AU ROY.

Sire, ayant miz peyne de vériffier l'adviz que, par mes précédantes,

du XIIIe du présent, je vous ay mandé touchant certains deniers, qu'on

presse la Royne d'Angleterre de fornyr en Allemaigne sur l'acquit de

ses debtes, afin que les princes protestans s'en puyssent accommoder

au payement de leurs levées, je tiens pour asseuré, (nonobstant que la

dicte Dame et les siens facent démonstration toute au contraire, et

que Mr l'ambassadeur d'Espaigne, qui n'a moins suspect en cest

endroict ce qui s'en pourchasse au nom du prince d'Orange, que moy la

sollicitation de ceulx de la Rochelle, n'en ayt encores rien

descouvert,) que néantmoins la chose est desjà toute conclue, ainsy

que j'ay baillé, par instruction, à ce mien secrétaire, de le fère

particullièrement entendre à Voz Majestez; et semble, Sire, que ne

debvez plus demeurer sur le doubte si les Allemans descendront ou non,

mais vous préparer comme pour leur résister et pour leur empescher

l'entrée de vostre royaulme; à laquelle dellibération, de fornyr

deniers, j'entans que la dicte Dame a beaulcoup résisté, comme celle

qui ne s'en vouloit auculnement despourvoir; mais elle n'a sceu

comment enfin s'excuser de n'acquicter son debte et fère tout ensemble

playsir à ses amys, sans qu'il luy coste que la seule advance de

l'argent qu'elle doibt, dont elle demeure quiete; et néantmoins luy

sera dans quelques moys rembourcé. J'ay d'ailleurs envoyé

soigneusement enquérir, par les portz de ce royaulme, s'il y auroit

aulcun congé, ou permission, d'enlever pouldres et monitions pour la

Rochelle; et m'a l'on raporté qu'à la vérité il n'y a nulle expresse

permission de cella, mais qu'aulcuns merchans ont bien achapté

secrectement des bledz et des chairs en ce pays, et ont faict venir de

Nuremberg, de Hembourg et d'Anvers, des pouldres, des armes, des

beuffles et choses semblables pour les envoyer à la Rochelle, afin de

faire leur profict; à quoy j'essaye bien de les empêcher, mais ils

nyent que ce soit pour la Rochelle; néantmoins j'ay adverty ceulx de

ce conseil que Vostre Majesté déclairera de bonne prinse tous les

vaysseaulx qu'on trouvera retournans du dict lieu. Les choses

d'Escoce se racontent en diverses façons, mais l'on tient pour la plus

vraye que le comte de Morthon s'est vollu ingérer au gouvernement du

pays en qualité de régent; et que plusieurs des grandz s'y sont

opposés, et ont si bien relevé le nom de leur Royne que son auctorité

y est pour ceste heure la plus recogneue; et que le duc de

Chatellerault est encores prisonnier et resserré davantaige pour la

souspeçon du murtre du comte de Mora; que Ledinthon est hors de

pryson; que les principaulx des deux factions ont convenu de laysser

courir, pour ceste heure, le seul exercisse de la religion nouvelle

dans le pays, et que pour l'establissement des affères l'on assemblera

les Estatz, où s'espère que le retour et restablissement de leur Royne

sera requiz.

J'entans que ceulx cy arment plus de vaysseaulx que les deux que j'ay

mandé par mes précédantes, tout au long de la coste d'ouest, pour

garder que nulz navyres estrangiers puissent aller ny venir en Escoce,

espéciallement à Dombertran. Sur ce, etc.

Ce XVIIe jour de febvrier 1570.

Je viens, tout à ceste heure, d'estre adverty que ceulx cy sont

après à ordonner ung grand armement des navyres de guerre de

ceste Royne et aultres de ce royaume, pour une grande

entreprinse, qu'ilz veulent exécuter avec intelligence du prince

d'Orange, qui les doibt ayder de ses vaysseaulx qu'il a en mer,

sous la charge du Sr de Olain et du bastard de Briderode; et

espèrent aussi se prévaloir de ceulx de la Rochelle. Aulcuns

soupeçonnent que ce soit sur Callais, dont j'ay réouvert le

pacquet pour y adjouxter cest article, encor que je ne l'aye plus

avant vériffié. J'ay aussi présentement receu les deux dépesches

de Vostre Majesté, du XXVIIe du passé et du sixiesme d'estuy cy,

par un mesme courrier, sur lesquelles je verray bientost ceste

Royne, et ne changeray rien pour la venue d'icelles en ceste

dépesche.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 60 / 318 题