A LA ROYNE.

Madame, j'obmetz, tout à esciant, d'escripre à Voz Majestez par ceste

dépesche beaucoup de propos, qui ont esté tenuz entre la Royne

d'Angleterre et moy en ceste dernière audience, pour les vous mander

cy après plus expressément par ung des miens; et suffira, s'il vous

playt, Madame, que, en ceste cy, je vous dye, sur la nouvelle que j'ay

annoncée à la Royne d'Angleterre de la paix de vostre royaulme, qu'il

ne se peult exprimer ung plus grand ayse que celluy que, en parolle et

en semblant, elle a monstré d'en recepvoir; et croy que, sans la

crainte des choses d'Escoce, que son cueur aussi s'y conformeroit.

J'entendz qu'elle a prins quelque souspeçon de ce que les depputez des

Princes n'ont faict rien entendre de ceste dernière conclusion à son

ambassadeur, comme ilz avoient faict les aultresfoys; au moins n'en

avoit il encores rien escript à la dicte Dame, quant j'ay esté devers

elle, laquelle en estoit mal contante; et discouroient quelques ungs

là dessus qu'il y pourroit bien rester encores quelque difficulté:

tant y a que les choses d'icy ne layssent pourtant de prendre aultre

forme, sur ce que je leur en ay desjà dict, mesmes en l'endroict de

l'ambassadeur d'Espaigne, auquel aultrement l'on estoit prest de fère

piz que jamais. J'espère qu'il en réuscyra aussi de l'utillité à

vostre service. Sur ce, etc.

Ce XVIIIe jour d'aoust 1570.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 156 / 318 题