AU ROY.

Sire, je n'avois poinct esté encore plus favorablement ouy de la Royne

d'Angleterre, et n'avois point receu d'elle meilleures responces sur

les choses, que je luy ay ordinairement proposées de vostre part,

despuys que suys par deçà, que en ceste dernière audience du XXe du

passé, ny les seigneurs de son conseil ne m'avoient plus privéement

traicté, ny ne s'estoient monstrez plus favorables à me parler des

affères de ce royaulme que ceste dernière foys; de sorte que je m'en

retournay assés satisfaict, et au moins avec quelque opinion que les

choses seroient pour aller de bien en mieulx entre Voz Majestez et voz

deux royaulmes; mesmes qu'ung du dict conseil passa si avant de me

dire que, pour quelques occasions ès quelles la France n'estoit

poinct meslée, j'entendrois bientost parler d'ung armement que,

longtemps y a, l'Angleterre n'en avoit gecté ny de plus grand, ny de

plus brave sur mer; et qu'il ne failloit que j'en prinsse aulcun

souspeçon, car tant s'en failloit que ce fût contre Vostre Majesté,

qu'il n'y auroit rien qui ne fût à vostre bon commandement: et oultre

cella, la dicte Dame me tint lors toutz propos fort bons sur les

affères de la Royne d'Escoce, et sur la bonne disposition, en quoy

elle estoit, d'entendre à quelque bon expédiant avec elle, s'il

playsoit à Vostre Majesté de le mettre en avant.

Par lesquelles choses j'estimay, Sire, que les plus modérez d'auprès

de ceste princesse eussent gaigné ung grand poinct envers elle, mesmes

que je sceuz, avant que partir de là, que le comte d'Arondel avoit

esté mandé en court pour le desir que la dicte Dame monstroit avoir de

regarder, avec son conseil et avec sa noblesse, les moyens qu'il luy

falloit tenir, tant envers les princes ses voysins que envers ses

subjectz, pour maintenir la paix dehors et dedans son royaulme. De

quoy les passionnez, qui ont le crédit, monstroient n'estre

aulcunement contantz: et voycy, Sire, ce que, deux jours après, leur

est venu en main pour divertir le bon cours de ces affères, et pour

altérer les choses plus que jamais, c'est que, par les lettres de Mr

Norrys et par celles du Sr Randolf, qui en mesme jour sont arrivées de

France et d'Escoce, du XXIIe du passé, ilz ont eu adviz que Vostre

Majesté préparoit d'envoyer ung nombre de gens de guerre en Escoce,

qui se doibvent embarquer en Bretaigne le IIIe jour de may prochain;

ce qui leur a donné de quoy si bien irriter la dicte Dame et ceulx de

son dict conseil que, toutes aultres choses délayssées, ilz se sont

miz après à consulter et dellibérer comme ilz pourront empescher ou

prévenir ceste vostre entreprinse; dont j'ay baillé une instruction au

Sr de Sabran de tout ce que, pour ceste heure, j'ay peu descouvrir de

leurs préparatifz et aprestz en cella, ensemble du présent estat des

aultres choses de deçà, auquel me remectant, je prieray, etc.

Ce IVe jour de mars 1570.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 69 / 318 题