[380] Voir pages 6, 12 et 16.
«Paris, le 3 janvier 1831.
»Cette malheureuse affaire de la Belgique tourmente notre cher roi,
plus que je ne puis vous le dire, mon cher prince, et le met dans un
embarras dont il ne voit pas comment il peut sortir. Vous connaissez
toute notre amitié, tout notre attachement pour le prince de Cobourg,
et certainement il serait celui qui conviendrait le mieux au roi, sous
tous les rapports; mais malheureusement, on ne voit ici en lui qu'un
agent anglais, et, il faut le dire, il est d'une impopularité extrême;
s'il arrivait au trône de Belgique en épousant une de nos petites, on
regarderait cela comme une vente faite de ce pays à l'Angleterre, et
le roi ne peut ni ne veut s'exposer à cette chance, qui pourrait lui
faire perdre toute sa popularité ici, et qui probablement par la même
raison ne conviendrait pas non plus à la Belgique. Ce qu'elle veut
c'est Nemours ou d'être réunie à la France: ce dernier parti
amènerait infailliblement la guerre: il faut donc aussi l'éviter.
Nemours, les puissances n'en voudraient sûrement pas non plus, et
d'ailleurs, même quand elles y consentiraient, il présente des
difficultés si grandes, que le roi est loin de le désirer. Il faudrait
nommer une régence: comment et par qui la composer? Qui envoyer avec
cet enfant? Cet avenir pour lui effraye son père et le roi, qui n'y
voit qu'embarras, obstacles et difficultés sans avantages certains. De
plus, la fâcheuse question du Luxembourg vient encore aggraver les
difficultés; les Belges ne veulent point reconnaître la décision de la
Diète à cet égard, cela les anime de plus en plus, et leur fait
désirer d'amener la guerre, et ajoutez par-dessus tout cela la
mauvaise foi du roi de Hollande qui ne cesse de tromper, et qui de son
côté fait tout ce qu'il peut pour amener une guerre, et qui, par son
indigne conduite envers eux, exaspère tout ce malheureux pays. Le
prince Charles de Naples, personne n'en veut. Le roi ne sait
véritablement où donner de la tête dans cette malheureuse affaire qui
le désole, parce qu'il lui est impossible de voir quel parti il y a à
prendre...
»... De grâce, écrivez-moi en toute confiance votre avis, et ce que
vous pensez qu'il y a de mieux à faire; mais pensez bien à
l'irritation qui existe ici, et très grande, sur cette question belge,
et le désir bien prononcé de notre nation de la voir redevenir
française, car il n'y a que le roi qui y mette de la délicatesse, et
il faut toute la confiance, et l'amour qu'on a pour lui, pour faire
patienter à cet égard. Mais si dans les arrangements, on croyait y
voir un accord fait à l'avantage d'une puissance étrangère, ce serait
du plus grand danger pour le roi lui-même, et notre paix intérieure.
Ayez bien cela dans la pensée, parce que cela est.»