Sire, estant la Royne d'Angleterre en une mayson esquartée dans les
boys, à quarante cinq mil de Londres, qui s'apelle Vuynck, elle m'a
mandé dire que, si l'affère dont j'avois à luy parler estoit hasté, je
vinsse prendre ma part de l'incommodité du lieu où elle estoit; mais,
si ce n'estoit chose pressée, qu'elle me prioyt d'attandre jusques au
VIIIe jour ensuyvant, qu'elle se randroit près d'Oxfort, en la mayson
de Mr de Norrys, qui seroit plus commode. Et comme elle a entendu que
je ne vouloys temporiser, et que j'estois desjà prez du dict Vuynck,
elle a envoyé trois gentishommes pour me conduyre, non en la mayson où
elle estoit, mais en une fueillée, qui lui estoit préparée pour tirer
de l'arbaleste aulx dains dedans les toilles; auquel lieu elle est
venue bientost après, grandement accompaignée, où m'ayant, avant
descendre du coche, et après en estre descendue, fort favorablement
receu, premier qu'elle se soit divertye à la chasse, m'a demandé des
nouvelles de Voz Majestez.
Et parce qu'on m'avoit dict que le Sr de Vualsingan, touchant son
voyage en France, luy avoit escript qu'il trouvoit le monde par dellà
mal contant de la paix, je luy ay bien vollu dire, Sire, que Vostre
Majesté estoit venue à Paris en sa court de parlement pour y fère bien
recepvoir les articles de la dicte paix, lesquelz y avoient esté
acceptez avec ung grand consentz de tout ce sénat, et que de là vous
en estiez allé randre grâce à Dieu en la grand esglize de Nostre Dame,
et solemniser la feste de la my aoust; et que, le soir, estiez allé
prendre le souper en l'hostel de ville, pour mieulx establyr le repoz
entre ce grand peuple, lequel a accoustumé de servyr d'exemple aulx
autres villes voysines; et que vous estiez après à regarder
principallement à deux choses: l'une, de bailler argent aulx reytres
et estrangiers, au premier jour de septembre, affin de les chasser
eulx, et le trouble et malheur, hors de vostre royaulme; et l'aultre
estoit de jouyr heureusement de ceste paix, premièrement avec voz
subjectz, et puys avec les princes voz voysins, allyez et confédérez,
chose qui estoit bien conforme à ce qu'elle m'avoit prié dernièrement
de vous escripre: (que vous vollussiez conserver l'amytié des princes
voz voysins, comme je la pouvois bien asseurer que vous la vouliez
conserver droicte et entière envers elle, aultant qu'avec nul prince
de vostre alliance); mais qu'il y avoit ung aultre ambassadeur, lequel
je ne cognoissois point, qui vous avoit advisé, Sire, de penser tout
aultrement d'elle en vostre endroict, et qu'elle avoit fermement
résolu de vous fère bientost la guerre; dont je remercyois Dieu que la
vigillance de celluy là m'eust relevé de la plus notable infamye, où
gentilhomme eust peu tomber, d'avoir miz mon Roy, Mon Seigneur, et ses
affères en ung manifeste dangier, s'il ne vous eust advisé d'y prendre
garde, et de vous bien deffandre du costé, duquel je m'esforçoys de
vous persuader que vous seriez le moins assailly; bien que je ne
demeurois sans coulpe de m'estre layssé endormyr par ses bonnes
parolles, sur ce que m'aviez commandé d'avoir les yeulx plus ouvertz,
qui estoit l'observance et l'entretennement des trettez.
Sur quoy la dicte Dame, pleyne d'esbahyssement, m'a demandé qui ce
pouvoit estre, et que l'infamye tumberoit plus sur elle que sur moy,
et qu'elle espéroit de nous en descharger si bien toutz deux que la
honte en demeureroit à celluy qui la nous vouloit fère.
J'ay suyvy à luy dire que je luy en communiquerois, au long et au
plain, tout ce que Vostre Majesté m'en escripvoit, affin de procéder
ainsy clairement vers elle, comme j'avoys faict jusques icy, et comme
je la suplyois de ne me contraindre d'en user aultrement; car, pour ne
le sçavoir fère, et pour ne mettre, par ma sotise, voz affères en
dangier, j'aymois trop mieulx d'estre révoqué, et qu'elle me renvoyât
d'où j'estois venu.
