* * * * *
Le lendemain.
Une vieille maison, presqu'une cité, rue de la Perle, en plein Marais.
Au sixième étage de l'escalier F, sous les toits, au fond d'un
corridor, un petit logement, n° 14.
Barois sonne.
Une jeune femme vient lui ouvrir.
Trois chambres en enfilade. Dans la première, une vieille à cheveux
gris, étale une lessive sur des ficelles. Dans la seconde, deux lits,
deux matelats par terre; une machine à écrire devant la fenêtre. La
troisième porte est fermée.
Au moment de l'ouvrir, la jeune femme se tourne vers Barois.
JULIA.--Il dort, Monsieur... Si vous n'étiez pas trop pressé?...
BAROIS (vivement).--Ne le réveillez pas, je serais désolé... Je vais
attendre.
JULIA.--Ça lui fait tant de bien!
Barois la considère curieusement. Il ignorait que Woldsmuth fut marié.
Julia Woldsmuth: Vingt-cinq ans. Un type étrange.
Au premier abord, elle paraît très grande et très maigre. Pourtant le
torse, sans corset dans une étoffe noire, est charnu et court. Mais
les jambes, et surtout les bras, sont d'une longueur anormale.
Le visage s'effile en avant comme une lame. Ses cheveux annelés, rudes
et noirs, qu'elle masse sur la nuque, allongent encore la forme de
la tête. La ligne accusée du nez prolonge celle un peu fuyante du
front. Les yeux très fendus mais à peine ouverts, glissent en montant
vers les tempes. La lèvre supérieure, d'un dessin énigmatique, comme
immobilisée dans un perpétuel début de sourire, surplombe la lèvre
inférieure, sans la joindre.
D'un geste décidé, elle indique à Barois l'unique chaise de la
chambre, et, sans gêne aucune, s'accroupit sur l'un des lits défaits.
BAROIS (prudemment).--Comment cet ... accident est-il arrivé, Madame?
JULIA.--Mademoiselle.
BAROIS (souriant).--Je vous demande pardon.
JULIA (sans se troubler).--Nous n'avons pas su. (Montrant les lits.) Il
était minuit passé, nous étions couchées, mère et moi... (Montrant la
chambre de Woldsmuth.) Nous avons entendu une petite explosion. Mais
nous ne nous sommes pas inquiétées. Au contraire, j'étais contente de
penser que mon oncle s'était remis à travailler, qu'il oubliait un peu
cette affaire... Et puis, le matin, il nous a appelées: il avait la
figure toute coupée par les éclats du verre, et brûlée...
BAROIS (intrigué).--Une explosion de quoi?
JULIA (sèchement).--Une cornue qui a éclaté au feu.
Barois se souvient tout à coup que Woldsmuth a été préparateur de
chimie.
Léger silence.
BAROIS.--Je ne voudrais pas interrompre vos occupations, Mademoiselle...
Elle est accoudée au milieu des draps, las jambes croisées, et elle le
dévisage librement, d'un regard sympathique et sans équivoque.
JULIA.--Nullement... Je suis heureuse de cette occasion. J'entends
depuis longtemps parler de vous. J'ai lu vos études et vos chroniques
dans le _Semeur_...
(Un temps. Sans le regarder, elle conclut, avec une franchise un peu
distante.) Vous avez une belle vie.
Sa voix est gutturale, comme celle de Woldsmuth, avec, en plus, une
désinvolture un peu rude.
Il ne répond rien. Etrange créature...
BAROIS (après un silence).--Woldsmuth ne m'avait pas dit qu'il
s'occupait encore de chimie.
Julia tourne précipitamment la tête: un peu de fièvre dans ses
prunelles fluides...
JULIA.--Il ne raconte rien, parce qu'il travaille, il cherche... Il se
dit: «Quand j'aurai trouvé, je parlerai...»
Barois ne questionne pas, mais son attitude interroge.
