Me LABORI.--«C'est bien, je vous remercie, mon général.»

Me CLÉMENCEAU (intervenant).--«M. le Président, nous avons

amené ici un témoin qui tenait de la bouche d'un des membres du Conseil

de Guerre qu'il y avait eu une pièce secrète communiquée aux juges. On

ne nous a pas permis de l'interroger.»

Me LABORI.--«J'ai dans mon dossier deux lettres qui disent

la même chose. Et j'ai une lettre, qui est d'un ami du Président de la

République; ce témoin a déclaré qu'il ne viendrait pas déposer, parce

qu'on l'a prévenu, que, s'il racontait le fait, on viendrait dire qu'il

est inexact.»

Me CLÉMENCEAU.--«Et pourquoi le général Billot ne l'a-t-il

pas dit à M. Scheurer-Kestner, quand il est allé le lui demander? Tout

cela serait terminé aujourd'hui!»

M. LE PRÉSIDENT (nerveux).--«Vous direz tout cela dans votre

plaidoirie.»

M. LE GÉNÉRAL GONSE (s'avançant à nouveau).--«J'ai un mot à dire au

sujet de la déposition qui a été faite tout à l'heure, quand on a parlé

des notes.

«J'ai dit que les notes de l'État-Major étaient secrètes: elles

sont toujours secrètes; nous ne correspondons dans les bureaux de

l'État-Major que par des notes, qui ont toujours le caractère secret.

Et, quand on dit: note sur ceci, note sur cela, cela veut dire: note

secrète.

«Maintenant, quand on vient dire que Dreyfus ne connaissait pas ce qui

se passait dans les bureaux de l'État-Major en septembre 1893, c'est

encore une erreur. Dreyfus a passé d'abord six mois...»

M. LE PRÉSIDENT (l'interrompant, sans courtoisie).--«Nous n'avons pas à

parler de l'affaire Dreyfus...

(Aux généraux de Pellieux et Gonse.) Vous pouvez vous asseoir, tous les

deux.»

Il y a un moment de stupeur.

Le Président en profite.

M. LE PRÉSIDENT (à l'huissier-audiencier sur un ton sans

réplique).--Faites venir le témoin suivant!»

L'huissier hésite.

Labori s'est dressé et se penche, les bras en croix, comme s'il

voulait, de sa personne, faire obstacle à la suite des débats.

Me LABORI.--«M. le Président, il est absolument impossible,

après un événement...»

Jean Barois · 第 103 / 165 题