Sire, le jour de la my aoust, j'ay esté porter la certitude de la paix
de vostre royaulme à la Royne d'Angleterre, à Penleparc, qui est
trente deux mil loing de Londres; laquelle a monstré non seulement de
la bien recepvoir, mais d'en vouloir caresser et honorer la nouvelle,
ayant faict parer sa court, et estant elle mesmes parée et
merveilleusement bien en poinct; et m'a, à l'arrivée et au retour,
faict mieulx recueillyr et accompaigner que de coustume, et encores me
reconvoyer par des gentilshommes exprès une grand partie du chemyn, de
sorte qu'elle et les seigneurs de son conseil, vers lesquelz j'ay
faict aussi la conjoyssance de vostre part, n'ont rien obmiz de ce qui
se peult monstrer d'extérieur pour donner entendre qu'ilz ont ung très
grand plésir de cet accord. Mais, pour descouvrir quelque chose de
l'intérieur, j'ay dict à la dicte Dame, en luy présentant les lettres
et recommandations de Voz Majestez, que Dieu vous avoit faict la grâce
de vous donner la paix avecques voz subjectz; et qu'aussitost que vous
l'aviez peu conclurre vous luy en aviez faict la première part, affin
de luy advancer, devant les aultres princes, voz alliez et confédérez,
l'ayse et le playsir que vous estimiez qu'elle en recepvroit, parce
que, plus que nul de tous eulx, elle avoit toutjour monstré de la
desirer, et mesmes de se vouloir employer à la fère; dont cecy luy
estoit ung très asseuré tesmoignage que vous n'en avez miz rien en
oubly, et que vous luy rendrez la tranquillité de vostre royaulme
aultant utille, comme elle avoit toutjour faict paroistre qu'elle
l'auroit très agréable.
La dicte Dame, usant de toutes les démonstrations d'ayse et de
contantement qu'il est possible, m'a respondu qu'elle ne pouvoit assés
à son gré vous remercyer de la faveur, que luy aviez faicte, de luy
advancer ceste bonne nouvelle de vostre paix, ny assés s'en conjouyr
avecques Voz Majestez; et que n'ayant heu moindre desir que vous
mesmes de la voir bien succéder, ainsy que sa conscience l'en
faisoit, à ceste heure, estre bien fort contente, et que la certitude
s'en pouvoit encores vériffier par lettres et tesmoings, elle ozoit
bien esgaller l'ayse qu'elle recepvoit d'en entendre la conclusion, à
celluy que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et Messieurs vos
frères, voyre quel que soit de voz propres subjectz, en pouviez avoir;
ce que estant bien conféré avec le peu de desir que vous sçavez que
les aultres princes en avoient, elle vous layssoit à juger si une
première conjouyssance ne lui en estoit pas deuhe, et pourtant que
vous ne doubtissiez qu'elle ne la receust avec trop plus d'abondance
de playsir et d'affection, qu'elle ne le pouvoit, par parolle ny par
nulle aultre démonstration, bien exprimer; seulement elle prioyt Dieu
de la vous fère, et à voz subjectz, très longuement et heureusement
jouyr; et qu'encor qu'on luy eust vollu imprimer que vostre paix luy
seroit ung commancement de guerre, et que vous vous layrriez aisément
aller à l'instigation, que ses ennemys vous feroient, de la luy
commancer sinon directement, au moins par moyens indirectz de la Royne
d'Escoce, qu'elle ne le se vouloit toutesfoys persuader; et vous
pryoit, de tant que vous estiez sur le poinct de vous former une
inpression d'amytié ou d'ayne pour l'advenir, que vous vollussiez
retenir elle et son royaulme, qui ne sont pas des plus grandz mais non
aussi des moindres, au mesmes degré d'amytié qu'elle veult droictement
persévérer vers vous et le vostre; et que, ayant auparavant proposé de
vous dépescher le Sr de Valsingan, affin qu'il servyst à quelque bon
effect entour la conclusion de la dicte paix, elle l'y feroit encores
plus vollontiers passer, à ceste heure qu'elle estoit conclue, pour
non seulement vous en aller fère la conjoyssance, mais vous remercyer
infinyement de celle que vous luy en aviez desjà faicte.
Je n'ay failly là dessus, Sire, d'user des meilleurs et plus
convenables propos, que j'ay peu, pour mettre la dicte Dame en grande
confiance de Vostre Majesté et de vostre royaulme; et, après avoir
touché quelque mot du commandement, que me feziez, d'avancer toutjour
les affères de la Royne d'Escoce; à quoy elle m'a respondu en très
bonne façon et avec nouvelle promesse d'y procéder du premier jour,
sellon qu'elle avoit bonnes nouvelles que les seigneurs escossoys des
deux costez s'y vouloient disposer, elle m'a licencié avec tant de
bonnes paroles et démonstrations de son contantement, et de vouloir
donner toute satisfaction à Vostre Majesté, que je craindrois d'en
diminuer la meilleure part, si je m'esforcoys de le vous vouloir
davantaige exprimer: dont la layrray à tant jusques à la prochaine
dépesche d'ung des miens, que j'envoyeray bientost devers Vostre
Majesté, par lequel je vous feray amplement entendre toutes aultres
choses. Et seulement, Sire, j'adjouxteray à ce pacquect la lettre, que
la dicte Dame vous escript, oultre celles qu'elle a baillé au dict
Valsingan pour Voz Majestez, lequel est desjà dépesché, et avecques
luy le sir Henry Coban pour aller saluer, de la part de ceste Royne,
la Royne d'Espaigne au Pays Bas; et croy qu'il passera jusques à
Espire devers l'Empereur. Sur ce, etc.
Ce XVIIIe jour d'aoust 1570.