Sire, les responces et adviz, que je vous ay escript despuys trois
jours, m'ont semblé estre assez pressez pour les vous debvoir fère
sçavoir par ung courrier exprès, comme j'ay faict; et meintennant,
Sire, je suys instantment requiz par la Royne d'Angleterre de vous en
dépescher encores ung, tout présentement, pour vous notifier ce que,
par ung sien secrétaire, nommé maistre Sommer, elle m'a envoyé dire
jusques en mon logis: c'est qu'elle avoit bonne souvenance des choses
naguières accordées entre elle et moy, touchant la Royne d'Escoce, et
qu'elle estoit preste de les acomplyr tant à continuer et paraschever
le tretté avecques elle, que à révoquer ses forces hors de son pays,
comme desjà elle les avoit faictes retirer à Barvyc; mais que, ayant
très certain advertissement comme il s'embarquoyt des compaignies en
Bretaigne pour les envoyer de dellà, qu'elle vouloit bien déclairer à
Vostre Majesté que, si elles y passoient, elle se tenoit, d'ors et
desjà, quicte et deschargée de la promesse qu'elle m'avoit faicte, et
qu'elle exploicteroit dans le dict pays par son armée, qui est
encores entière et en estat, tout ce qu'elle verroit estre expédiant
et à propos pour son service; et qu'elle continueroit de retenir la
Royne d'Escoce là où elle est, sans plus entendre à nul tretté
avecques elle; et, de tant que cella importoit beaulcoup à vostre
commune amytié, à laquelle elle avoit regrect d'y veoir intervenir
ceste altération, me prioit que je vous en voulusse promptement
advertir par homme exprès, qui peult retourner en dilligence, affin
que je l'en peusse résouldre.
Et bien, Sire, que j'aye respondu au dict Somer que j'avois
freschement reçeu une responce de Vostre Majesté, laquelle j'yrois
aporter à la dicte Dame, et j'espérois qu'elle la contenteroit, il n'a
layssé pourtant de percister que je debvois dépescher promptement
devers Vostre Majesté; qui est l'occasion du voyage de ce mien
secrétaire, par lequel je vous suplieray très humblement, Sire, que,
en voz propos à l'ambassadeur d'Angleterre et en voz apretz de
Bretaigne, il vous playse monstrer toutjour que vous estes prestz
d'entretenir ce qui a esté accordé en vostre nom à la dicte Dame, et
de différer l'embarquement et passaige de vostre secours en Escoce,
jusques à ce qu'aurez veu ce qui succèdera du tretté qu'elle a
commancé avec la Royne vostre belle soeur; et qu'elle veuille achever
de retirer la garnyson qui est demeurée dans Humes et Fascastel, comme
elle a desjà retiré le principal de ses aultres forces du pays,
nonobstant que vous rescentiez beaucoup ce dernier exploict de ses
gens, qui ont abattu quatre maysons du duc de Chastellerault et brullé
toutz ses villaiges.
Et après, Sire, que j'auray parlé à la dicte Dame sur la bonne
responce, que m'avez commandé luy fère par vostre dépesche du Xe du
présent, je feray entendre ce que j'auray peu comprendre de ses
propos, tant sur ce faict de la Royne d'Escoce que sur ce que la dicte
Dame peult avoir sceu des choses d'Allemaigne: d'où j'entendz qu'elle
a freschement receu lettres, qui lui parlent de l'acheminement de
l'Empereur à Espire pour la diette; et comme la Royne d'Espaigne passe
oultre vers les Pays Bas, laquelle deux mil chevaulx allemans viennent
accompaigner jusques à Nimeguen, où le duc d'Alve la doibt aller
recepvoir, et qu'elle meyne deux de ses petitz frères pour les passer
en Espaigne, (au lieu des deux aisnez) qui s'en retourneront sur les
mesmes vaysseaulx, qui la seront allez conduyre; et que les nopces du
Cazimir ont été accomplyes, où se sont trouvez trèze mil chevaulx,
lesquelz on tient pour chose asseurée que s'acheminent incontinent en
France, au secours de Messieurs les Princes et Amyral; que les trois
électeurs laycs se sont liguez ensemble pour s'oposer aulx décrectz
qui pourroient estre faictz ou contre leur religion, ou contre les
libertez d'Allemaigne; et qu'il semble encores que c'est
principallement pour empescher que l'Empereur ne puysse fère créer son
filz roy des Romains, non sans quelque esbahyssement commant celluy de
Brandebourg s'est joinct à cella, veu qu'il est pensionnaire à six mil
escuz par an du Roy d'Espagne, et qu'il s'est toutjours monstré amy et
serviteur de la mayson d'Austriche; et que aus dictes nopces du dict
Cazimir a appareu quelque désordre de l'ung des deux ducz Jehan de
Saxe, Frédéric ou Guillaume, qui sur quelque débat a vollu tuer le
comte Pallatin; et que quelque homme Gantoys a esté prins et exécuté
pour avoir confessé qu'il estoit venu à la dicte assemblée, pour
donner un coup de pistollé au prince d'Orange. De toutes lesquelles
nouvelles, Sire, celle de la descente de ces Allemans en votre
royaulme me semble considérable, parce qu'il y a grand aparance qu'on
l'exécutera, si la paix ne se conclud bientost; et j'en ay icy de
grandz indices, et pareillement d'une armée de mer, qui se prépare par
ceulx de la nouvelle religion, de bon nombre de vaysseaulx pour fère
une descente de deux ou trois mil hommes en quelque lieu de Normandie,
Bretaigne ou Guyenne; et ne monstrent qu'ilz espèrent encores, en
façon du monde, la dicte paix, bien que, tout à ceste heure, l'on me
vient de dire qu'il a esté semé quelque bruict à la bource de ceste
ville qu'elle est desjà conclue. Sur ce, etc.
Ce XXIe jour de juing 1570.