A LA ROYNE.

Madame, il n'a tenu ny à soing, ny à dilligence, ny à fère bien

dignement et expressément entendre, par Mr de Montlouet, à la Royne

d'Angleterre les choses de sa charge, ny encores à les avoir bien

préparées et sollicitées par Mr de Roz et par moy, aultant qu'il nous

a esté possible, que le dict Sr de Montlouet ne raporte une meilleure

responce qu'il ne faict sur les affères de la Royne d'Escoce; mais le

mariage du duc de Norfolc et l'ellévation du North y font ung très

grand obstacle et, possible, y en faict davantaige la mort, naguières

survenue, du comte de Mora; laquelle la dicte dame et ceulx de son

conseil, qui sont protestantz, monstroient de la prendre plus à cueur

que nul aultre accident qui leur eust peu advenir, et sont après à

fère plusieurs grandz et nouveaulx desseings là dessus; dont desjà ont

mandé renforcer bien fort la garnyson de Barvich, et crains assés

qu'ilz veuillent dresser, du premier jour, armée pour l'envoyer par

dellà, comme j'en ay quelque sentyment; laquelle survenant en la

division, où est à croyre que ce royaulme se trouve meintennant, elle

sera pour y fère des effectz, qui seront, par avanture, dommaigables à

l'advenir; dont je perciste en ce que, par mes précédantes, j'ay

escript que, ne voulant ceste Royne permettre que le Roy et Vous y

puissiez envoyer quelqu'un des vostres par terre, qu'il sera bon que y

dépeschiez promptement ung personnaige de bonne qualité par mer, qui

soit pour moyenner et establyr, avec vostre auctorité, une bonne

concorde entre les seigneurs du pays; et les bien disposer de résister

aux estrangiers, et y relever le nom de leur Royne; en quoy semble

aussi, si Voz Majestez n'y peuvent pour ceste heure envoyer forces,

qu'il sera fort à propos que envoyez au moins quelques capitaines, et

gens d'entendement et de valleur, qui les saichent bien conduyre. Sur

ce, etc.

Ce Xe jour de febvrier 1570.

CE QUI S'ENSUIT a esté baillé à Mr de Montlouet pour luy servyr de

mémoyre.

De la communicquation que Mr de Montlouet et moy avons heu ensemble,

touchant ses deux instructions, il se pourra servyr de l'ordre

d'icelles comme d'ung mémoire, pour tout ce que je luy ay dict sur ung

chacun article, affin d'en satisfère Leurs Majestez.

Et l'extraict de la lettre, que j'escriptz au Roy, s'il luy playt de

l'emporter, sera pour nous conformer l'ung à l'aultre ez choses que la

Royne d'Angleterre nous a respondues sur le faict de la Royne

d'Escoce.

De la continuation de la paix;--Il pourra dire que la Royne

d'Angleterre monstre d'y vouloir persévérer, et semble que ceulx de la

Rochelle ne tireront d'elle aulcun manifeste secours; mais ne fault

doubter que, par moyens secrects et soubz aultres prétextes, les siens

ne les accomodent, par mer et en Allemaigne, aultant que, sans mettre

leur Mestresse à la guerre, ilz le pourront fère.

Le jeune comte de Mensfelt est desjà embarqué, lequel anticipe de deux

moys son partement, parce que, par ung navyre venu du North, l'on a

sceu que ceste année la mer n'a point gelé; et va descendre en

Hendein, dont s'estime qu'à son arrivée en Allemaigne, avec les

responces et lettres de crédict d'icy, le Cazimir et le prince

d'Orange se mettront incontinent en campaigne. Les dictes lettres, à

ce qu'on dict, sont pour trente mil livres esterlin en tout, c'est

cent mil escuz, ce que je n'ay encores bien vériffié.

De l'estat des affères de la Royne d'Escoce et du duc de

Norfolc;--J'ay monstré à Mr de Montlouet aulcunes petites lettres, qui

tesmoignent ce qui en est, et ce qu'ung chacun d'eulx espère

particullièrement pour soy, et ce que l'ung espère pour l'aultre.

Et pareillement ce qu'elle, pour son regard, espère du secours de

Flandres, et l'instance qu'elle en faict, et ce que luy espère de

celluy de France, et comme il presse de le haster.

L'estat des choses d'Escoce.--Ledinthon et milor Herys, hors de

pryson, ont relevé avec les principaulx de la noblesse le nom et

tiltre de leur Royne.--Le duc de Chastellerault encores

prisonnier.--Le comte de Morthon et Lendzey ont juré la vengeance de

la mort du comte de Mora.--S'entend que le comte de Northomberland est

en liberté. Celluy de Vuesmerland a couru jusques sur quelque garnyson

d'Angleterre et l'a surprinse.

La Royne d'Angleterre semble vouloir préparer une armée. Je n'ay

poinct argument que ce soit contre la France, sinon par aulcuns adviz

de l'année passée que une descente d'Anglois en Picardie doibt

concourir, quant le Cazimir conduyra son armée vers ce quartier là,

ayant promiz de s'employer à la reconqueste de Callays pour la dicte

Dame; à quoy, à toutes advantures, Leurs Majestez feront prendre

garde.

La plus grand opinion est que ce sera pour aller en Escoce, affin d'y

establyr le comte de Morthon régent, ou bien fère intervenir le comte

de Lenoz au gouvernement de l'estat, et de la personne du prince son

petit filz; et le maintenir comme son subject en ce sien droict, par

toutz les moyens qu'elle pourra, ou bien pour se saysir, si elle

peult, du dict petit prince et le transporter en Angleterre; et,

possible, pour y fère quelque conqueste; et, en monstrant de vouloir

appeller à la succession de son royaulme le dict petit prince, se

saysir cependant des deux, le tout par prétexte d'aller contre ses

rebelles du North, qui se sont retirez au dict pays.

La détention de l'évesque de Roz et des aultres seigneurs catholiques

porte grand empeschement à ma négociation de la liberté et

eslargissement; desquelz ne se parle ung seul mot.

Des différandz des Pays Bas, et ce que Espinola et Fiesque en trettent

d'ung costé, et ce que l'ambassadeur et Anthoneda en trettent de

l'aultre, pareillement ce que Cecille cerche d'en fère mettre en avant

par le Sr Ridolfy, et la remonstrance que j'ay faict au dict

ambassadeur pour empescher l'accord des deniers.

Du Sr Chapin Vitel.

De ce que Leguens a mandé.

De fère administrer justice en Bretaigne aulx Angloys.

Au cas que la Royne d'Escoce se veuille retirer en France, me mander

si Leurs Majestez l'auront agréable, et qu'est ce que j'auray à fère,

si elle entreprend de passer en Flandres.

Parler à Monsieur le duc de la pleincte que ceulx ci font qu'on

retarde par trop à Paris les passeportz à leur ambassadeur.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Troisième · 第 56 / 318 题