Me LABORI (incapable de se contenir).--«C'est prouvé par
Me Salle, c'est prouvé par Me Demange! C'est
prouvé par les publications des journaux qu'on n'a pas démenties! C'est
prouvé par M. le général Mercier, qui n'a pas osé dire en face de moi,
le contraire! Je lui avais envoyé par les journaux, la veille, une
provocation à laquelle il a répondu par le silence, à laquelle il a
répondu par une distinction, qui, à elle toute seule, est une preuve
décisive. Car, lorsque j'ai dit: «Le général Mercier a livré une pièce
au Conseil de Guerre, et publiquement le général Mercier s'en est vanté
partout», M. le général Mercier, jetant encore dans le débat (je ne
dis pas volontairement, mais peut-être inconsciemment) une équivoque,
a répondu: «Ce n'est pas vrai». Et je lui ai dit: «Qu'est-ce qui n'est
pas vrai? Est-ce que c'est: _que vous ne l'avez pas dit partout_, ou
est-ce que c'est au contraire: _que vous n'avez pas livré de pièces?_»
Et il a répondu: «_C'est seulement que je ne m'en suis pas vanté
partout._»
«Je dis que pour tout esprit de bonne foi, la preuve est faite. La
preuve, c'est que personne, malgré toute l'émotion que l'affaire a
jetée dans le pays, personne ne s'est levé pour dire ce que M. de
Pellieux ici n'ose pas dire: je l'en défie!»
Une pause.
(Souriant.) «Eh bien! moi, je dis que la preuve est faite.»
M. LE GÉNÉRAL DE PELLIEUX (hautain).--«Comment voulez-vous que je vous
dise ce qui s'est passé au procès Dreyfus: je n'y étais pas!»
Labori regarde les jurés, puis le tribunal, enfin l'auditoire, comme
pour prendre tout le monde à témoin de cette réponse évasive.
Puis il s'incline courtoisement devant le général, avec un sourire
triomphant.