III

Un jour, en effet, comme elle fouillait son coeur, elle le trouva

vide: Elle eut un frisson de terreur: il lui restait à peine quelques

sous de tendresse. Et l'épidémie sévissait toujours.

L'enfant se révolta, ne songeant plus à l'immense fortune qu'elle

avait dissipée follement, éprouvant des besoins de charité cuisants

qui lui rendaient sa misère plus affreuse. Il était si doux, par les

beaux soleils, d'aller en quête des mendiants, si doux d'aimer et

d'être aimée! Et, maintenant, il lui fallait vivre à l'ombre, en

attendant à son tour des aumônes qui ne viendraient peut-être jamais.

Un instant, elle eut la sage pensée de garder précieusement les

quelques sous qui lui restaient et de les dépenser en toute prudence.

Mais il lui prit un tel froid, dans son isolement, qu'elle finit par

sortir, cherchant les rayons de mai.

Sur son chemin, à la première borne, elle rencontra un jeune homme

dont le coeur se mourait évidemment d'inanition. A cette vue, sa

charité ardente s'éveilla. Elle ne pouvait mentir à sa mission. Et,

rayonnante de bonté, plus grande d'abnégation, elle mit tout le reste

de son coeur sur ses lèvres, se courba doucement, donna un baiser au

jeune homme, en lui disant:

--Tiens, voilà mon dernier louis. Rends-moi la monnaie.

Nouveaux Contes à Ninon · 第 47 / 78 题