M. BRESSON AU PRINCE DE TALLEYRAND.

«Berlin, le 29 décembre 1831.

»Mon prince,

»J'ai reçu hier la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire

le 20 du courant. Je n'ai pu voir MM. de Bernstorff et Ancillon,

mais je me suis arrangé pour que cette lettre fût en leur possession

assez longtemps pour qu'ils la communiquassent au roi, s'ils le

jugeaient convenable. J'ai fait plus: ce sont des paroles si hautes et

si sages que, partout où elles arriveront, elles ne peuvent produire

que le bien, et l'empereur de Russie, lui-même, en recevra un extrait,

moins le premier paragraphe. J'espère, mon prince, que vous daignerez

m'approuver. Malheureusement, le temps possible n'y est plus pour que

la démarche du roi de Prusse, s'il s'y détermine, amène, avant le 15

janvier, un changement si désirable dans les résolutions de l'empereur

de Russie[328].

[328] Il s'agissait d'une démarche directe du roi de Prusse près

de l'empereur de Russie pour le déterminer à ratifier le traité

du 15 novembre. (_Note de M. de Bacourt._)

»Le cabinet prussien, dont les intentions sont bien franches et bien

loyales, n'a rien négligé pour faire apercevoir à Saint-Pétersbourg

tous les dangers d'un désaccord sur l'acte important du 15 novembre,

entre les cinq puissances dont les ministres l'ont signé. Nous n'avons

plus qu'une faible espérance que ces représentations aient produit

leur effet. Le roi de Prusse ne retire pas sa promesse de ratifier,

mais MM. de Bernstorff et Ancillon pensent que la non ratification de

l'une des cinq puissances annule le traité. Leur argument est que la

solidarité a été la base de toutes les transactions de la conférence

et que l'appel du roi des Pays-Bas a été adressé aux cinq puissances,

ainsi que le voulait le protocole d'Aix-la-Chapelle. Je crois

important, néanmoins, que la ratification de la Prusse soit donnée

telle quelle, et j'espère qu'elle vous sera envoyée au terme

péremptoire du traité. Si des incidents imprévus devaient détruire cet

acte qui terminait tout, peut-être faudrait-il recourir aux deux

moyens proposés par M. Ancillon. Je pense seulement que le second,

c'est-à-dire _la déclaration unanime des cinq puissances, que la

Hollande et la Belgique ne_ POURRONT _reprendre les hostilités_,

serait le vrai point de départ à prendre: le premier ou son

équivalent, c'est-à-dire _des offres de médiation de la conférence

pour un traité entre la Hollande et la Belgique, sur les bases des

vingt-quatre articles_, pourrait alors être essayé.

»Quand M. Ancillon me fit l'honneur de me communiquer, en octobre, ces

vingt-quatre articles, je mis aussitôt le doigt sur celui qui accorde

aux Belges la navigation intérieure, et je lui prédis que toutes les

difficultés y prendraient leur source. Il a eu pour effet de

rapprocher le roi des Pays-Bas et ses sujets qui, avant cette clause,

ne voyaient et ne sentaient pas de même dans la question belge...»

Mémoires du prince de Talleyrand, Volume 4 · 第 125 / 211 题