«Paris, le 5 avril 1831.
»Mon prince,
»J'ai mis la plus vive sollicitude à bien remplir vos instructions et
vous saurez ce soir que la conférence aura satisfaction complète, à
quelques formes près sur lesquelles je pense qu'il est bon de se
montrer facile, par ménagement pour les amours-propres qui se trouvent
compromis. Mon principal argument a été qu'aussi longtemps que les
Belges se croiraient un point d'appui hors de la conférence, ils
seraient moins disposés à se soumettre aux nécessités et à ouvrir les
yeux à la raison. J'ai été stimulé par le désir de racheter mes torts
involontaires et de témoigner de ma reconnaissance pour votre
indulgente bonté et pour celle de MM. les membres de la conférence que
j'ai eu l'honneur de voir à mon dernier séjour à Londres. Veuillez,
mon prince, leur faire connaître les sentiments qui m'ont dirigé.
»Le ministère entre franchement dans la voie qu'il s'est tracée et
l'impulsion donnée par M. Périer est forte. Je ne doute pas que la
dissolution de la Chambre ne lui renvoie une majorité, dans nos
départements de l'Est même, qui sont sujets à caution. Quant à vous,
personnellement, mon prince, tous ceux dont l'opinion peut vous être
quelque chose vous regardent comme l'espoir et le gage de la paix à
Londres; et la paix est non seulement le voeu presque général, elle est
une nécessité. Les concessions faites au parti turbulent _n'engagent
pas et ne conduisent pas_ aussi loin que ce parti pense: vous
comprendrez, mon prince, que je fais allusion à _ce dont_ M.
Périer m'a promis de vous parler dans sa lettre particulière.
»Les nouvelles de Belgique ne sont pas bonnes. Le parti de la réunion
pure et simple s'est grossi des difficultés du moment et de ce qu'on
appelle le morcellement du pays, qui rend, dit-on, l'existence
d'indépendance impossible. Le prince de Saxe-Cobourg gagne; mais on
écrit que son mariage avec une princesse française serait une
condition _sine qua non_. Au reste, l'effet produit en France par son
élection décidera de cette union...»
Je ne retrouve pas la lettre par laquelle le général Sébastiani
m'invitait à tenir pour non avenues les prescriptions qu'il m'avait
imposées au sujet du protocole de la conférence du 20 janvier qui
fixait les limites de la Belgique. La dépêche qu'on va lire fera
deviner le sens de sa lettre.