Histoire d’une sultane, d’un grand-prêtre, et d’une jolie sorcière
appelée O’Silva.
Un matin, j’entrai dans la chambre de ma femme, et j’avoue que ce
jour-là j’étais d’humeur maussade. Avais-je quelque sujet de
mécontentement? Personne ne se fût avisé de le croire. Ma réputation
était à son apogée; après maints voyages où ma gloire avait acquis un
nouveau lustre, après avoir séjourné à Strasbourg où je guéris mille
malades et soulageai mille infortunes, j’étais rentré à Paris, et j’y
triomphais depuis deux années. J’avais une cour composée non pas
seulement d’adorateurs, mais de fanatiques. Ce qu’ils racontaient de moi
me faisait pâlir, et je ne pouvais me décider à les croire, en dépit de
leur sincérité. Le prince de Rohan, grand aumônier du roi, évêque et
cardinal, ne connaissait qu’un être infaillible au monde, moi! Sur la
cheminée principale de son appartement figurait mon buste avec cette
inscription en lettres d’or: