III

Ils s’étaient séparés en riant, en riant de ce mélancolique rire qu’ont

les illusionnés qui ne croient qu’à demi à leur rêve. Mais, en se

séparant, ils s’étaient bien promis de se retrouver dans cet immense

Londres. Fanchette habitait, dans Soho, un _lodging_ où une comtesse

authentique s’était établie cuisinière et se faisait une spécialité de

cette sauce fameuse que le maréchal de Richelieu en personne avait

inventée à Mahon, et qui s’appelait la _mayonnaise_. On vit comme on

peut. Et Soho, ce n’était pas loin de Crown Court, le noir passage, et

de Saint-James, le palais du roi. Quand il s’ennuierait trop, le petit

marquis pourrait aller, en toute cérémonie, comme il l’eût fait à

Versailles, ou, s’il l’avait pu, au foyer de la Comédie, rendre visite à

M^{lle} Fanchette.

Elle lui avait dit son nom: Lise Pomard; mais, à ce nom plébéien, il

préférait cet alerte pseudonyme, Fanchette, qui lui rappelait le défilé

des Espagnoles dans _Le Mariage de Figaro_, et, coquette, marquant le

pas sur la musique, évoquait pour lui le décor, la marche, les costumes

des figurantes, gais et colorés dans la lumière; et il lui semblait

qu’il avait vu, dans ce défilé même, à Paris, la petite Lise et qu’il

l’avait trouvée jolie.

Elle ou une autre, d’ailleurs, c’était Fanchette. La bouquetière avait

pris possession de sa pensée. Avec ses vingt-cinq ans et son besoin

d’aimer quelqu’un, le marquis s’était attaché à cette délicieuse

compatriote, et l’image d’Annie, Anna, la petite Suissesse, s’était

évaporée comme une fumée. Puis, il éprouvait un sentiment très

particulier depuis cette rencontre devant Drury Lane: il ne se sentait

plus isolé. Il avait un but, revoir la jolie bouquetière, retrouver

devant le théâtre, à l’heure de l’entrée du public, la petite actrice

française qui jouait si gentiment son rôle de vendeuse de fleurs. Ah! le

beau dimanche que ce _Sunday_ où il avait rencontré Fanchette! Tous ses

désespoirs, ses ennuis noirs, ce besoin de solitude amère qui lui

faisait, par fierté, fuir les émigrés et les émigrettes de la tapageuse

colonie de Richmond, toutes ses pensées de détresse avaient fui. Et il

se voyait déjà dans quelque loge de la Comédie, applaudissant la rentrée

de «M^{lle} Lise Pomard» dans la pièce de ce drôle de Beaumarchais:

— Dans huit jours, peut-être! Oui, pourquoi pas dans huit jours?

Et Fanchette, la petite Fanchette, c’était déjà Paris. Elle réalisait

pour lui l’image même de la patrie et le charme de la femme; elle lui

rappelait les lointaines Parisiennes et les petits pieds, les pieds

malicieux de la comédienne lui trottaient par la tête sur l’air des

_Folies d’Espagne_, mis en chanson par Collé.

Il avait plaisir à retrouver la jolie fille qui souriait bien, un peu

coquette (on est femme), à ses marivaudages, mais, en bonne et honnête

personne, tendait, de bonne amitié, la main à un compatriote comme elle

perdu en pays étranger.

Ils avaient fait ce pacte de se revoir sans qu’un mot d’amour fût

prononcé, un amour qui ne pouvait être qu’une amourette, ce que ne

voulait pas la petite Lise, souriante, mais sérieuse.

— Nous sommes deux exilés, lui avait-elle dit, et, comme tels, amis et

bons amis dès la première rencontre. Mais n’allons pas plus loin,

monsieur le marquis. Fanchette est une honnête fille.

— Et je suis un galant homme, Fanchette.

— Un galant homme qui ne s’avisera pas de faire le galant?