JULIA.--Il n'a pourtant aucun mystère à faire avec vous, Monsieur
Barois. Vous êtes un biologiste.
(D'une voix plus chaude.) Oncle pense qu'un jour l'homme arrivera, en
réunissant certaines conditions dans un milieu parfaitement approprié,
à créer de la vie... (Un sourire très simple.)
BAROIS.--A créer de la vie?
JULIA.--Ne le croyez-vous pas?
BAROIS (surpris).--Je sais que cette hypothèse n'est pas
invraisemblable, mais...
JULIA (vivement).--Oncle en est sûr.
BAROIS.--C'est un beau rêve, Mademoiselle. Et, en somme, il n'y a
aucune raison pour qu'il soit irréalisable... (Réfléchissant tout
haut.) On sait aujourd'hui que jadis la température de la terre a été
trop élevée pour que la synthèse vivante y ait été possible. Il y a
donc eu un moment où la vie n'existait pas, puis un moment où la vie a
existé.
JULIA.--Voilà. Et c'est cet instant précis où la vie est apparue, qu'il
s'agit de reproduire...
BAROIS (rectifiant).--Permettez. Je ne dis pas tout à fait: l'instant
où la vie est apparue... Je dirai: l'instant où, sous l'influence de
certaines conditions, _qui restent à trouver_, la synthèse vivante
s'est faite, entre des éléments qui existaient déjà de toute éternité.
JULIA (attentive).--Pourquoi cette distinction?
BAROIS (un peu gêné du tour technique de la conversation).--Mon dieu,
Mademoiselle, parce que je crois que la locution courante: «la vie est
apparue», est dangereuse... Elle correspond trop à cette manie que l'on
a de toujours poser le problème d'un «commencement»...
Elle a croisé les jambes, posé le coude sur un genou, et tient son
menton dans sa main.
JULIA.--Mais il est nécessaire, pour concevoir que la substance vivante
existe, de supposer qu'elle a «commencé» d'être.
BAROIS (vivement).--Au contraire. Pour moi, c'est l'idée d'un début
qui me semble impossible à concevoir! Tandis que j'accepte sans effort
l'idée d'une substance qui «est», qui se transforme, qui évoluera
éternellement.
JULIA.--... Tout l'univers se tenant...
BAROIS.--... ne formant qu'une seule substance cosmique, qui
transmettrait la vie à tout ce qui émane d'elle...
(Un temps.) Vous travaillez sans doute avec votre oncle, Mademoiselle?
JULIA.--Un peu.
BAROIS.--Vous expérimentez les rayons du radium?
JULIA.--Oui.
BAROIS (rêveur).--Il est certain que les découvertes de la chimie n'ont
pas laissé subsister grand'chose de l'abîme qui séparait autrefois la
vie de la mort...
Un silence.
JULIA (montrant la machine à écrire).--Vous permettez que je continue
mon travail? J'espère que vous n'attendrez plus longtemps...
Elle s'installe. Le cliquetis de la dactylographie emplit la pièce.
Sa silhouette se profile en sombre sur le vitrage blême. Une lumière
frisante éclaire ses mains: des mains étrangères, plus claires
au-dedans, d'une agilité simiesque; des doigts s'effilant en ongles
jaunes plats et longs.
* * * * *
Cinq minutes s'écoulent.
LA VOIX DE WOLDSMUTH.--Julia!
Julia ouvre la porte.
JULIA.--Oncle, voici Monsieur Barois, justement...
Elle s'efface pour qu'il passe.
L'embrasure est étroite. Elle ne semble pas s'en apercevoir: aucun
mouvement féminin de retrait. Au contraire, elle avance la tête, si
près qu'il sent son souffle sur sa joue.
JULIA (bas).--Ne dites pas que je vous ai demandé d'attendre.
Il acquiesce des yeux.
