M. LE PRÉSIDENT (furieux, à l'huissier-audiencier).--«Appelez le témoin
suivant!»
L'huissier sort.
Me LABORI.--M. le Président, je vous demande pardon, je pose
des conclusions tendant au sursis!»
Le commandant Esterhazy paraît, introduit par l'huissier.
M. LE PRÉSIDENT (à Labori).--«Il y sera statué quand les témoins auront
été entendus!»
Esterhazy s'avance vers la barre. La salle éclate en applaudissements.
Il est voûté, d'une maigreur de tuberculeux, le teint jaunâtre, les
pommettes fiévreuses, le regard mobile et brûlant.
Déjà le Président se tourne vers lui, lorsque Labori intervient une
dernière fois, avec une énergie exaspérée.
Me LABORI.--«Mais je demande à ce qu'il soit sursis à
l'audition d'autres témoins, jusqu'à ce que M. le général de Boisdeffre
ait été entendu! La Cour ne peut remettre à statuer jusqu'après qu'elle
aura entendu d'autres témoins!»
Le Président, indécis, roule des yeux courroucés.
Esterhazy, les bras croisés par contenance, attend, inquiet, ne
comprenant pas ce qui se passe.
Labori s'est assis, et griffonne ses conclusions.
M. LE PRÉSIDENT (d'un ton dur et insolent).--«Y en a-t-il pour
longtemps, à rédiger vos conclusions?»