Sire, après avoir, le XXe de ce moys, amplement discouru à la Royne
d'Angleterre en quel estat estoient demourées les choses avec les
depputez de la Rochelle, lorsque Vostre Majesté m'a commandé de luy en
parler, et que la dicte Dame m'eust prié de luy laysser le mémoire des
condicions que vous leur offriez, lesquelles elle ne fit semblant de
les trouver que bien fort raysonnables, et qu'elle ne voyoit plus
aulcune difficulté en cella, sinon possible ung peu de l'asseurance, à
cause de l'infraction des précédantz traittez, elle manda, le jour
d'après, Mr le cardinal de Chatillon pour les luy communiquer; et ne
sçay encores, Sire, ce qui en fut débattu entre eulx, sinon qu'on m'a
adverty que le dict Sr cardinal dict que la Royne de Navarre, plus de
douze jours auparavant, luy en avoit en substance mandé le contenu, à
la mesure que les depputez, durant le pourparlé, le luy escripvoient,
et qu'il faisoit grand difficulté que la paix se peult conclure là
dessus, qu'il ne leur fût en quelque chose mieulx satisfaict, et en
quelque aultre plus seurement pourveu. Je mettray peyne de sçavoir si
la dicte Dame a trouvé fondement en sa dicte difficulté, veu qu'elle
m'a dict que ses plus sçavantz prescheurs maintenoient, par
tesmoignages de l'escripture saincte, que nulle eslévation contre son
prince, ny mesmes pour la conscience, peult estre juste ny
raysonnable.
Il semble qu'on ayt icy assés d'opinion que la paix se conclurra, et
néantmoins je n'entendz qu'on révoque l'ordonnance des deniers pour
Allemaigne, bien qu'aulcuns estiment que les levées de gens de guerre
sont retardées pour attandre quelle fin le dict traitté prendra; et se
parle beaulcoup plus, à ceste heure, des aprestz du prince d'Orange
que de ceulx de Cazimir, et qu'encores que en Flandres ne s'en face
aulcun semblant, que néantmoins le duc d'Alve ne laysse de pourvoir
secrectement à ses affères; dont ceulx cy ont quelque adviz de ses
aprestz, et mesmes tiennent pour assés suspectz ceulx qu'ilz entendent
qu'il faict pour la mer, qui ne peuvent, ce leur semble, estre dressez
contre le dict prince; et par ainsy, doubtent que ce soit contre eulx,
mais ilz monstrent de ne les craindre guières. La composition des
deniers et merchandises, arrestées par deçà sur les subjectz du Roy
d'Espaigne, se poursuyt toutjours. Il est vray qu'il semble qu'on
attand la responce d'une dépesche, que le duc d'Alve, après le retour
du Sr Chapin en Flandres, a faicte au Roy son Mestre sur ceste affère,
qui n'est encores venue.
Je ne puys avoir certitude des présentes choses d'Escoce, et semble
que le Sr Randolf mesmes, qui est sur le lieu de la part de ceste
Royne, ne peult comprendre quelles elles sont, et qu'il en escript
confuzément. Le comte de Lenoz se prépare toutjours pour y aller;
mais il creinct quelque malle adventure par dellà, et n'ayant la dicte
Royne d'Escoce faulte d'adviz en ses propres affères, elle nous a
faict tenir celluy que je vous envoye duquel nous mettrons peyne d'en
avoir plus grande vériffication; et d'aultant qu'avec icelluy vous
verrez, Sire, l'instance qu'elle me prie de vous fère pour son
secours, il ne sera besoing de le vous exprimer davantaige, si n'est
pour vous dire, Sire, que peu d'ayde à ce commancement vous pourra
espargner les frays d'ung grand secours, que possible cy après vous y
vouldriez avoir envoyé; lequel, ou n'y pourra lors passer, ou n'y
viendra jamais assés à temps. Je ne sçay si, suyvant mes précédantes
lettres, ceste Royne vouldra entendre à quelque bon expédiant avec la
dicte Royne d'Escoce, elle m'a faict démonstration d'y estre assez
bien disposée; mais la dicte Royne d'Escoce a trop d'ennemys en ceste
court.
