M. CASIMIR PÉRIER AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Paris, le 23 janvier 1832.

»Prince, j'ai vu avec une vive satisfaction par votre dépêche

officielle et surtout par votre lettre particulière, que vous comptiez

obtenir les modifications que nous avions demandées, relatives à la

convention du 14 décembre, si contraire à nos droits et, j'ose dire à

notre dignité.

»M. Van de Weyer doit avoir reçu maintenant les instructions les plus

positives de son gouvernement qui lui ordonne de s'entendre avec vous

pour vous faire modifier les articles qui nous avaient justement

blessés.

»Nous espérons donc, prince, que vous serez en mesure de lever les

obstacles qui s'opposaient à l'échange des ratifications du traité du

15 novembre, et que nous vous avions signalés par le modèle de

protocole que nous avions fait passé, en vous exprimant, de la manière

la plus formelle, l'impossibilité où nous serions de ratifier si nous

n'obtenions pas une entière satisfaction sur tous ces points.

»Maintenant, prince, que vous connaissez toutes nos difficultés, si

elles sont résolues, ainsi que vous m'en donnez l'espérance, d'une

manière conforme à nos voeux et à nos instructions, nous ne voyons

aucun inconvénient à ce que vous échangiez les ratifications pour le

31 de ce mois. Ce sera un immense service que vous aurez rendu et ce

sera une obligation de plus que vous aura l'Europe.

»Si l'Angleterre et nous ratifions seuls avant les puissances, il

faut, je crois, nous réserver le moyen de ne pas refermer toute voie

de conciliation entre la Hollande et la Belgique, en ce qui concerne

la navigation; il faut surtout que l'Angleterre ne puisse pas nous

opposer un jour, notre signature au traité du 15 novembre, comme un

_sine qua non_ qui mettrait un obstacle invincible à ces modifications

qui sont le seul prétexte raisonnable d'opposition que puisse faire le

roi Guillaume dans la position où il se trouve placé.

»J'approuve, prince, ce que vous me dites, de ne pas faire une chose

trop importante de ces ratifications, vis-à-vis des autres cabinets;

mais cette démarche leur donnera à penser, et tout en ne voulant

point nous séparer d'eux, il est bon cependant qu'ils voient que nous

pouvons marcher sans eux: il ne leur échappera pas, comme vous le

dites fort bien, qu'un semblable accord entre nous et l'Angleterre,

est, au fait, un traité offensif et défensif....»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 141 / 211 题