A LA ROYNE.

Madame, ayant envoyé me condouloir à Mr le comte de Lestre du peu de

satisfaction que la Royne, sa Mestresse, a vollu donner à Voz Majestez

Très Chrestiennes, par Mr de Montlouet sur les affères de la Royne

d'Escoce, il m'a mandé que je debvois excuser la dicte Dame sur les

espouvantables conseilz qu'on luy donnoit, de la subversion de sa

couronne et de son estat, si elle ne procédoit encores plus

rigoureusement contre elle, ce qui n'estoit aulcunement sellon son

cueur; et que, n'ozant de luy mesmes se ingérer de luy en parler, si

je luy en voulois escripre une lettre à part, il la feroit si

oportunément veoir à la dicte Dame qu'il espéroit que les affères de

la dicte Royne d'Escoce s'en porteroient mieulx. Je luy ay escript

aulcun peu de motz, lesquelz il luy a monstrez, et elle m'a faict

cognoistre, en ma dernière audience, qu'elle les avoit bénignement

receuz; lesquelz ont heu tant d'effect qu'elle m'a offert d'elle

mesmes que, s'il playt à Voz Majestez mettre en avant ung moyen ou

expédiant entre elles deux, qui soit honneste et non préjudiciable à

elle ny à sa couronne, ny contraire à son honneur et conscience,

qu'elle y entendra très vollontiers; et ainsy m'a elle, une et deux

foys, prié de vous le mander. Dont je mettray peyne, Madame,

d'entendre là dessus le désir de la dicte Royne d'Escoce, et le

conseil, s'il m'est possible, de Mr l'évesque de Roz, lequel est

encores bien resserré, pour en user le plus oportunément que je

pourray. Cependant il plairra à Voz Majestez m'en commander ung mot

par une lettre que je puysse monstrer, et sur ce, etc.

Ce XXIIe jour de febvrier 1570.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 64 / 318 题