Dont, luy ayant baillé là dessus la lettre de Vostre Majesté, avec
l'adviz du VIIIe du passé, elle a leu très curieusement l'ung et
l'aultre; et puys, sans avoir guières pensé, m'a dict qu'elle me
feroit en cella une responce franche et pleyne de vérité: c'est
qu'elle prioyt Vostre Majesté de croyre que l'adviz estoit tout
entièrement faulx, et que, en son armement, elle n'avoit aultre
entreprise que celle, qu'elle m'avoit faict escripre par ceulx de son
conseil, et despuys confirmée de sa propre parolle, qui est celle,
Sire, que je vous ay desjà escripte; et que, quant il se trouveroit
aultrement, elle vouloit que vous la tinssiez pour descheue du rang de
Vostre Majesté, où Dieu l'a constituée Royne légitime et Princesse
chrestienne. Il est vray que chose semblable, ou peu différante, luy
pouvoit avoir esté offerte, mais non de six mois en ça. A quoy elle
vouhe à Dieu qu'elle n'a jamais vollu entendre, et ne le fera, soubz
tant de bonnes parolles de paix et d'amytié, comme elle m'a prié vous
asseurer de sa part; et qu'elle vouloit bien dire aussi qu'ayant
Vostre Majesté procédé en bonne façon vers elle sur les affères de la
Royne d'Escoce, qu'elle ne vouldroit que bien user vers vous, et
achever droictement le tretté qui est là dessus commancé; mais que si,
pour l'ocasion de la dicte Dame, laquelle vous sçavez qu'elle luy
tient beaucoup de tort, vous la vouliez ennuyer, (ainsy que le comte
de Betfort luy avoit escript despuys deux heures, du pays d'Ouest, que
Vostre Majesté avoit douze navyres toutz prestz et garnys de toutes
monitions de guerre à St Malo, pour les passer en Escoce, et
n'attandoit on plus que les gens de guerre pour les mettre dessus; et
que, d'abondant, vous aviez faict arrester en Bretaigne toutz les
navyres anglois comme en temps de guerre,) qu'elle s'esforceroit de
vous fère tout le pis qu'elle pourroit.
Je répliquay, Sire, que je mettrois peyne de vous fère bien entendre
sa responce touchant le faict de Callays; et je la prioys de vous en
fère dire aultant par son ambassadeur, affin que peussiez cognoistre
que ce que je vous en escriprois procédoit de son intention, ce
qu'elle m'accorda; et, quant au reste, je la pouvois asseurer que je
ne sçavois rien de l'apareil de St Malo, mais que je mettrois
toutjours ma vie pour la seurté de la parolle, que vous luy aviez
promise: tant y a que je la suplioys ne trouver mauvais, si, pour
n'estre faulx ny desloyal à Vostre Majesté, je vous escripvois,
touchant le faict d'Escoce, qu'elle nous remettoit à un tretté, duquel
je n'espérois ny fin ny commancement: car elle n'y vouloit procéder
jusques à ce que les depputez des seigneurs d'Escoce seroient arrivez,
et le comte de Sussex empeschoit qu'ilz ne se peussent assembler pour
en eslire quelques ungs; et que la création de ce régent, lequel avoit
tout incontinent faict pendre trente trois bons serviteurs de la Royne
d'Escoce, et les aultres rolles qui se jouoyent entre le dict comte de
Sussex et les ennemys de la dicte Dame par dellà, me faisoient veoir
qu'on ne tendoit à rien moins que à la paciffication.
A cella la dicte Dame m'a respondu qu'il n'y avoit nul tort de sa part
ny des siens, et qu'elle est toute résolue de procéder au dict tretté,
et n'attand sinon une responce de la Royne d'Escoce, laquelle
l'évesque de Roz luy doibt porter dans deux jours, pour, incontinent
après, envoyer deux de son conseil devers elle affin de tretter
ouvertement de tout ce qu'elles ont à démesler ensemble; et que
j'asseure Vostre Majesté que, s'il y a nul des siens qui veuille
traverser le dict tretté, qu'elle l'en fera amèrement repentyr. Et
m'ayant la dicte Dame tenu plusieurs aultres fort gracieulx propos,
tant du présent des haquenées qu'elle vous veult fère, que de ce
qu'elle a envoyé saluer la Royne d'Espaigne et l'Empereur, estant
venue l'heure de la chasse, elle print l'arbaleste, et tua six daims,
dont me fit faveur de m'en donner bonne part; et au prendre congé, me
pria très instantment de vous donner toute satisfaction d'elle sur le
faict du dict Callais, et luy procurer pareille satisfaction de Vostre
Majesté sur ce qu'on luy a dict de St Malo. Sur ce, etc. Ce Ve jour de
septembre 1570.