— Je vous le promets.

— Est-ce dit et bien dit?

— Foi de gentilhomme! A moins, petite Lise, que vous ne me releviez, un

jour, de ma promesse.

Le marquis de Beauchamp avait accepté ce traité de franche camaraderie

qui lui donnait une compagne et lui permettait de parler un peu de la

France, de Paris, de Trianon, du théâtre, cet autre Temple de l’Amour.

La jeune fille lui plaisait par sa bonne grâce et sa gaieté, cette

simplicité et cette franchise de sentiments... Et si différente des

belles dames de là-bas!

Et il y eut, depuis ce jour, en ce monde qu’est le vaste Londres, deux

êtres perdus dans la foule qui se réunirent, se retrouvèrent, vécurent

de la même vie d’espérance, avec ces mots si souvent répétés:

— Dans huit jours! A Paris, dans huit jours!

Ils n’étaient pas les seuls à vivre de chimères. Tout émigré qui louait

alors un logis pour plus d’un mois était regardé comme un traître.

Combien de réfugiés ne défaisaient même point leurs malles! A quoi bon?

On allait rentrer.

Le petit marquis, cependant, n’était pas sans inquiétude, voyant fondre,

peu à peu, la somme d’argent assez forte qu’il avait emportée de France,

mais qui menaçait de se réduire à zéro. Les huit jours, de semaine en

semaine, avaient déjà duré longtemps. Presque chaque soir, M. de

Beauchamp allait au ministère de l’intérieur interroger l’employé

principal de l’ «Office des Étrangers». Il y avait foule devant le

bureau spécial installé pour les réfugiés. Ces Français, jetés hors de

la patrie, interrogeaient avec anxiété, et, arrivant avec des battements

de cœur, pleins d’espoir, ressortaient la tête un peu basse.

Eh! quoi, ces diables de Jacobins avaient encore battu l’ennemi, envahi

la Savoie — un Montesquiou en tête, je vous demande un peu!... — et

pris la Hollande! Ils veulent donc tout dévorer, ces ogres sauvages?

— Allons!... Nous ne reprendrons pas encore le bateau...

— Attendez huit jours, répondait tout haut, de sa voix claire, le

marquis de Beauchamp d’Antignac. Patience! Qui sait si nous serons

encore ici la semaine qui vient?

C’était son refrain, et les mêmes mots lui revenaient aux lèvres, même

lorsqu’il retrouvait Fanchette, la bonne camarade des journées lentes.

Il se revoyait avec elle aussi jeune que lorsqu’il rêvait de romans et

d’aventures en lisant _Gonzalve de Cordoue_, du chevalier de Florian,

sous les châtaigniers du Périgord. Ils allaient — pareil, lui, à un

petit clerc en liberté conduisant aux Prés-Saint-Gervais quelque

grisette — à Hampton Court ou sur la Tamise, aux jours de fête, et, ces

jours-là, la bouquetière se donnait congé, laissait l’éventaire au logis

et cueillait des pâquerettes et des crocus pour elle-même. Elle «se

fleurissait», la fleuriste! Et cela lui rappelait les lilas de

Romainville!

— Vous ne connaissez pas Romainville, monsieur le marquis?

— Non, ma chère enfant. Mais nous irons... Nous irons dans...

Elle l’interrompait alors en riant.

— Ne répétez pas ce que vous avez l’habitude de dire. Cela porte

malheur. Et combien de huit jours déjà font vos huit jours?

— Il serait facile d’en établir le calcul, miss Fanchette. A quoi bon?

Ce ne sont pas les huit jours passés, ce sont les huit jours à venir qui

comptent!

Cependant, l’été finissait, l’hiver venait, le triste hiver brumeux de

Londres, enveloppé dans une atmosphère roussâtre. Fanchette souffrait à

aller par les rues offrir aux passants ses tristes fleurs gelées. Et le

marquis, réduit à ses derniers shillings, voyait avec effroi se dresser

l’heure spectrale où il lui faudrait, comme les autres émigrés pauvres,

accepter le shilling d’indemnité du gouvernement anglais.

