M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND[405].

[405] Voir page 412.

«Berlin, le 26 janvier 1832.

»Mon prince,

»... J'ai su que votre lettre du 20 décembre avait été mise sous les

yeux de Sa Majesté le roi de Prusse. Il a écrit à l'empereur pour le

presser de se rattacher aux vues de ses alliés, _dans des termes

plutôt trop vifs que trop doux_, m'a dit M. de Bernstorff. Ainsi, mon

prince, l'effet que vous désiriez a été produit.

»En apprenant l'ajournement de l'échange des ratifications au 31

janvier, l'on a beaucoup regretté ici qu'on ne l'eût pas fixé au 1er

mars. Hier, j'ai fait de nouvelles instances pour obtenir la

ratification pure et simple au traité du 15 novembre; elles ont été

infructueuses. M. le ministre d'Angleterre, chargé par son

gouvernement d'une démarche analogue, n'a pas été plus heureux. La

Prusse se maintient dans la position qu'elle a prise depuis le refus

de l'empereur de Russie, et l'ajournement n'a rien changé à sa manière

de voir. Il y a seulement une modification qui me paraît assez

importante aux instructions de M. de Bülow. On le charge

d'indiquer à la conférence si, le 31 janvier, une ou plusieurs

puissances jugent à propos d'échanger leurs ratifications avec le

plénipotentiaire belge, de laisser pour les autres le protocole ouvert

jusqu'à un terme défini, le 15 mars par exemple, toujours avec la

réserve de la part de la Prusse que le traité à cette époque même, ne

serait valable qu'autant que toutes les puissances successivement

auraient ratifié en toute forme. C'est un autre mode d'ajournement qui

a ses inconvénients et ses avantages. M. Ancillon pense que cet

intervalle de temps serait employé avec profit soit à ramener la

Russie aux décisions prises par la conférence, soit à vaincre ou à

satisfaire le roi des Pays-Bas. On minuterait un traité définitif

entre la Hollande et la Belgique, et on le proposerait aux deux

parties; ou bien encore, on ajouterait aux vingt-quatre articles

quelques dispositions additionnelles et explicatives qui pourraient

décider l'acceptation du cabinet de La Haye, ou déterminer la Russie à

se considérer comme libre de tout engagement et de tout ménagement

envers elle. Telles sont les idées du cabinet de Berlin. J'ai cru, mon

prince, qu'il vous serait intéressant de les connaître.»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 201 / 211 题