Sur la closture de la présente, est venu adviz comme le comte de
Sussex est rentré en Escoce, ainsy que luy mesmes l'a escript.
Nous sommes après, icy, d'en demander réparation, et Vostre
Majesté y pourvoirra, s'il luy playt, par dellà.
OULTRE LE CONTENU DES LETTRES, le dict Sr de Vassal dira, de ma
part, à Leurs Majestez:
Qu'on juge icy diversement de la paix de France, car les ungs
disent que le Roy l'a faicte ainsy que monsieur l'Admyral l'a
vollue, luy laissant, après l'avoir veincu, plus d'exercice de sa
religion qu'il n'avoit auparavant, et toulz les estatz et villes
qu'il a demandé: les aultres, au contraire, disent que le dict
sieur Admyral s'est layssé aller aulx promesses du Roy, et qu'il
s'est condescendu aulx plus honteuses et dommaigeables condicions
de paix qu'il se pouvoit fère, ayant layssé perdre les
principalles esglizes, que ceulx de sa religion eussent ez bonnes
villes du royaulme, pour se contanter de quelques meschantz
faulxbourgs; et d'avoir soubmiz, de rechef, eulx et leurs biens
aulx parlemens, lesquelz leur sont capitalz ennemys; et d'avoir
accordé au Roy le quint de leur revenu pour payer les reytres,
dont beaucoup de Catholiques et de Protestans estrangiers, et
mesmement ceulx, qui n'ayment ny la grandeur ny l'establissement
du Roy, arguent par là qu'il y doibt avoir quelque secrecte
convention contre les estatz voysins; et descouvrent qu'en leur
cueur ilz sont marrys de la paix de France, et qu'ilz la
craignent.
Mais d'aultres plus modérez, qui en désirent la conservation,
jugent tout librement que nul moyen plus heureux, ny plus
prudent, ny plus conjoinct d'honneur avec proffict, se pouvoit
trouver au monde, que cestuy cy de la paciffication; par laquelle
le Roy a regaigné l'obéyssance de ses subjectz, et eulx la bonne
grâce sienne, et toutz ensemble chassé le trouble et le malheur
hors du royaume.
Et, à ce propos, la Royne d'Angleterre m'a dict que quelquefoys
ung prince pouvoit bien avoir fort bon droict sur un estat, qui
pourtant ne le jouyssoit pas, et que, hormiz le titre, il estoit
toutjour en peyne ou d'en conquerre ou d'en deffandre tout le
reste; et par ainsy que le Roy a conquiz, par ceste paix, le plus
beau royaulme de tout le monde; lequel auparavant il ne possédoit
pas, et dont nul aultre que le sien n'eust peu si longtemps
suporter les maulx de la division, sinon avec la mutation ou avec
la ruyne entière de l'estat, dont elle le conseille de ne le
mettre plus en hazard.
Néantmoins monstrans aulcuns des principaulx du conseil de la
dicte Dame qu'ilz craignent meintennant la dicte paix, ilz
donnent à cognoistre qu'ilz ne la desiroient pas; et mesmes ung,
qui sçayt assés de leurs secretz, a raporté qu'ilz ont dict que,
si leur entreprinse de Picardie n'eust point esté descouverte, et
que je n'en eusse rien senty, ou bien que monsieur l'Admyral eust
peu conduyre son armée vers la frontière du dict pays de Picardye
ou Normandie, ilz luy eussent bien donné moyen d'évitter
l'honteuse paix qu'il a faicte.
Et despuys la conclusion d'icelle, ceulx de ce pays n'usent de si
familière conversation avec les Françoys de leur mesmes religion,
comme ilz faisoient auparavant, et ne leur layssent nulz
marinyers anglois dans leurs vaysseaulx, bien qu'ilz n'en ayent
quasi point d'aultres; et seulement vers Mr le cardinal de
Chastillon ilz monstrent luy porter encores quelque honneur et
respect, pour l'obliger davantaige à estre ministre de conserver
la paix entre ces deux royaulmes.
