«Paris, le 28 décembre 1831.
»Mon cher prince,
»Je ne veux pas qu'une nouvelle année commence sans que mes voeux pour
votre bonheur se confondent avec tous ceux qui vous seront offerts;
croyez-les bien sincères.
»La Chambre des pairs vient, comme on pouvait s'y attendre, de se
suicider. C'est un monument de lâcheté qui peut compter parmi ceux du
sénat de Napoléon. Une manifestation pénible a été observée à ce
sujet. Tous les pairs disaient que c'était au roi seul qu'il fallait
reprocher d'avoir amené de telles circonstances. Si, un jour, une
nouvelle crise éclate, celui qui la dominera trouvera, avec le
principe de l'hérédité, grand accueil au Luxembourg. C'est
l'observation que m'a faite M. de Bassano qui a voulu être mon voisin.
»Je ne me suis pas trompé sur les réponses venues de Pétersbourg pour
les affaires belges. De nouveaux indices, venus de là et de Berlin,
font désirer que d'autres protocoles satisfassent le roi de Hollande.
»Le rapport de la navigation intérieure est inadmissible, même pour
les Hollandais; elle resterait une source inépuisable de tracasseries;
comment Wessenberg, qui connaît ces détails, ne l'a-t-il pas vu?
»_Votre chef_ Sébastiani doit son accident aux manières bouffonnes
avec lesquelles il s'est présenté à la tribune du Luxembourg. Il
s'était gonflé comme un crapaud pour faire effet: le sang lui a porté
à la tête. Le public et le corps diplomatique désirent que M. Périer
le remplace. On avait pensé à joindre Mounier[327] à d'Argout; le
premier se refuse à faire partie du ministère.
[327] Claude, baron Mounier, né en 1784, auditeur au Conseil
d'État en 1806, puis intendant de Saxe-Weimar et de Silésie,
intendant des bâtiments de la couronne, conseiller d'État (1815)
et pair de France en 1817. Il refusa le ministère en 1820, mais
fut nommé directeur général de l'administration départementale.
Sous la monarchie de Juillet il continua de siéger à la Chambre
des pairs jusqu'à sa mort (1843).
»La confiance en l'avenir se perd de plus en plus. Le langage des
agents russes y contribue beaucoup. On observe qu'évidemment le
général Pozzo n'a plus le secret de son gouvernement. Les Autrichiens
disent aussi que, tôt ou tard, il faudra faire revenir la Belgique à
la Hollande.
»Le public se demande comment sont gérées les affaires de la France au
dehors, pendant qu'il n'y a de ministre ni à Pétersbourg, ni à Berlin,
ni à Copenhague, ni à Madrid, ni à Constantinople. Les plaintes se
multiplient dans les bureaux sur ce défaut complet de protection dans
ces différents pays. Il est bon que vous sachiez tout cela....»