La chambre de Woldsmuth est agrandie par un avant-corps vitré, ancien
atelier de photographie transformé en laboratoire.
Barois s'avance vers le fond de la chambre, qui forme alcôve.
Un corps d'enfant soulève à peine les draps; si menu que la grosse
tête en linge, posée sur l'oreiller, ne semble pas lui appartenir.
BAROIS.--Mon pauvre ami... Vous souffrez?
WOLDSMUTH.--Non. (Gardant sa main.) Julia va vous donner un siège...
Barois la devance et tire une chaise près du lit.
Julia sort.
WOLDSMUTH (fierté tendre, qui s'efforce de paraître paternelle).--Ma
nièce.
C'est bien son timbre; mais, lui, il est méconnaissable. Un pansement
d'ouate recouvre les cheveux, le nez, la barbe, ne laissant vivre
qu'un sourire à demi-couvert, et les yeux marrons, sous les sourcils
en broussaille.
WOLDSMUTH.--Je vous remercie d'être venu, Barois...
BAROIS.--C'est tout naturel, mon cher. Qu'y a-t-il donc?
WOLDSMUTH (la voix changée).--Ah Barois! Il faut que tous les honnêtes
gens sachent enfin ce qui se passe... Il est là-bas, il va mourir de
privation... Et il est innocent!
BAROIS (souriant à cette hantise de malade).--Encore ce Dreyfus?
WOLDSMUTH (dressé sur les coudes, fébrile).--Je vous en prie, Barois,
je vous en supplie, au nom de tout ce qui est noble et juste,
abandonnez tout parti-pris, oubliez tout ce que vous avez appris par
les journaux il y a deux ans, et tout ce qu'on raconte... Je vous en
supplie, Barois, écoutez-moi!
(Se laissant retomber sur l'oreiller.) Ah, on dit toujours: le bien
de l'humanité... Oui, c'est facile de s'intéresser à l'humanité
en général, à la masse anonyme, à ceux dont on ne verra jamais la
souffrance! (Rire nerveux.) Mais ce n'est rien, ça, non. Aimer son vrai
prochain, aimer ceux dont la souffrance se trouve, un beau jour, là,
tout près de nous... Ça, c'est aimer, c'est être bon!
(Se redressant.) Barois, je vous en supplie, oubliez tout ce que vous
savez, et écoutez-moi!
Toute la vie de cet homme, bloc informe de bandelettes, s'est réfugiée
dans le regard, seul libre: regard mouvant et ardent, qui implore et
qui scrute.
Barois ému, tend affectueusement la main.
BAROIS.--Je vous écoute. Ne vous exaltez pas...
Woldsmuth se recueille un instant.
Puis il tire de sous ses draps une liasse de pages dactylographiées
qu'il essaye de feuilleter. Mais l'ombre, maintenant, s'est épaissie
au fond de la pièce.
WOLDSMUTH (appelant).--Julia! Un peu de lumière, je te prie...
La machine à écrire stoppe.
Julia paraît, portant un petit fumeron à essence, qu'elle pose
vivement sur la table de nuit.
WOLDSMUTH.--Merci.
Elle lui jette un sourire froid. Il la suit tendrement des yeux à
travers ses linges, jusqu'à ce qu'elle ait disparu.
Puis il tourne la tête vers Barois.
WOLDSMUTH.--Il faut que je reprenne tout, comme si vous n'aviez jamais
rien su...
(Changeant de ton.) Remontons au début de l'année 1894.
D'abord les faits, n'est-ce pas?
Donc, au Ministère de la Guerre, on constate des fuites de pièces.
Puis, un jour, le chef de la section de statistique remet au ministre
une lettre qui aurait été trouvée parmi les papiers de l'ambassade
d'Allemagne. Une lettre autographe, une sorte de bordereau, une liste
des documents que l'auteur de la lettre propose de livrer à son
correspondant.
Voilà le point de départ. Bien.
