Madame, ce peu de temps qui a passé, despuys la première nouvelle de
la conclusion de la paix, laquelle Voz Majestez m'escripvoient du
IIIIe du présent, jusques à la confirmation que j'en ay présentement
reçeue, qui n'est que six jours entre deux, nous a donné à dicerner
ceulx qui desirent icy véritablement la paix de vostre royaulme, et
l'establissement de vos affères, d'avec ceulx qui n'en cerchent que le
perpétuel trouble et la diminution de vostre grandeur; et n'en est
l'affection de la religion aulcunement la reigle, car plusieurs
catholiques et plusieurs protestans meslez ensemble, bien que par
divers respectz, monstrent d'en estre très marrys, et de mesmes
plusieurs des deux partys s'en réjouyssent conjoinctement; mais ceulx
sur toutz, ès quelz gist toute l'espérance de la religion catholique
en ce royaulme, en font une très solemnelle resjouyssance, et desirent
la conservation de vostre couronne, et croyent et espèrent que
d'icelle a de procéder la réunyon de l'esglize et le restablissement
de la religion catholique en ceste mesmes isle, aussi bien qu'en tout
le reste de la Chrestienté, par les moyens que Dieu vous inspirera,
plus qu'aulx aultres princes chrestiens, puysque à vous, plus qu'à
eulx toutz, il vous a faict sentyr combien en est dangereuse et pleyne
de toutz maulx la division.
Les Huguenotz, qui estoient par deçà, commancent de n'y estre plus si
bien veuz qu'ilz souloient, et n'y peuvent désormais vivre sans
soupeçon. J'entendz que ceulx, qui estoient pirates, se vont peu à peu
retirant, et Clément Joly, ayant réduict tout son équipage à deux bons
navyres, s'en va avec Haquens, qui dresse une flotte pour retourner
aulx Indes. Ceulx cy ont desjà miz dehors six de leurs grandz navyres,
soubz la conduicte de maistre Charles Havart, filz de milord
Chamberlan, lequel commandera en l'armée parce que l'admyral est
mallade, et y en mettront encores quatre dans ceste sepmayne, mais ilz
ne donnent grand presse aulx aultres vingt navyres, parce qu'ilz ont
adviz que l'apareil du duc d'Alve ne peult estre prest, jusques
envyron la St Michel, bien qu'ilz sçavent qu'il est allé desjà
recuillyr la Royne, sa Mestresse, à Nimegen. Maistre Henry Coban
s'apreste toutjour pour l'aller saluer, de la part de ceste Royne, et
avecques luy s'en retourne par dellà le mesmes merchant depputé sur le
faict des merchandises, nommé Fuiguillem, qui en est naguières revenu;
et sur ce, etc. Ce XXIe jour d'aoust 1570.