La dicte Royne d'Angleterre m'a faict dellivrer trois Françoys qui
estoient prisonniers à Colchester, et m'accorde ordinairement, et fort
libérallement, les provisions de justice que je luy demande pour voz
subjectz. Il est vray que ceulx de son conseil m'ont faict escripre
par le juge de l'admyraulté que, s'il n'est faict rayson à trois
Anglois, qui vont pourchasser la restitution de leurs biens à
Granville en Bretaigne, qui leur a esté deux et trois foys desnyée,
que les Bretons ne s'esbahyssent plus s'ilz n'ont dellivrance des
biens qui leur seront prins ou arrestez par deçà; vous supliant, Sire,
mander au Sr de La Roche, cappitaine du dict Granville, qu'il les leur
face dellivrer, et que dorsenavant Vostre Majesté commande estre
mieulx pourveu à l'administration de la justice aux dicts Anglois en
Bretaigne, qu'ilz disent qu'ilz n'y en ont heu jusques icy; et sur ce,
etc.
Ce XXVIe jour de febvrier 1570.
Sur la fin de la présente m'est venu advis qu'il y a heu
rencontre, sur la frontière du North, entre millord Dacres, qui
se retirait en Escoce avec quelque troupe, et milord de Housdon
gouverneur de Barvich, qui l'a vollu empescher.
EXTRAICT de la lettre de la Royne d'Escoce à Mr l'évesque de Roz,
son ambassadeur.
J'ay receu, par ce pourteur, la lettre que m'avez escripte du VIe
du présent, et suys fort marrye de vostre emprysonnement, à ceste
heure que mes affères ont grand besoing de vous, sur le poinct
qu'on m'a dict que le Roy a accordé d'envoyer deux mil hommes en
Escoce; je vous prie, sollicitez Mr l'ambassadeur de fère
instance à son Mestre qu'il les veuille haster, et advertissez
l'arsevesque de Glasco et Rollet, de faire le mesme par dellà. Je
vouldrois bien entendre quel secours nous aurons de Flandres. Je
crains qu'il sera assés petit, et qu'il viendra bien tard; car
j'entends que desjà la Royne d'Angleterre faict lever une armée
de douze mil hommes en ce pays, et en veult envoyer, du premier
jour, trois mil en Escoce, et puys après, y fère acheminer le
reste par mer et par terre, avec intention, comme on dict,
d'avoir, ou par moyen, ou par force, mon filz en ses mains, et
puys après disposer de ma vie. Mais, si Dieu m'est favorable,
comme je n'en doubte poinct, je ne crains poinct cella;
néantmoins, je vous prie très affectueusement de le nottifier
aulx ambassadeurs, affin que, s'ilz m'ayment et ayment mes
affères, qu'ilz procurent de fère envoyer en dilligence le
secours en Escoce. Il est bruict que le Roy d'Espaigne est fort
mallade, et que le Roy a aultant à fère dedans son royaulme comme
auparavant, et qu'il n'a peu fère la paix avecques ses subjectz,
dont vous prie m'en faire entendre la vérité.
EXTRAICT d'aultre lettre escripte par la dicte Royne d'Escoce à
Jehan Cobert, secrétaire de Mr de Roz, du XIIIe febvrier 1570.
Jehan Cobert, si vostre mestre est si estroictement gardé qu'il
ne puisse vaquer à mes affères, ne faillez de trouver quelque
moyen de me donner toutjours adviz des occurrences, le plus
souvent que vous pourrez. Faictes mon excuse à Mr l'ambassadeur
de France, si je ne luy escriptz par ce pourteur, car je ne m'ose
fyer en luy; supliez le de parler à la Royne pour vostre mestre;
et luy dictes que c'est Huntington qui, par malice, a procuré son
emprisonnement; car luy mesmes m'a dict qu'il se vengeroit de
luy. Priez le aussi, en mon nom, de solliciter le Roy, son
Mestre, comme je le mande en l'aultre lettre, de haster le
secours; car il peult veoir le grand dangier en quoy mon royaulme
et mon filz et moy sommes.
XCIIe DÉPESCHE.
--du dernier jour de febvrier 1570.--
(_Envoyée exprès jusques à Callais, par le sire Crespin de Chaumont_.)
Détails circonstanciés de la rencontre qui a eu lieu entre milord
Dacre et milord Houston; défaite de milord Dacre qui a été
forcé de se réfugier en Écosse.