IV

Histoire d’une sultane, d’un grand-prêtre, et d’une jolie sorcière

appelée O’Silva.

Un matin, j’entrai dans la chambre de ma femme, et j’avoue que ce

jour-là j’étais d’humeur maussade. Avais-je quelque sujet de

mécontentement? Personne ne se fût avisé de le croire. Ma réputation

était à son apogée; après maints voyages où ma gloire avait acquis un

nouveau lustre, après avoir séjourné à Strasbourg où je guéris mille

malades et soulageai mille infortunes, j’étais rentré à Paris, et j’y

triomphais depuis deux années. J’avais une cour composée non pas

seulement d’adorateurs, mais de fanatiques. Ce qu’ils racontaient de moi

me faisait pâlir, et je ne pouvais me décider à les croire, en dépit de

leur sincérité. Le prince de Rohan, grand aumônier du roi, évêque et

cardinal, ne connaissait qu’un être infaillible au monde, moi! Sur la

cheminée principale de son appartement figurait mon buste avec cette

inscription en lettres d’or:

Véritables mémoires de Cagliostro · 第 20 / 34 题