Et, encor que de certains propos qu'on leur a faict acroyre, qui
ont esté naguières tenuz près du Roy, au préjudice de ce
royaulme; et de la rescente mémoire de la bulle, avec la division
qu'ilz voyent croistre toutjour parmy leurs subjectz; et de
certaine coppie de lettre qu'ilz pensent avoir recouvert, que le
duc d'Alve a escripte à Monsieur, frère du Roy, pour l'inciter, à
ce qu'ilz disent, contre eulx; et de l'advertissement, qu'ilz
ont, que le dict duc pourchasse, envers l'Empereur, de fère
mettre en arrest toutes les merchandises d'Angleterre, qui sont
en Hembourg, pour la réparation des prinses, que les Anglois ont
faictes en mer sur les subjectz de son Maistre, la dicte Dame et
les seigneurs de son conseil soyent entrez en de bien grandz et
divers pensements, néantmoins ilz n'en ont esté guières esmeuz
jusques à la nouvelle de la paix; mais lorsqu'ilz ont veu qu'elle
estoit conclue à l'honneur et advantaige du Roy, ilz n'ont heu
rien plus hasté que de consulter et dellibérer, tout incontinent,
comme ilz se pourroyent munyr contre l'orage, qu'ilz craignent
leur advenir; en quoy ilz ont pensé qu'ilz le pourroient divertyr
par gracieuses négociations et bonnes parolles, bien que possible
esloignées de ce qu'ilz ont en intention.
Et ont commancé de dépescher premier devers le Roy le Sr de
Vualsingan pour la conjouyssance de la paix, et pour luy donner
bonne espérance des affères de la Royne d'Escoce, avec le surplus
de sa commission, sellon que je l'ay mandé, en la sorte que je
l'ay peu descouvrir; bien que la dicte paix leur semble
formidable parce qu'ilz n'ont esté appellez à la fère, et que les
principaulx, qui guident les conseilz de la dicte Dame,
s'opinyastrent, de plus en plus, à la détention de la Royne
d'Escoce, et à interrompre le tretté encommancé, pour fère de
rechef rentrer les Anglois en Escoce, ainsy que l'empeschement
qu'on a donné à Mr de Leviston en la frontière, pour créer
cependant le comte de Lenoz régent, et la forme de procéder du
comte de Sussex contre ceulx du party de la Royne d'Escoce, le
tesmoignent; dont le Roy me commandera s'il sera expédiant que je
tire de la dicte Royne d'Angleterre une résolue responce sur le
dict affère.
Et pour le regard du Roy d'Espaigne, ayans eulx pensé de tretter
plus mal que jamais son ambassadeur, et luy ayant mandé par ung
sien secrétaire que la Royne d'Angleterre ne le tenoit plus pour
ambassadeur, et faict dire par deulx aldremans qu'il s'en vînt
trouver ceulx du conseil à St Aulban, à XL mil de Londres, où
j'ay sceu despuys qu'ilz avoient faict préparer ung logis pour le
resserrer; l'asseurance de la paix n'est si tost arrivée qu'on
n'ayt changé de toute aultre façon en son endroict, l'envoyant
visiter avec bonnes parolles et offres d'accord sur les
différans; et luy ont envoyé Haquens pour se justiffier de ce
qu'on luy avoit rapporté qu'il dressoit une flotte pour aller aux
Indes, qui l'a asseuré qu'il n'en estoit rien, et qu'il n'avoit
intention de naviguer en lieu d'où le Roy, son Mestre, peult
estre offancé. Ilz ont envoyé Fuyguillem devers le duc d'Alve,
et ont dépesché le jeune Coban devers la Royne d'Espaigne, avec
les plus expresses parolles et les meilleures démonstrations
d'amytié, dont ilz se sont peu adviser.
Et néantmoins, ne se trouvans bien satisfaictz de la responce,
que le duc d'Alve leur a faicte touchant son armement, parce
qu'il a faict mencion qu'il estoit dressé contre les ennemys, ilz
ont résolu de se présenter en mer, quant la dicte Dame passera,
et de disposer leurs grands navyres, en sorte qu'ilz luy gaignent
le vent, (ainsi qu'ilz disent qu'ilz ont cinq ventz qui leur
servent et qui leur donnent l'advantaige,) et en ceste sorte la
saluer et luy monstrer toutz signes d'amytié; mais s'il n'est
prins en ceste sorte de l'aultre part, et qu'ilz ne ressaluent,
et ne rendent les mesmes signes d'amytié et d'amayner, avec la
soumission requise, que, à la moindre mauvaise démonstration
qu'ilz feront, ceulx cy se tiendront pour provoquez, et
attacheront le combat. Et y a grande apparance que, si la dicte
Dame est contraincte, par quelque occasion de temps, de relascher
par deçà, qu'elle ne s'en pourra partyr quant elle vouldra, bien
qu'on luy fera tout l'honneur et bon trettement qu'il sera
possible; et monstrent ceulx cy estre toutz advertys de l'apareil
du duc d'Alve et de celluy d'Espaigne, mais ne craindre l'ung
ni l'aultre; et ont donné charge par tout le pays d'user de
signalz pour courir aulx portz, au cas que l'on y aborde, affin
d'en demeurer les maistres.
