R. Jamais, Messieurs, je n'ai eu de rapports avec un homme; je n'ai
jamais aimé personne. On me faisait rougir rien qu'en me parlant
mariage. Ce n'était pas dans mes idées.
D. Vous nous dites que le curé avait indisposé tout le voisinage
contre vous par ses révélations; vous poursuivait-on jusque dans
votre chambre?
R. Pas directement, mais ils cherchaient à savoir ce que je faisais
chez moi.
Ils montaient sur la tour Solférino pour plonger dans ma chambre.
Ils se mêlaient de tout. Je ne pouvais pas sortir sans qu'ils
soient à me guetter.
Un soir, je rentrais avec un journal à la main; l'abbé M... passe à
côté de moi, et il dit: «Voilà-t-il pas qu'elle va lire le journal,
maintenant,» et il fait un geste de mépris. J'ai eu envie de lui
dire: «Est-ce que je ne l'ai pas payé?» Mais je me suis retenue
pour ne pas faire de discussion dans la rue. Je sais bien ce qu'ils
veulent à présent. Ils vont faire tout ce qu'ils pourront pour
prouver que j'ai eu un accès de fièvre chaude. Le directeur et les
soeurs d'ici sont d'accord avec eux. Quand ils ont su que vous étiez
venus me voir, ils ont dit: Il faut lui fermer la bouche.
Le directeur a voulu m'interroger, j'ai refusé de répondre. Je les
tiens. Ah! J'ai supplié le curé à mains jointes de ne pas me faire
connaître, il n'en a pas tenu compte. Je ne prierai plus
maintenant. Il faut que l'on sache tout.
D. Avez-vous entendu des personnes parler de vous quand vous étiez
seule dans votre chambre?
R. Non, il n'y a que les voisins qui me taquinaient, qui me
guettaient, et qui faisaient des saletés devant ma porte, mais ils
ne me parlaient pas.
Ma chambre donnait sur le cimetière; j'ai vu le gardien du Calvaire
qui dressait son vieux chien à aboyer après moi. Il en avait un
plus jeune qui a disparu, après que je me suis plainte au
commissaire de police et à l'ambassadeur belge. Cette fois là, il
s'est aperçu que je le surveillais; alors il s'est faufilé le long
de la muraille comme quelqu'un qui se cache, et je ne l'ai plus vu.