On cherche un coupable. Sur cinq documents cités dans le bordereau,
trois ont trait à l'artillerie: on cherche donc parmi les artilleurs de
l'État-Major. D'après une analogie d'écriture, les soupçons se portent
sur Dreyfus. Il est juif et peu aimé. Première enquête qui n'aboutit à
rien.
BAROIS.--Vous le dites.
WOLDSMUTH.--La preuve, c'est que l'acte d'accusation n'a rien trouvé de
suspect, ni dans la vie privée de Dreyfus, ni dans ses relations. Rien
que des présomptions...
BAROIS.--Vous avez lu l'acte d'accusation?
WOLDSMUTH (montrant un feuillet).--J'en ai la copie. Je vous la
remettrai.
Un silence.
WOLDSMUTH.--On procède alors à deux expertises des écritures. L'un des
experts ne pense pas que le bordereau soit de Dreyfus. L'autre croit
qu'il peut être de sa main: mais son rapport débute par une restriction
capitale.
(Il cherche dans les papiers.) Voici le texte: «... si l'on écarte
l'hypothèse d'un document forgé avec le plus grand soin...»
Ce qui veut dire, n'est-ce pas? L'écriture ressemble beaucoup à celle
de Dreyfus, mais je ne peux pas dire si elle est de lui ou d'un
imitateur.
Vous me suivez, Barois?
BAROIS (très froid).--Je vous suis.
WOLDSMUTH.--Sur ces deux expertises contradictoires, on décide
l'arrestation. Oui. Sans attendre un supplément d'enquête, sans même
surveiller les allées et venues de celui qu'on soupçonne... On est
moralement convaincu que c'est lui. Ça suffit. On l'arrête.
Là, un incident dramatique, que je veux vous raconter.
Dreyfus est convoqué, un matin, au ministère, pour une inspection
générale. On lui a recommandé, contre toutes les règles, de se
présenter en civil. Premier étonnement. Remarquez que s'il avait été
coupable, sa méfiance se serait éveillée et il aurait eu le temps
de fuir. Mais non. Il arrive, tranquillement, à l'heure dite, et ne
trouve aucun des camarades habituellement convoqués avec lui. Nouvelle
surprise.
On l'introduit hâtivement dans le cabinet du chef d'État-Major général.
Le général n'y est pas; mais des inconnus, en civils, sont là, massés
dans un coin, et le dévisagent. Un commandant, sans lui parler de
l'inspection, lui dit: «J'ai mal au doigt, voulez-vous écrire une
lettre à ma place?»
Étrange moment pour demander à un subordonné ce service d'ami...
Il plane une sorte de mystère. Les paroles, les attitudes, tout est
insolite.
Dreyfus s'assied, interloqué.
Aussitôt le commandant commence une dictée: des phrases choisies parmi
celles du bordereau incriminé. Naturellement Dreyfus ne les reconnaît
pas; mais la voix hostile de l'officier supérieur et cette atmosphère
de drame qui l'enserre depuis son arrivée, le troublent: son écriture
s'en ressent. Le commandant se penche vers lui, et crie: «Vous
tremblez!» Dreyfus, ne comprenant pas ce mouvement d'humeur, s'excuse:
«J'ai froid aux doigts...»
La dictée continue. Dreyfus s'applique à écrire mieux. Le commandant,
déçu, l'interrompt: «Faites attention, c'est grave!» Et brusquement:
«Au nom de la loi, je vous arrête!»
BAROIS (impressionné).--Mais ce récit, d'où le tenez-vous? L'_Eclair_ a
raconté les faits tout autrement.
(Il se lève et fait quelques pas dans la chambre obscure.) Qui vous dit
que votre histoire est la vraie?
WOLDSMUTH.--Je sais d'où viennent les renseignements de l'_Eclair_. La
scène a été dénaturée.