Et ont donné charge au susdict jeune Coban, après qu'il aura
visité la Royne d'Espaigne, de passer oultre devers l'Empereur,
avec lettres, parolles et offres de grande amytié et de grande
intelligence en son endroict; et pour l'exorter de demeurer en
bonne unyon avec les princes de l'Empyre; et luy donner compte
des différans des Pays Bas; et aussi, à ce que j'entendz, quelque
peu des choses d'Escoce; mais surtout de le prier qu'il n'ordonne
rien en Hembourg contre les Anglois, ny contre leurs
merchandises; et, affin de le disposer mieulx vers elle, que
icelluy Coban luy remettra en termes, avec affection, le propos
du mariage avec l'archiduc son frère, bien que nul se peult
persuader qu'elle ayt intention de l'effectuer.
Et cependant, en l'endroict du dict Empereur et des aultres
princes catholiques, elle faict valoir et se sert de ceste
légation des princes protestans, qui ont encores icy leurs
ambassadeurs; et je les ay faict fort observer, et ay trouvé que
entre eulx y a ung docteur, qui a seul la charge de toute la
négociation, et porte seul la parolle, sans en rien conférer aulx
aultres, personnaige si secret et réservé, qu'on ne peult tirer
ung seul mot de luy: seulement l'on m'a adverty qu'il a porté une
lettre à la dicte Dame, soubsignée de plusieurs princes, sçavoir;
des trois ellecteurs Pallatin, de Saxe, Brandebourg, les premiers
des lansgraves, après et succecifvement d'aultres, jusques à
douze des principaulx d'Allemaigne; réservé cellui de Vitemberg,
qui a accepté, à ce qu'on dict, pencion du Roy d'Espaigne, et
qu'en la dicte lettre est faicte mencion de ce que le Roy leur a
escript de la paix, et la responce qu'ilz luy ont faicte, et
qu'ilz exortent la dicte Dame d'espérer toutjour bien d'eulx, et
de s'asseurer que toutz ensemble luy demeureront bien unys en
affection et intelligence, ainsy qu'ilz le luy ont promiz; et
qu'ilz n'obmettront rien de ce qui sera requiz pour
l'establissement de leur religion, et pour la seurté des princes,
peuples et estatz, qui l'ont receue; et que, sur la dicte lettre,
il a heu quatre foys conférance, à part, avec la dicte Dame,
laquelle, à mon adviz, l'entretiendra jusques après avoir heu
responce des aultres princes, car elle ne se veult vollontiers
obliger à nulle ligue, et ne le fera sinon bien contraincte, de
tant que les plus grandz frays en auroient à tumber sur sa
bourse.
Ce qui s'entend icy de la diette est que les trois ellecteurs ont
fort suspecte la proposition, que l'Empereur y a faicte, parce
qu'il leur semble qu'elle tend à leur oster l'authorité des
armes, et de ne pouvoir fère levées de gens de guerre en
Allemaigne, et de diminuer la grandeur de celluy de Saxe, par
prétexte de relever celle de ses cousins; et que le dict Empereur
finira la dicte diette par tout le moys d'octobre, pour s'en
retourner avant l'yver à Vienne, non sans en avoir premièrement
indicté une aultre; et qu'encores qu'il n'ayt, pour ceste foys,
procédé à la création du roy des Romains, il a néantmoins si bien
dressé la pratique, que, pourveu qu'il puysse gaigner les trois
eclésiastiques, dont ne se deffye plus que de celluy de
Colloigne, il espère qu'il le pourra effectuer, en baillant le
tiltre de roy de Bohème à ung tiers pour avoir ceste voix
davantaige aulx suffrages; et n'y obstera plus que le reiglement
de la bulle dorée de n'admettre tant d'Empereurs d'une mesmes
famille, mais le Pape y dispensera; et semble bien que, cella
advenant, l'on procédera aussi à la privation du Pallatin, car
l'on a opinion que, celluy là séparé des trois, les aultres deux
demeureront bien foybles, et que le plus grand soing, qu'ayt à
présent le Roy d'Espaigne, est de fère créer son nepveu roy des
Romains pour la conservation de ses Pays Bas et de ses estatz
d'Itallye, et qu'il n'espargne peyne, ny argent, ny nul de toulz
les moyens dont il se peult adviser, pour l'effectuer.