DIRA DAVANTAIGE, DE MA PART, A LEURS MAJESTEZ:

Que ne sachant comme la Royne d'Angleterre eust peu prandre ce

que Leurs Majestez me commandoient de luy dire, touchant la ligue

d'entre la Royne d'Escoce et elle, comme le Roy estoit contant

d'y entrer, j'ay estimé que, pour réserver tout l'advantaige à

Leurs Majestez, et obvier qu'on n'y puisse rien calompnier, que

j'en debvois parler en la façon que j'ay faict:

C'est que j'ay dict à la dicte Dame qu'ayant le Roy entendu les

trois poinctz, ausquelz s'estoit restreinct tout le premier

pourparlé d'entre les seigneurs du conseil d'Angleterre et

l'évesque de Roz; sçavoir: de la religion, du tiltre de ceste

couronne et de la ligue; que, quant au premier, de la religion,

estant desjà certain ordre receu là dessus en Escoce, lequel la

Royne n'a jamais enfrainct, il vouloit tant seulement prier à

ceste heure la dicte Dame de ne fère force ny viollance à la

conscience de la dicte Royne d'Escoce, ny innover rien en ceste

matière qui peult admener plus d'altération au monde qu'il n'en y

a:

Et du segond, qui est le tiltre de la couronne d'Angleterre,

qu'il desiroit que la dicte Royne d'Escoce luy en fît toute la

cession et transport, qu'elle et son conseil estimeroient luy

estre besoing pour sa perpetuelle seurté et pour ceulx qui

pourroient provenir d'elle:

Au regard du troisiesme, qui concerne la ligue, qu'il ne seroit

marry qu'elle se fît entre elles, pourveu que ce ne fût contre

luy, ny au préjudice des aultres ligues qu'il a avec la dicte

Royne d'Angleterre et son royaume, et pareillement avec la Royne

d'Escoce et le sien; et layssay là dessus amplement discourir la

dicte Dame et estendre ses responces, sans l'interrompre de rien,

ainsy que je l'ay desjà mandé.

Mais reprenant, puys après, le propos, je luy diz que, ayant

considéré de moy mesmes combien il sourdoit à toute heure de

grandes espines et de nouvelles difficultez en ce faict de la

restitution de la Royne d'Escoce, à cause qu'on la luy proposoit

toutjours fort suspecte du costé de France, j'avois suplié le Roy

de vouloir luy mesmes intervenir en la ligue deffencive, qui se

feroit entre elles deux, affin qu'en lieu de se deffyer de luy,

elle en print dorsenavant toute asseurance et seurté; et que le

Roy m'avoit respondu qu'il le vouldroit bien, mais qu'il ne

voyoit pas le moyen commant cella se pourroit fère; toutesfoys,

si je le voyois icy sur le lieu, qu'il s'en remettait bien à moy

de passer oultre;

Et que je pensoys qu'il avoit regardé à la jalouzie, que les

aultres princes en pourroient prendre, et possible encores à la

diversité de la religion; dont, de tant qu'il ne m'avoit commandé

d'en déclairer si avant à la dicte Dame, et que néantmoins

c'estoit chose que je ne pouvois effectuer sans elle, je prenois

sa parolle pour garant que le propos seroit réservé et ne

passeroit plus avant qu'entre nous deux, ou bien, si elle en

vouloit communiquer à son conseil, qu'elle me promettait de ne

dire jamais que cella fût procédé de moy.

La dicte Dame, ayant très agréable le dict propos, lequel a esté

cause que tout l'affère est retourné en bons termes, et

néantmoins, estant marrye que je y allois si réservé, me demanda,

trois ou quatre foys, si j'avois poinct pensé nul bon moyen en

cella. Je ne luy volluz soubdain respondre, affin de luy en

laysser à elle mesmes mettre quelcun en avant; mais enfin je luy

diz que celluy que je voyois le plus honeste estoit que la Royne

d'Escoce le requist, et que le Roy, pour le bien et considération

d'elle, auroit plus grande ocasion d'y entendre: et n'en est

encores la chose plus avant.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 135 / 318 题