(Baissant la voix.) Barois, j'ai eu entre les mains la photographie
de la dictée... Oui! Eh bien, l'émotion qu'elle révèle est presque
insignifiante et très explicable.--En tous cas, je vous affirme qu'un
traître qui se sent découvert, et à qui l'on veut faire écrire les mots
mêmes dont il s'est servi pour trahir, ne se maîtrise pas à ce point,
ce n'est pas possible!
Barois ne répond pas.
WOLDSMUTH.--Et puis, je sais encore autre chose. Le mandat
d'arrestation a été signé un jour avant l'épreuve de la dictée;
et l'arrestation était si bien décidée, quoi qu'il pût arriver ce
matin-là, que la cellule de la prison était prête depuis la veille!
Barois ne répond toujours rien.
Il est assis au chevet du lit, les bras croisés, le buste droit, la
tête un peu en arrière, les sourcils dressés, son menton volontaire,
levé, provoquant.
Un instant de silence.
Woldsmuth parcourt ses notes. Puis il relève la tête, et se penche
vers Barois.
WOLDSMUTH.--Donc, Dreyfus est incarcéré. Pendant quinze jours, au
risque d'un transport cérébral, on refuse de lui expliquer son
arrestation, on ne lui dit pas ce dont il est accusé.
Pendant ces quinze jours on enquête, on cherche partout. On le
questionne, on le cuisine, sans résultat. On perquisitionne chez lui.
On interroge sa femme avec une cruauté impitoyable, en lui laissant
ignorer où est son mari, en lui persuadant même qu'elle signerait
l'arrêt de sa mort si elle informait qui que ce soit de sa disparition.
Enfin, le quinzième jour, on montre à Dreyfus le bordereau. Il nie avec
violence, avec désespoir: peu importe; l'instruction préparatoire est
terminée.
Le parquet du Conseil de guerre est saisi. Une nouvelle instruction
commence. Dreyfus est de nouveau questionné, pressé, retourné en tous
sens; des témoins sont entendus; on cherche des complices, sans succès.
L'enquête n'aboutit à rien de sérieux.
Alors, Barois, le ministre de la Guerre jette une première fois sa
parole dans la balance. Au cours d'une interview de presse, il déclare,
lui, ministre, que la culpabilité de Dreyfus est «absolument certaine»,
mais qu'il ne peut s'expliquer davantage.
Quelques semaines plus tard, Dreyfus est jugé à huis-clos, condamné,
dégradé, déporté.
BAROIS.--Eh bien, voyons, mon cher, vous n'êtes pas ébranlé par cette
condamnation? Si vraiment aucune charge sérieuse ne s'élevait contre
Dreyfus, pensez-vous que des officiers...
WOLDSMUTH (avec angoisse).--Oui, je dis, j'affirme, qu'après quatre
jours de débats, il a été indubitablement établi que Dreyfus n'avait
eu aucune relation suspecte, que ses voyages à l'étranger, ses
besoins d'argent, ses habitudes de jeu, ses liaisons amoureuses, tout
ce que l'on avait lancé dans la presse antisémite, pour influencer
défavorablement l'opinion, étaient des racontars sans fondement.
BAROIS (haussant les épaules).--Et, malgré ça, il se serait trouvé deux
colonels, deux commandants, deux capitaines, pour... Voyons, mon cher,
voyons!...
Dans le regard enflammé du malade passe comme une satisfaction de
n'avoir pas convaincu Barois: plus la résistance sera vive, plus la
certitude et la révolte finales, seront fortes.
WOLDSMUTH (soulevant les feuillets dactylographiés).--Toute la vérité
est là.
BAROIS.--Qu'est-ce que c'est?
WOLDSMUTH.--Un mémoire, Barois, un simple mémoire... Rédigé par un
inconnu, un admirable cœur, un esprit d'une clarté, d'une logique
invincibles.
BAROIS.--Comment l'appelez-vous?
WOLDSMUTH (respectueusement).--Bernard Lazare.