MADAME ADÉLAÏDE D'ORLÉANS AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Paris, le 29 avril 1832.

»Voilà la ratification de la Russie arrivée, c'est un beau triomphe,

mon cher prince, et qui nous assure la première chose de toutes: la

paix.--Notre roi avait besoin de cette grande et bonne nouvelle pour

le consoler et le dédommager des nouveaux embarras que lui cause la

maladie de M. Périer, qui l'afflige beaucoup. Malheureusement sa

convalescence n'est réellement pas établie, et il est dans un état qui

laisse la plus grande incertitude sur le résultat qu'il aura. Mais,

qu'il se prolonge ou non, le roi tient à suivre le même système de

gouvernement, qui, je sais, est le vôtre aussi. C'est pour cela que,

même sans en rien dire à notre cher roi, à qui je ne veux pas, surtout

dans ce moment, donner un nouveau tourment de plus, je viens vous

consulter sur une nouvelle difficulté que l'état de santé de notre

pauvre général Sébastiani, dont je ne suis pas tout à fait contente,

me fait craindre.

»S'il était dans le cas de ne pouvoir rentrer aux affaires étrangères,

quel serait votre avis sur le choix bien important de la personne qui

pourrait le remplacer? Je vous le demande en toute confiance, et vous

pouvez me répondre de même, étant bien certain que cela restera _entre

vous et moi_. Mais je tiens beaucoup à savoir votre avis sur cet objet

que je regarde comme bien essentiel et sur lequel vous avez tant de

lumières, avant que la chance arrive. Je remettrai cette petite

lettre-ci à madame de Vaudémont, pour vous la faire passer d'une

manière sûre, mais elle ignore entièrement son objet; et vous

jugez combien je mets de prix à ce que cela soit tout à fait secret de

vous à moi, et que personne ne puisse se douter de la demande que je

vous fais, d'autant que ce n'est qu'une prévoyance pour l'avenir, et

qu'une indiscrétion risquerait de troubler et de gâter le présent....»

Cette lettre de Madame Adélaïde, quoi qu'elle contînt sur l'ignorance

du roi, avait été probablement dictée par lui, pour me sonder sur les

vues personnelles que je pouvais avoir dans la question qui en faisait

le sujet. D'autres personnes m'avaient écrit de Paris, pour savoir si

je ne voudrais pas entrer au ministère, soit à la place de M. Périer,

soit à celle du général Sébastiani, si ces deux ministres se

retiraient. On m'adressa même plusieurs envoyés, chargés de me faire

des ouvertures de divers côtés, sur le même sujet. C'est ce qui me

détermina à écrire la lettre suivante au baron Louis qui avait été

employé comme intermédiaire près de moi, en le priant de faire de ma

lettre l'usage qu'il jugerait utile.

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 165 / 211 题