LA TRACE DU FAUVE

J’étais sur le premier pas d’une piste; je tenais l’extrémité d’un fil

qu’il ne s’agissait plus que de suivre sans le lâcher jamais. Et le bout

de ce fil partait précisément de cette porte dérobée par où mon assassin

s’était esquivé.

Je devais suivre de là sa trace au dehors.

--Venez-vous, mon cher? dis-je à M. Crawford.

--Non... vraiment... je préfère vous attendre ici.

--Comme il vous plaira...

J’ouvris la porte qui donnait sur un escalier secret et gagnai le parc

sans plus me soucier de Bailey ni de Mac Pherson qui se morfondaient

toujours dans l’antichambre.

Mon espoir était de relever sur le sol une empreinte de pas.

La chaussure c’est l’homme, a dit quelqu’un, et jamais aphorisme ne fut

plus vrai.

Avec le simple tracé d’une semelle on peut toujours, pourvu qu’on soit

habile, retrouver un malfaiteur.

Malheureusement il n’avait pas plu depuis trois semaines et la terre

était sèche comme de la craie. Toutefois, le long d’un mur où de grands

arbres entretenaient une providentielle humidité, je finis par découvrir

une empreinte de bottine assez bien dessinée... une bottine fine,

étroite, à bout effilé et carré, une vraie chaussure de gentleman.

Un détail pourtant choquait dans l’élégante cambrure de la semelle:

c’était une ligne à peine perceptible qui la barrait en biais au niveau

de l’évidement.

Cette chaussure avait été ressemelée!

La ténébreuse affaire de Green-Park · 第 12 / 43 题