AULTRE INSTRUCTION A PART AU DICT SR DE SABRAN.

La peur que j'ai heu que la déclaration du Roy à la Royne

d'Angleterre, pour les affères de la Royne d'Escoce, mit les

siens en dangier, m'a tenu en suspens si je la debvois différer,

ou non, jusques après estre bien asseuré de la paix; mais, voyant

que de demeurer sans fère quelque prompte démonstration, sur ce

que l'armée d'Angleterre estoit entrée en Escoce, diminuoit par

trop la réputation du Roy, et luy faisoit perdre les bons

serviteurs qu'il a icy et au dict pays d'Escoce, je ne l'ay

vollue différer; bien ay miz peyne d'user de tout l'artiffice

qu'il m'a esté possible pour garder, qu'en aydant les affères de

la dicte Royne d'Escoce, je n'aye poinct faict de dommaige à

ceulx du Roy; car il est sans doubte qu'ilz se portent mutuelle

faveur, et qu'on respecte les ungs pour l'amour des aultres en

ceste court.

Et n'a esté sans que aulcuns principaulx seigneurs de ce

royaulme, et l'évesque de Roz avec eulx, n'ayent cuydé monstrer

un grand signe de malcontantement de ce que le secours de France

ne paroissoit desjà en Escoce, et que je ne protestais tout

promptement la guerre, puysque les Anglois avoient commancé

d'entrer en pays, et y fère toutz actes d'hostillité.

Et disoient, tout hault, qu'il falloit que le Roy cessât d'estre

amy ou des Angloys, ou des Escouçoys, car il ne pouvoit meintenir

l'amytié avecques les deux, et qu'il debvoit bien considérer que

si les seigneurs catholiques de ce royaulme, qui s'estoient

asseurez qu'il favoriseroit et secourroit les affères de la Royne

d'Escoce et les leurs, quand il seroit besoing, n'eussent tenu la

main ferme à la paix d'entre la France et l'Angleterre, qu'il est

très certain que ceulx de l'aultre party eussent fait déclairer

ouvertement la Royne, leur Mestresse, pour ceulx de la Rochelle,

sur la grand instance que les princes protestans d'Allemaigne luy

en faisoient.

Disoit davantaige le dict évesque de Roz que, si la Royne, sa

Mestresse, vouloit quicter l'alliance de France, il est sans

doubte qu'elle et luy seroient en liberté, et toutz les affères

d'Escoce se porteroient bien; et qu'il est certain que les choses

estoient venues au poinct où l'on les voyoit, d'avoir les comtes

du North prins les armes pour la liberté et restitution d'elle,

et pour l'advancement de la religion catholique, par l'exortation

de nous deux ambassadeurs de France et d'Espaigne; et que

meintennant il n'aparoissoit nul secours du costé de noz

Maistres; ains ceulx qui, soubz leur confiance, s'estoient

déclairés, demeuroient en proye de la Royne d'Angleterre, et

ceulx, qui avoient bonne intention de se déclairer, restoient, à

ceste heure, bien fort descouraigés et intimidez.

Or, l'office, qu'ilz ont veu que j'ay despuys faict envers la

Royne d'Angleterre a beaucoup rabillé cella, et si, a miz tant de

doubte au cueur de la dicte Dame et tant de contrariété entre

ceulx de son conseil, que, confessans les ungs et les aultres la

déclaration du Roy estre très raysonnable, et fondée au debvoir

qu'il a aulx deux Roynes de vouloir retenir l'amytié de l'une et

subvenir à l'extrême nécessité de l'aultre, il semble que les

choses en viendront à quelque modération.

Et ayant le dict évesque de Roz, par aulcuns des siens, faict

exorter l'ambassadeur d'Espaigne de concourre avecques moi en ung

semblable office, de la part de son Maistre, envers ceste Royne,

pour la Royne d'Escoce, il s'est excusé de le fère, disant y

avoir assés longtemps qu'il a devers luy une lettre à cest effect

de son dict Maistre pour la Royne d'Angleterre, mais qu'il n'a

jamais peu avoir audience d'elle, comme, à la vérité, il y a dix

sept moys qu'il ne l'a veue, et que de luy fère venir meintennant

ung nouveau ambassadeur sur cest affère, puysqu'elle en a renvoyé

deux de grande qualité, sans quasi les ouyr, qui estoient envoyez

pour les propres affères de son dict Maistre, ny aussi

d'entreprendre de parler pour aultruy, jusques à ce qu'on se sera

accommodé soy mesmes, le duc d'Alve estime qu'il seroit fort

impertinent de le fère. Néantmoins, il donne espérance du

contraire, ainsy que ce pourteur le dira à Leurs Majestez.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 104 / 318 题