[4] On a trop long-temps confondu entr'elles la _course_ et la
_piraterie_, faute d'avoir su se rendre compte de la différence qui
existe entre ces deux faits très faciles à apprécier et à spécialiser.
Un _Corsaire_ et un _Pirate_ sont encore, pour la plupart des gens du
monde, deux mots identiques qui emportent avec eux la même idée. Mais
c'est là une erreur que, pour l'honneur des corsaires d'abord, et des
personnes un peu versées dans la connaissance des termes synonymiques,
nous regrettons d'avoir à relever.
Un corsaire est un bâtiment marchand, armé par des particuliers, et qui
navigue avec l'autorisation du gouvernement, pour le compte de ses
armateurs, et même un peu pour celui du gouvernement, sous le même
pavillon que les navires de l'Etat. Il ne peut par conséquent exister de
corsaires qu'en temps de guerre.
Un pirate est, au contraire, un navire qui, n'étant d'aucune nation,
arbore à son gré tous les pavillons pour s'emparer, contre le droit de
tous les peuples, des bâtimens qu'il lui convient d'amariner. C'est
surtout en temps de paix qu'il y a des pirates et que la piraterie
devient le plus facile à exercer, car c'est surtout alors que l'absence
des croiseurs et la confiance avec laquelle naviguent les bâtimens de
commerce, peuvent assurer une certaine impunité et promettre de
certaines chances de bonheur, aux navires auxquels il plaît d'écumer ou
de balayer la mer.
Un corsaire est, enfin, pour rendre la distinction que nous avons
établie plus sensible, un corsaire est le soldat qui fait partie d'un
corps franc, pendant la guerre. Le pirate ou le forban n'est autre chose
qu'un voleur de grand chemin, un détrousseur de passans sur la voie
publique de l'Océan.
Sous Louis XIV, ou plutôt sous le grand Colbert, la plupart des
capitaines de corsaires qui s'étaient le plus distingués par leur audace
ou leur habileté, furent appelés à remplir des grades élevés dans la
marine royale. Duquesne, Duguay-Trouin, et le plus célèbre quoique le
moins remarquable de tous, Jean-Bart, n'avaient pas eu d'autres
commencemens. Leurs exploits et leurs succès avaient ennobli leur
origine maritime; et les lettres de marque qu'ils avaient obtenues pour
faire la course, devinrent plus tard les lettres de noblesse qui leur
ouvrirent la carrière de l'avancement dans la marine militaire.