A cette perspective, il se sentait sourdement irrité et comme insulté.

Il se rappelait les drapeaux des gardes à Saint-James et les caricatures

de Rowlandson aux étalages des libraires. Il se disait qu’à cette heure

même, les habits rouges se heurtaient aux habits bleus et que le sang

français coulait sous les balles anglaises. Accepter de ces gens-là un

subside, il faudrait, palsambleu! en être réduit à la dernière extrémité

pour s’y résigner. Mais comment vivre lorsque le dernier écu rapporté de

France serait épuisé? La logeuse de Crown Court, grosse personne rouge

comme une tomate et forte comme un tonneau d’ale, mistress Sniddle,

ferait bien crédit quelque temps à son locataire. Ce n’était pas une

mauvaise femme; mais elle répétait volontiers que feu Sniddle l’avait

laissée veuve avec six enfants à nourrir et que le prix de ses loyers

servait à acheter des bas aux petits.

Le marquis voyait ainsi approcher l’heure où il faudrait trouver des

ressources pour vivre.

— Si vos huit jours durent encore longtemps, monsieur le marquis, vous

en serez réduit à vous faire cuisinier comme tant d’autres, lui disait

Fanchette en riant.

— Non, ma chère enfant, mais j’ai trouvé un métier digne de moi. Et, en

attendant, ne m’appelez plus «Monsieur le marquis», je vous prie. Il me

semble que ce titre, qui vaut cher là-bas, mais qui m’est bien inutile

ici, sonne mal sur vos lèvres.

— Et comment voulez-vous que je vous appelle?

— Je ne sais pas... Monsieur Hector... On m’a donné ce nom homérique...

Je le garde.

— Monsieur Hector? Eh bien! monsieur Hector, quel métier avez-vous

trouvé?

— L’autre jour, ma chère enfant, à l’Astley Circus, près de Westminster

Bridge, où j’étais entré pour voir une pantomime sur _Tippoo-Sahib_,

vous savez, leur ennemi, — il leur donne du fil à retordre dans l’Inde,

— une pantomime qui fait fureur, j’ai lié connaissance avec le vicomte

de Mornac... Le vicomte, bon cavalier, figure un officier français parmi

les acteurs du mimodrame... Eh! je monte à cheval mieux que lui et j’ai

appris à lire dans le traité de Pluvinel... Quand je n’aurai plus le

sol, je cavalcaderai au cirque Astley. Voilà!

— Et, moi, je chanterai, au café-concert, des chansons françaises!

— _La Vendéenne! La Marseillaise des Émigrés!_

— Ou les couplets de _La Folle Journée_:

Or, messieurs, la comédie...

...Tout finit par des chansons!

Ils riaient; mais la petite Lise ne voyait pas sans tristesse, quand

elle interrogeait son miroir, ses pauvres joues devenir maigres, et le

petit marquis notait avec inquiétude la fréquence des accès de toux qui

amenaient un peu de rougeur aux pommettes de la jolie fille. Il se

demandait si le printemps de France, ce printemps qu’avril ramenait,

n’enlèverait point la pâleur du visage de cette enfant.

— Patience!... Patience!...

On assurait que, bientôt, une expédition française, conduite par des

jeunes gens intrépides et où les vieux officiers de la marine française

avaient noblement accepté de s’enrôler en simples soldats, une

entreprise hardie, bien conduite, décisive, allait avoir raison de

Messieurs les Jacobins. Unis aux gars de la Vendée, les volontaires

embarqués à Plymouth marcheraient sur Paris. Ce serait vite fait. Un

combat. Quelques étapes.

— Et vous reprendriez peut-être avant peu votre rôle de Fanchette, ma

petite Lise!

— Ne plaisantez pas, monsieur le marquis!

