les unités ne pouvaient manquer d'être observées, puisque

l'un des personnages principaux était enchaîné par la jambe à un

pilier, pendant la plus grande partie de la pièce. C'était un homme à

l'aspect farouche et sauvage et le seul moyen de s'empêcher de lui

éclater de rire au nez, était de réfléchir aux résultats probables d'une

telle gaîté.

»Comme je suis naturellement un individu honnête et poli et qui ne peut

souffrir faire de peine à personne, quand il en peut être autrement,--je

les ai renvoyés tous à Douglas Kinnaird, qui est un homme d'affaires, et

n'est pas embarrassé de dire non: je les ai donc laissés s'arranger

ensemble, et comme, au commencement de l'année suivante, je suis parti

pour l'étranger, j'ai été fort peu au fait depuis de la marche des

théâtres..............................................................

»On dit que les acteurs sont des gens intraitables, et c'est vrai; mais

j'avais trouvé moyen d'éviter toute espèce de discussion avec eux, et à

l'exception d'un démêlé[11], qui s'éleva entre Byrne l'aîné et miss

Smith, au sujet de son pas de... j'oublie le terme technique, je ne me

rappelle pas m'être jamais mêlé de leurs querelles. Je protégeais

habituellement miss Smith, parce qu'elle ressemblait de figure à lady

Jane Harley, et que les ressemblances ont beaucoup de pouvoir sur moi;

mais en général j'abandonnais ces choses-là à mes collègues, qui

prenaient à tout cela une part plus active que moi, et me reprochaient

très-sérieusement de ne pouvoir me mêler de ces sortes d'affaires sans

plaisanter avec les histrions, et m'accusaient de mettre tout en

désordre par la légèreté avec laquelle je traitais ces importantes

bagatelles.

[Note 11: Un correspondant d'un des _Monthly Miscellanies_ rapporte

cette circonstance de la manière suivante:

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 11 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 1 / 28 段