AU ROY.

Sire, au fondz de la lettre que j'ay escripte, le XXVIe du présent à

Vostre Majesté, j'ay faict mention d'ung rencontre naguières advenu

vers la frontière du North, du costé d'Escoce, entre millord Dacres et

millord de Housdon, subjectz de ce royaulme, de quoy la confirmation

est despuys arrivée, qui se racompte ainsy: c'est que ayant la Royne

d'Angleterre, pour aulcuns soupeçons du dict millord Dacres, et parce

qu'il différoit de venir devers elle, mandé à millord Housdon de

l'aller surprendre, le plus secrectement qu'il le pourroit fère, en

une sienne mayson, où il s'estoit retiré douze mil près l'Escoce;

icelluy Dacres, ayant descouvert l'entreprinse, le jour auparavant

qu'elle deust estre exécutée, par l'interception d'aulcunes lettres,

où il vit que desjà le dict de Housdon avoit mandé à millord Scrup se

trouver en certain lieu avec deux mil hommes, et qu'il s'y rendroit à

heure déterminée avec mil chevaulx et cinq centz harquebouziers de la

garnyson de Barvich, pour l'aller assiéger, il fit dilligence d'en

advertyr incontinent ceux qui estoient en la frontière d'Escoce; et,

de sa part, il déliberra d'assembler ce qu'il pourroit des siens pour

aller combattre l'une des deux troupes, avant qu'elles se peussent

joindre. Et ainsy, en une nuict, il mict ensemble trois mil hommes,

et, le matin, alla rencontrer ceulx qui estoient sortys de Barvich, et

présenta la bataille au susdict de Housdon; lequel, se trouvant avoir

de meilleures gens et mieulx équipés que luy, bien que en moindre

nombre, se résolut de le combattre, et néantmoins fit semblant de se

retirer, affin d'attirer l'autre en ung lieu estroict, où avec

l'harquebouzerye il le deffyt, et luy tua quatre centz des siens, et

en print cent ou six vingtz de prisonniers. Et à peine se fût saulvé

le dict Dacres mesmes, sans ce qu'il se descouvrit quelques gens de

cheval, en compaignie, qui lui venoient au secours, à la faveur

desquelz il se retira, avec tout le reste, en Escoce. Quoy qu'il y

ayt, Sire, et que ce récit, qui vient de la court, soit à l'advantaige

de ceste Royne, elle et ceulx de son conseil sont bien fort marrys de

la retrette du dict Dacres, qui est, après le duc de Norfolc, ung des

plus principaulz hommes de ce royaulme. Et sur ce, etc.

Du dernier jour de febvrier 1570.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 67 / 318 题