[81] Dépêche officielle déjà publiée.
«Londres, le 24 février 1831.
»Monsieur le comte,
»Je dois vous parler de l'effet qu'à produit le discours du roi en
réponse à la députation belge. Il a eu beaucoup de succès à Londres,
et ce matin à la grande réunion qui a eu lieu à la cour pour le jour
de naissance de la reine, plusieurs personnes m'en ont parlé, et
toutes avec éloge. On était encore fort occupé à cette réunion des
nouvelles de Paris qui avaient donné une inquiétude extraordinaire. Je
n'exagère pas en vous disant que si je m'étais séparé des quatre
puissances en refusant de signer le protocole du 19, on aurait cru à
la guerre et les fonds seraient tombés le même jour de trois à quatre
pour cent, ce qui aurait eu une forte action sur ceux de Paris.
»Vous aurez remarqué que dans le protocole du 19, on ne cite que le
traité de 1814 qui a été aussi heureux que les circonstances pouvaient
le permettre pour notre pays, car les ennemis, au bout de six
semaines, avaient quitté le territoire français: l'ancienne France
était agrandie, ses limites rectifiées à son avantage, et par la
possession d'une grande partie de la Savoie, Lyon, préservé, n'était
pas, comme aujourd'hui, si près d'être une frontière; le musée
Napoléon était intact; les archives françaises restaient enrichies de
celles de Venise et de Rome. On n'a pas parlé du traité de 1815,
auquel je n'ai rien à réclamer, puisque j'ai donné ma démission pour
ne pas le signer; mais je dois convenir cependant qu'il a été suivi de
quinze ans de paix.
»Vous m'avez écrit dans vos lettres du 9 et du 17 de ce mois qu'il
fallait marcher avec les puissances; cela est nécessaire plus que
jamais; je ne sais ce qui sortira de la grande crise européenne
actuelle, mais il faut rester le plus longtemps possible avec les
quatre puissances. Cette union est féconde en ressources et ne doit
pas être difficile à soutenir devant les Chambres...»
Je n'étais pas tout à fait exact quand j'écrivais que tout le monde
avait approuvé le discours que le roi Louis-Philippe avait adressé à
la députation belge, en refusant la couronne qu'elle venait lui offrir
pour M. le duc de Nemours. Je retrouve un billet que le premier
ministre lord Grey, m'adressait à l'occasion de ce discours, et qui
laisse percer une méfiance que les faits seuls ont pu détruire plus
tard.