AU ROY.

Sire, ceste bien asseurée confirmation de la paix, qui m'est venue par

les lettres de Vostre Majesté du XIe du présent, avec les articles

d'icelle, qu'il vous a pleu par mesme moyen m'envoyer, ont miz la

Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil hors de tout doubte qu'elle

ne soit à présent bien conclue et arrestée; car, parce que Mr Norrys

leur avoit escript que, de vostre costé, Sire, elle estoit bien

signée, mais qu'elle restoit à signer par Messieurs les Princes et

Admyral, et que Mr le cardinal de Chatillon n'en avoit encores nulles

nouvelles, aussi que de dellà l'on mandoit que aulcuns s'y opposoient,

et que le parlement de Paris ne la vouloit en façon du monde

recepvoir, plusieurs ont estimé que la matière estoit encores bien

acrochée; et le Sr de Valsingan mesmes, quant il m'est venu dire

adieu, n'a sceu tenir son langaige si mesuré qu'il n'ayt assés monstré

qu'il estoit dépesché sur telle opinion. Et j'ay despuys entendu que,

l'ayant la dicte Dame faict arrester, lorsque je la suys allé trouver,

jusques après qu'elle m'auroit ouy, aussitost qu'elle a comprins par

mon récyt que les depputez estoient de rechef renvoyez avec les dicts

articles vers les Princes, elle l'a soudain faict partyr, sur la

mesme dépesche qu'elle luy avoit desjà baillée, luy mandant qu'il

n'estoit besoing d'y rien changer.

Or, Sire, ce que j'ay peu descouvrir de sa charge est qu'ayant ceste

princesse l'esprit fort agité de tant de deffiances, que je vous ay cy

devant mandées, et se trouvant mal satisfaicte de ce que ceste

dernière conclusion de paix s'est menée si estroictement que son

ambassadeur a souspeçonné y debvoir avoir des conventions qui la

touchoient, puysqu'on les luy tenoit secrectes, elle a advisé

d'envoyer cestuy cy tout exprès par dellà affin que, trettant avec

ceulx de l'ung et l'aultre party, il puysse juger de quelle

disposition, après la dicte paix, se trouvera Vostre Majesté et vostre

royaume vers elle et le sien, avec commandement d'accommoder son

parler à l'estat où il verra que les choses seront, et de se conduyre

néantmoins en ce qu'il aura à négocier avec ceulx de la nouvelle

religion, sellon certain règlement qui a esté arresté avec les

depputez, qui sont icy, des princes d'Allemaigne, et dont l'ung d'eulx

est allé avecques luy; et de mesler, à ce que j'entendz, parmy

l'aparance d'exorter ceulx de la dicte religion à vostre obéyssance,

qu'ilz veuillent bien regarder à l'establissement de ce qui leur sera

promiz pour l'exercice d'icelle et pour l'establissement de la paix,

et que, en ces deux choses, elle et les dicts princes ne sont pour les

habandonner jamais, comme ilz ont encores tout présentement et auront

toutjour toutes choses bien prestes pour les secourir; leur

remonstrant aussi qu'ilz n'ont assés bien faict leur debvoir d'avoir

obmiz, en l'instruction qu'ilz ont donnée à leurs depputez pour fère

ce tretté, laquelle a esté envoyée icy de la Rochelle, et traduicte

incontinent en anglois et imprimée à Londres, de n'y avoir faict

quelque honnorable mencion d'elle et du bon reffuge qu'ilz ont trouvé

en son royaulme, avec d'aultres particularitez que je suys bien ayse

qu'elles n'arrivent qu'après la paix faicte; car possible n'eussent

elles de guières servy à la conclurre.

Et au regard de Vostre Majesté, j'entans, Sire, que sa commission

porte que, au cas qu'il trouve les choses non encores bien accordées,

qu'il vous offre toutz les moyens et offices, qui seront cognuz

pouvoir procéder d'elle, pour vous ayder à les accorder avec vostre

grandeur, réputation et advantaige; mais s'il trouve la paix desjà

conclue, ainsy que, grâces à Dieu, elle l'est, qu'il vous en face la

meilleure et plus expresse conjoyssance qu'il pourra, et qu'il vous

exorte, Sire, à l'entretennement et observance d'icelle, avec offre de

tout ce qui est en la puyssance de la dicte Dame pour vous assister

contre ceulx qui la vous vouldroient traverser ou empescher; et vous

prier, au reste, de ne vous laysser jamais persuader du contraire, car

vous ayant elle jusques icy gardé ce respect d'avoir rejetté toutes

les très véhémentes persuasions qu'on luy a données de se déclairer

contre vous, elle proteste que, par cy après, elle ne le pourra plus

fère; et que, si vous entreprenez la guerre contre la religion d'où

elle est, qu'elle employera toutes ses forces, son estat et sa

couronne à la deffance, faveur et protection d'icelle; et qu'elle

entrera en la ligue des princes protestans contre Vostre Majesté,

ainsy qu'ilz ont encores icy à ceste heure leurs ambassadeurs pour

l'en solliciter; et avec charge aussi au dict Valsingan de vous fère

entendre, de la part de la dicte Dame, touchant la Royne d'Escoce,

qu'elle ne luy veult aulcun mal, ny veult en façon du monde procurer

sa ruyne, que seulement elle cerche de s'asseurer des guerres et

dangiers, qui luy ont esté toutjour imminentz du costé d'elle et de

son royaulme, chose qu'elle estime que ne debvez trouver mauvaise; et

qu'encores, pour l'amour de Vostre Majesté, sera elle contante d'user

si honorablement vers la dicte Dame, que ung chacun jugera qu'elle luy

aura la plus grande de toutes les obligations, qu'elle ayt jamais heue

à personne de ce monde.

Qui est tout ce, Sire, que j'ay aprins de la dépesche du dict

Valsingan, et ne sçay encores s'il y a heu rien de plus ou de moins,

ou de changé despuys; dont je suplie très humblement Vostre Majesté de

gratiffier si bien à la dicte Dame ses bonnes parolles que ses

intentions en puyssent toutjour devenir meilleures, car aussi estime

elle vous avoir beaucoup obligé de ne vous avoir faict sentyr tant de

mal et d'empeschement, de son costé, comme l'on l'a bien incitée et

conseillée de vous en fère.

Au regard, Sire, des choses d'Escoce, encores que la dicte Dame ayt,

de rechef, très expressément donné parolle à Mr de Roz de procéder au

tretté, aussitost que les depputez d'Escoce seront arrivez, car

plustost n'y veult elle nullement entendre; néantmoins, de tant que je

suys seurement adverty que le comte de Sussex, lequel a encores des

forces en la frontière, et le secrétaire Cecille mènent des pratiques,

et croy que [c'est] sans le sceu de la dicte Dame, pour tirer la

matière en longueur et pour fère rentrer de rechef les Anglois en

Escoce au secours du party du régent, qui se trouve le plus foible; il

sera le bon playsir de Vostre Majesté d'en parler en telle sorte aulx

ambassadeurs de la dicte Dame qu'ilz cognoissent que vous incistez,

Sire, très fermement à la continuation et accomplissement du tretté et

à l'entretennement de ce qui en est desjà arresté; ou autrement que

vous n'estes pour manquer de secours à ceulx de voz allyés qui ont

recours à vostre protection, et faveur. Et sur ce, etc.

Ce XXIe jour d'aoust 1570.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 158 / 318 题