A LA ROYNE.

Madame, nous n'avons peu, pour ce coup, obtenir rien de mieulx en la

négociation de Mr de Poigny que de luy permettre qu'il puysse aller

visiter la Royne d'Escoce de la part de Voz Majestez; qui n'est si

peu, Madame, qu'on ne le tienne icy en beaucoup, et que la réputation

de vostre couronne n'en semble estre en quelque chose relevée, et

qu'on ne commance de bien espérer de tout le reste. Nous avions, avant

aller à ceste segonde audience, heu advertissement de certaynes

traverses, que la communication du Sr dom Francès avec Mr de Norrys

vous y faict, qui a esté cause que j'ai, avec le plus de véhémence et

d'affection que j'ay peu, touché à la Royne d'Angleterre les poinctz

qui la doibvent asseurer de vostre amytié, et ceulx qui la luy peuvent

rendre utille et pleyne de confiance, et le mesmes aulx seigneurs de

son conseil; dont le comte de Lestre et le secrétaire Cecille m'ont

despuys recerché de plus estroicte conférance avec eulx; et Mr de Roz

a raporté d'elle, et d'eulx, plus amples promesses sur l'advancement

de toutz les affères de sa Mestresse; ainsy que plus en particullier

je le vous manderay, dans quatre ou cinq jours, que je dépescheray ung

des miens devers Vostre Majesté. Et vous diray cependant, Madame, que

le dict Sr Norrys a mandé qu'il y avoit grand apparance que la paix

succèderoit bientost, ce qui faict monstrer ceulx cy en meilleure

disposition vers toutes les choses de vostre service. Ilz sont après à

jetter cinq grandz nayyres avec mil hommes dehors, avitaillez pour

deux moys, par prétexte d'aller réprimer les pirates, mais c'est pour

le souspeçon qu'ilz se donnent de l'armement du duc d'Alve; auquel

toutesfoys ceste Royne a naguières, par persuasion du dict Sr Norrys,

escript une lettre pleyne d'affection, affin de prendre asseurance de

luy, et luy en donner tout aultant d'elle, touchant le passaige de la

Royne d'Espaigne. J'entendz qu'il est arrivé plusieurs lettres

d'Allemaigne, et entre autres du comte Pallatin, qui semble inviter

ceste princesse à desirer la paix de France. Sur ce, etc.

Ce XIXe jour de juillet 1570.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 142 / 318 题