Sire, pour faire entendre à la Royne d'Angleterre ce qui a passé avec
les depputez de la Royne de Navarre, des princes de Navarre, de Condé,
et des aultres de leur party, qui vous ont très humblement requiz la
paix, je luy ay récité les mesmes bons et bien convenables propos de
vostre lettre du VIe du présent, avec ung peu d'expression de
l'incroyable débonnaireté et infinye clémence qu'il vous playt user
envers eulx, sur toutes les offances, ruynes et dommaiges, que vous et
vostre royaulme avez receu de leur ellévation et de leur prinse
d'armes; et que si la dicte Dame veult considérer les grâces et
concessions que vous leur offrez, je m'asseure qu'elle les estimera,
sinon excessives, à tout le moins telles que de plus grandes vous ne
leur en pouvez bonnement concéder, sinon que pour les contanter à eulx
seulz, Vostre Majesté se vollût par trop se malcontanter soy mesmes,
et offancer vos aultres bons subjectz catholiques, qui sont de vostre
party, qui ont toutjour suyvy vos intentions, n'ont onques contradict
à icelles, ont combattu avecques vous et pour vous, et n'ont rien
espargné du leur pour vous secourir; et pareillement offancer bonne
partie du reste des Chrestiens, espéciallement les princes, vos alliez
et confédérez, qui monstrent avoir intérest en ceste cause pour la
religion catholique et pour la souveraine auctorité, qu'ilz desirent
estre, l'une et l'aultre, bien conservées en vostre royaulme, comme en
ung siège principal de la Chrestienté, en quoy, en lieu qu'ilz vous
penseroient avoir regaigné pour bien veuillant et favorable prince, il
est à croyre qu'ilz vous trouveroient à jamais offancé, irrité et bien
fort ulcéré contre eulx.
La dicte Dame, d'ung visaige bien fort joyeulx et contant, après
plusieurs bien bonnes parolles du mercyement, qu'elle m'a prié de vous
fère, pour une tant favorable communication du pourparlé de paix avec
vos subjectz, a curieusement vollu lire les articles d'icelluy, et
j'ay miz peyne de les lui fère trouver plus que raysonnables de vostre
costé; et que, si ceulx de l'aultre part se monstrent tant sans rayson
qu'ilz ne les acceptent, que Vostre Majesté la prie de les tenir
dorsenavant pour ceulx qui ne sont meuz d'aulcun desir de religion,
ains d'une pure ambicion d'occuper l'authorité souveraine s'ilz
pouvoient; et que, pour le debvoir de l'alliance et bonne amytié, qui
est entre Vostre Majesté et la dicte Dame et voz deux couronnes, elle
les veuille à jamais exclurre de sa protection, faveur et secours, et
nomméement de l'assistance de deniers qu'ilz se vantent debvoir avoir
ceste année d'elle ou de son royaulme; et, comme ennemye conjurée
contre eulx, se veuille unyr avec Vostre Majesté pour les réprimer, et
pour vous ayder de reconquérir sur eulx les droictz souverains,
qu'ilz s'esforcent [d'usurper], et donner exemple aux aultres subjectz
d'ozer, par prétexte de religion, entreprendre d'usurper sur leurs
vrays et naturelz princes et seigneurs.
A quoy elle m'a respondu qu'elle ne doubte aulcunement que, en Vostre
Majesté et en celle de la Royne, ne soit le mesmes bon desir que les
dicts articles monstrent pour la réunyon et réconcilliation de voz
subjectz, et comme elle le loue infinyement, ainsy vous prie elle de
croyre qu'elle a grand affection de la veoir bien effectuée; et que,
si ceulx de la Rochelle ont de quoy pouvoir, sans contraincte de leur
conscience, vivre soubz vostre auctorité, en paix et bonne seurté de
leurs vyes et de leurs personnes, elle ne voyt commant ilz le
puyssent, ny doibvent reffuzer; dont, si pour la conclusion d'ung si
bon oeuvre, au cas qu'il y intervienne aulcune difficulté, il vous
playt qu'elle s'y employe, elle le fera droictement à l'advantaige deu
à Voz Majestez, comme si c'estoit pour le sien propre; et quant à
secours, elle peult jurer devant Dieu qu'il n'en est procédé d'elle,
ny en argent, ny en aultre chose, dont ilz se puyssent raysonnablement
vanter qu'elle leur en ayt baillé contre vous, et qu'elle n'ozeroit
jamais lever les yeulx pour me regarder, si, après tant de parolles et
de promesses qu'elle m'a faictes vous escripre là dessus, elle venoit
meintenant à leur en donner.
J'ay esté en doubte, Sire, comment uzer de ce, qu'en lieu que je l'ay
requise de leur estre ennemye, s'ilz n'acceptent les condicions de
paix, elle s'est offerte d'en composer les difficultez; dont, sans en
rien acepter, je l'ay seulement remercyée, au nom de Voz Majestez, et
que je ne fauldrois de le vous escripre, et ay poursuyvy que
j'espérois que la mesme responce conviendroit à ce que j'avoys à luy
requérir très instantment de vostre part, qu'elle vous vollût tout
ouvertement signiffier si une levée de huict mil reystres, qu'on vous
a mandé que le duc d'Olstein et le comte d'Endein font pour elle en
Allemaigne, est en faveur de ceulx de la Rochelle, ainsy qu'on le vous
veult persuader, et qu'il vous semble bien que la dicte Dame doibt
ceste franche et claire déclaration à la bonne amytié, que Voz
Majestez Très Chrestiennes luy portent, et que le cueur ne vous peult
dire que vous ayez en ce temps à espérer actes si ennemys et si
contraires du costé de la dicte Dame.
Elle m'a respondu, de fort bonne façon, que Mr Norrys luy a touché ce
particullier par ses lettres, et que par lui mesmes elle vous y fera
satisfère: cependant me vouloit bien asseurer qu'elle ne faict point
fère la dicte levée, et qu'elle ne veult jamais estre estimée Royne,
s'il se trouve aultrement; et a passé oultre à me dire qu'il se parle
bien de quelque levée à venir, mais qu'elle ne sçayt encores ce qui en
est; et, quand elle l'entendra, s'il y a rien contre Vostre Majesté,
elle me le fera notiffier.
Je croy que la dicte Dame m'a respondu assés sellon la vérité et
sellon son intention en ces deux choses; mais je mettray peyne de
mieulx les vériffier, et sur ce, etc.
Ce XXIIe jour de febvrier 1570.