«_Post-scriptum._ If it can interest you, I may as well tell you what
cannot be said in Queen’s English, that these good ladies wear no
inexpressibles. C’est la règle.»
C’était vrai, ce qu’elle contait à Léon Terral. Elle avait sollicité de
la supérieure cette prière des saintes filles pour la réalisation de son
vœu secret de vierge folle. A de pareilles imaginations, elle trouvait
plus de saveur qu’à tout ce qu’elle connaissait, à tout ce qu’elle
pressentait de la vie réelle. Dans l’ombre de la chapelle mystérieuse,
au chant plaintif des orgues, elle avait goûté une joie d’ange déchu à
voir toutes ces vierges, sous leur bure et leur blanche coiffe,
agenouillées, prosternées toutes ensemble pour elle, pour elle seule,
qui les trompait et qui en riait. Impudique et voilée, toute voilée de
mensonges, elle avait triomphé d’un monde de prière et de chasteté, d’un
monde d’amour, soumis à sa haineuse fantaisie. Elle n’eut aucun intérêt
positif, à imaginer cette scène. Elle y chercha seulement l’idéal et
l’art de la malignité. Le pur génie du mal conçut en elle cette comédie
triste, inutilement perfide. Et la joie de ce sacrilège l’éloignait
aussi bien de Léon Terral que de Paul d’Aiguebelle,--car, au fond de la
calme chapelle, au pied des autels reniés, insolente lâchement,
audacieuse avec sécurité devant les images d’un Dieu auquel elle ne
croyait pas, elle s’était fiancée elle-même, de gaîté de cœur, la pauvre
créature, au spectre toujours redoutable du légendaire Satan.
C’est ainsi que, préparée par une retraite en apparence religieuse, à
toutes les activités funestes, mieux armée de résolutions froides,
pesées longtemps, exaltée dans son orgueil par la solitude, cachée et
comme embusquée dans un lieu saint, elle méditait de s’élancer à la
conquête des biens du monde par tous les moyens diaboliques.