— «Monsieur le marquis!» Encore!... Fanchette, si vous recommencez, je

vous appelle citoyenne!

Mais, un matin, en allant au «Bureau des Étrangers», le petit marquis

apprit une triste nouvelle. Il ne s’agissait plus d’espérer qu’on

entrerait à Paris promptement. Un nom douloureux revenait dans les

propos de la foule accourue aux renseignements, un nom qu’on répétait

tout bas: Quiberon! La défaite! Le désastre!... Et, dans un grand deuil

soudain, unis au nom du vainqueur, ce Lazare Hoche, on entendait des

mots tragiques: «Auray... Les vaincus fusillés... La grève rouge...» Et

Sombreuil, l’élégant Sombreuil, tombé, avec tant d’autres!

Au Parlement, le gouvernement annonçait que, du moins, sur la grève, le

sang anglais n’avait point coulé; mais le petit marquis de Beauchamp

d’Antignac frissonnait à la réplique superbe de Sheridan:

— Oui, mais l’honneur anglais a coulé par tous les pores!

— Ma pauvre Fanchette, dit-il, ce soir-là, à la comédienne, ce n’est

pas encore cette fois-ci que vous reprendrez _La Folle Journée_...

— Encore huit jours, huit autres jours, monsieur le marquis!

— Hector, s’il vous plaît, mademoiselle!

Il se demandait si son devoir n’eût pas été de suivre d’Hervilly,

Puisaye, et de charger avec eux les soldats de la République. Un

scrupule l’avait retenu. Très vaillant, le petit marquis était prêt à

toute bravoure. Mais il lui répugnait de combattre coude à coude avec

l’étranger et, dans la petite chapelle des émigrés de King Street, à la

messe dite en mémoire des vaincus de la prairie d’Auray, le marquis de

Beauchamp d’Antignac pria pour ceux qui, morts pour leur foi et leur

roi, auraient pu mourir pour la patrie.

Il se rappelait alors la journée brumeuse du dernier vendredi saint, où,

dans les ténèbres de la sombre église, il avait écouté le sermon d’un

jeune prêtre rappelant aux Français la passion de Jésus mort pour ses

frères. Le marquis avait éprouvé là une émotion pareille à celle qui lui

étreignait le cœur, aux jours de Noël, dans la petite église de

Saint-Alvère.

Et tous ces Français chassés de France, comme blottis dans un asile de

paix, grelottant un peu sous la voûte froide, écoutaient la voix de ce

maigre prédicateur qui, d’un geste large, étendait sa main osseuse sur

tous ces fronts, ces têtes pensives, ces exilés dont les malheurs

comptaient peu, comparés aux crachats, aux insultes, aux blessures, à

l’agonie du Martyrisé. Les auditeurs, à peine entrevus dans la pénombre

de la chapelle, ressemblaient à des ombres, et le petit marquis avait eu

là une sensation singulière: il lui semblait qu’il assistait à une messe

de fantômes. Ou, encore, à une réunion de chrétiens traqués et menacés

dans les caveaux des Catacombes.

Mais quand, au sortir du sermon, Fanchette, trempant sa main d’enfant

dans le bénitier, lui avait tendu ses doigts mouillés d’eau bénite, le

marquis s’était senti rappelé à une réalité plus souriante, et, cette

main de bouquetière, il avait eu l’envie de s’incliner vers elle et de

la baiser, comme il eût fait des doigts d’une marquise.

Et il se rappelait souvent le pâle jeune prêtre qu’il n’avait plus revu

et qui était peut-être allé mourir au pays breton, comme tant d’autres.

Cependant, les ressources de M. de Beauchamp touchaient décidément à

leur fin et les victoires républicaines ne permettaient guère d’espérer

que l’exil finît bientôt comme les derniers écus de l’exilé. Les

illusions s’envolaient, pareilles aux volées de perdreaux poursuivies

autrefois dans les _ratoubles_.

