(_Lettre à part._)
Madame, je puys asseurer Vostre Majesté que le faict de la petite
lettre commance d'aller bien chauldement en ceste court, duquel ayantz
les dames de la privée chambre heu quelque sentyment, elles l'ont
desjà descouvert à quelques seigneurs de ce royaulme, qui y font
diverses interprétations; et aulcuns d'eulx m'ont mandé que, de tant
qu'il semble que le cardinal de Chastillon le conduict sans moy, qu'on
n'y cerchoit guières de faire le proffict du Roy ni de son royaume.
J'ai monstré que le propos m'estoit nouveau, et que je ne pensois
qu'il y en eust rien en termes auprès de Voz Majestez; et de faict,
Madame, je travailleray, aultant qu'il me sera possible, qu'il soit
mené par le plus secret et destorné cheming que faire se pourra; car
je sentz qu'il en est besoing. Je suys adverty que celluy qui va en
France aura charge de suyvre bien curieusement ce qui luy en sera
touché, et que mesmes quelcun neutre sera possible pryé de passer en
mesme temps affin d'en entamer le propos. Je croy que Mr le comte de
Lestre m'a envoyé prier de disner demain avecques luy pour m'en
parler, et que Mr le cardinal de Chastillon revient expressément en
court pour ce faict, et que mesmes il y est, à ceste occasion, bien
desiré, possible qu'il se plaindra, par mesmes moyen, de la détention
de ses biens en France; dont de tout ce qui succèdera, et que j'en
pourray entendre, je ne fauldray d'en advertyr incontinent Vostre
Majesté. Sur ce, etc.
Ce XIIIe jour de janvier 1571.