LETTRE DU PRINCE D'ORANGE A ...[386]

[386] Cette lettre a été écrite par le prince d'Orange aux

personnes qu'il croit dévouées à sa cause en Belgique. (_Note du

prince de Talleyrand._)

«Les derniers événements de la Belgique ont attiré sur moi, sur ma

famille et sur la nation, des malheurs que je ne cesserai de déplorer.

»Cependant, au milieu de ces calamités, je n'ai jamais renoncé au

consolant espoir qu'un temps viendrait où la pureté de mes intentions

serait reconnue et où je pourrais personnellement coopérer à

l'heureuse entreprise de calmer les divisions et de faire renaître la

paix et la prospérité d'un pays auquel m'unissent les liens à jamais

sacrés du devoir et de la plus tendre affection.

»Le choix d'un souverain pour la Belgique, depuis sa séparation d'avec

la Hollande, a été accompagné de difficultés qu'il est inutile de

décrire. Puis-je croire sans présomption que ma présence offre

aujourd'hui la meilleure et la plus satisfaisante solution de ces

difficultés?

»Nul doute... que les cinq puissances, dont la confiance est si

nécessaire à acquérir, ne voient dans un tel arrangement le plus sur,

le plus prompt, le plus facile moyen de raffermir la tranquillité

intérieure et d'assurer la paix générale de l'Europe.

»Nul doute que des communications récentes et détaillées, venues des

villes principales et de plusieurs provinces de la Belgique, n'offrent

la preuve frappante de la confiance que m'accorde encore une grande

partie de la nation...

»Le passé, en autant qui me concerne, sera voué à l'oubli; je

n'admettrai aucune distinction personnelle motivée par des actes

politiques, et mes constants efforts tiendront à unir au service de

l'État, sans exclusion et sans égard à leur conduite passée, les

hommes que leurs talents et leur expérience rendent les plus capables

de bien remplir des devoirs publics.

»Je vouerai les soins les plus assidus à assurer à l'Église catholique

et à ses ministres la protection attentive du gouvernement et à les

entourer du respect de la nation...

»Un de mes plus vifs désirs, comme un de mes premiers devoirs, sera de

joindre mes efforts à ceux de la législature afin de compléter les

arrangements qui, fondés sur la base de l'indépendance nationale,

donneront de la sécurité à nos relations au dehors et viendront à la

fois améliorer et étendre nos moyens de prospérité intérieure...

»Je viens ainsi, avec toute la franchise et la sincérité que réclamait

notre commune position, de me placer devant la nation belge. C'est sur

les lumières qui la guident dans l'appréciation des besoins du pays,

c'est sur son attachement à sa liberté que repose mon principal

espoir. Il ne reste plus qu'à rassurer que, dans ma démarche

d'aujourd'hui, j'ai bien moins consulté mon propre intérêt que mon vif

et invariable désir de voir des mesures réparatrices, des mesures de

paix et de conciliation mettre à jamais un terme à tous les maux dont

la Belgique est encore affligée.»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 190 / 211 题