Eh bien! il était écrit qu’il imiterait M. de Mornac, et Hector de

Beauchamp se présenta bravement au directeur d’Astley Circus, en lui

demandant s’il n’était pas besoin là d’un bon écuyer capable de montrer

aux jockeys anglais comment on comprenait l’équitation en France.

Le manager reçut le petit marquis avec un sourire un peu ironique. Ce

n’était pas à des Anglais qu’on pouvait apprendre à manier un cheval et

ce dont le Cirque Astley avait besoin pour le moment, c’était d’un

clown.

— Vous dites? fit Hector de Beauchamp.

— D’un clown. John Paterson nous a quittés. Un clown nouveau, un clown

français serait une curiosité certaine. Eh! parbleu, vous êtes élégant,

vous paraissez leste. Avec un peu de farine au visage et le costume du

Gilles de Watteau, vous auriez grand succès, cher monsieur, je vous

jure!

Le petit marquis se demandait si le manager en veine d’humour se moquait

de lui.

En vérité, proposer au marquis de Beauchamp d’Antignac de se barbouiller

de blanc le visage et de grimacer en souquenille de Pierrot sous les

yeux du peuple de Londres? Ce manager poussait un peu loin la

plaisanterie britannique.

— Monsieur, fit le gentilhomme, d’un joli ton sec, je puis monter un

cheval en public et je pourrais même comme mon compatriote, le vicomte

de Mornac, figurer parmi les acteurs de votre pantomime équestre,

quoique, je vous l’avoue, je serais volontiers du parti de

Tippoo-Sahib... Oui, ne vous fâchez pas... Mais faire ici le métier d’un

Janot sur les tréteaux des théâtres de la foire, j’aimerais autant me

jeter à votre Tamise, qui ne sent pas toujours bon, comme vous savez!

Le manager avait écouté froidement. Puis, il haussa les épaules.

— «Il n’est pas de sot métier», dit un proverbe de votre pays. Et le

métier de clown est un métier comme un autre. M. Sheridan prétendait

même qu’il est plus acceptable que celui de la plupart des «honorables»,

ses collègues au Parlement. Mais M. Sheridan a pour principe d’être

toujours de l’opposition. Il y a des clowns plus populaires que des

ministres, et Son Altesse le prince de Galles vous dira...

— Son Altesse dira ce qu’elle voudra, interrompit le marquis. Je veux

bien devenir écuyer, par aventure; je ne veux pas me faire clown, M.

Sheridan dépensât-il, pour me convaincre, toute son éloquence et tout

son talent.

Il allait (pirouettant sur ses talons, qui n’étaient plus des talons

rouges) se retirer en saluant galamment, avec un grain d’impertinence,

le manager, lorsque celui-ci, étudiant la silhouette du marquis, fit un

geste et dit:

— Attendez.

Et, très vivement:

— Consentiriez-vous, monsieur, à chevaucher en costume de mousquetaire?

Oui, de mousquetaire du temps de Charles I^{er}?

— J’ai porté des déguisements en des bals parés et travestis, répondit

le marquis. Il n’est rien là qui me paraisse insupportable.

— Eh bien! laissez-moi mettre sur l’affiche les débuts du cavalier...

Quel est votre petit nom?

— Hector...

— Du _Cavalier Hector_ dans les exercices enseignés, jadis, au roi

Louis XIII ou Louis XIV, comme vous voudrez, et je vous donnerai le

meilleur cheval de mon écurie... _Abdullah_..., un arabe... très doux...

Vous en ferez ce que vous voudrez!

— Je n’ai pas besoin que la bête soit douce. La douceur, cher Monsieur,

je ne l’aime que chez les femmes.

Et sans doute, en parlant ainsi, le petit marquis songeait-il à la jolie

Fanchette.

Les Huit Jours du Petit Marquis; Carlos et Cornélius · 第 2 / 14 题